L'INFILTRATION
Mais que mijotent les Boches avec leur canonnade de déments, et vont-ils tirer ainsi jusqu'à la fin -du monde ?
A plusieurs reprises, les glacis du fort' se couvrent d'une foule affairée. Quelques feux de salve éparpillent leurs rangs et rejettent les survivants au fond de leurs repaires.
Simple* diversion, sans doute, destinée à nous donner le change. Ce n'est pas de ce côté que se produira l'attaque, mais au Nord du village, dans cette région, clairsemée de bois et de bouquets d'arbres, creusée par des ravins profonds.
Toute la matinée et tout le début de l'après-midi les Boches se sont infiltrés par petits paquets à travers les accidents de terrain, jusqu'au ravin placé en face du centre du village et que nos projectiles ne peuvent atteindre. Beaucoup portent des paniers de grenades.
Arrivés en haut du ravin, ils emploient un moyen non dénué d'artifice pour descendre au fond plus rapidement. Ils prennent leur fusil dans leurs bras, le serrent contre leur corps, se laissent brusquement tomber à terre et dégringolent ensuite à toute vitesse le long de la pente, en roulant sur eux-mêmes !
Combien de t^mps va durer l'inondation ? Nos hommes s'impatientent. Ils montrent le poing à l'ennemi, ils le défient. Leur fièvre s'exaspère en rage, mais pas un instant leur résolution ne faiblit.
Un caporal grignotte un biscuit dans un eoin : * -
— Un peu maigre, le menu ? lui dis-je.
— Pourvu que les cartouches ne manquent pas, je me fous de la boustifaille !
me répond-il.
Soudain, à notre gauche, parmi les tirailleur du 1"' mixte qui attendent, couchés sur le sol nu, le moment de l'assaut, un incendie s'allume... C'est un tirailleur dont un projectile a enflammé la capote et qui fl ambe — torche vi van te . . .
Un peu avant trois heures on voit défiler au grand trot» sur une des crêtes ad-
DOUAUMONT 177
verses, une pièce d'artillerie lourde. Une de nos mitrailleuses la prend dans son champ de tir et :
— A bas le petit bonhomme !
Voilà les chevaux et les conducteurs à terre.
Ce déplacement d'artillerie indique clairement que l'ennemi est sûr du succès de sa poussée et qu'il se prépare à appuyer par ses canons le mouvement en avant de son infanterie.
Rien n'a été négligé pour que ce mouvement soit irrésistible. L'attaque qui va se ^ produire sera une des plus furieuses qu'il m'ait été donné de voir.
/vé?.9 tranchées s'effondrent. Les cadavres s'entassent. Le bruit des éclatements martèle les cerveaux. Le sol bout comme Veau d'une chaudière. Le ciel se 'disloque. ..