LE COMBAT REPREND
Le mouvement commence à 3 heures.
Les Boches, remontant les pentes du ravin, se forment aussitôt en lignes et sV vancent, au pas de charge contre celles de nos tranchées qui se trouvent vers le milieu du village. Nous remarquons que tous ils portent au bras gauche un brassard blanc. Ils ont Tair sûrs d'eux-mêmes.
Aucune nervosité dans leur attitude, aucune inquiétude. Sans doute s'imaginentils que la canonnade a eu raison des défenseurs du village et qu'il ne reste debout ni un homme, ni une mitrailleuse ?
Leur illusion ne dure guère.
Les mitrailleuses les laissent approcher puis ouvrent le feu.
Les assaillants s'abattent comme si un ouragan irrésistible les jetait sur le sol.
Trois vagues déferlent, Tune après Tau- Ire ; toutes les trois ont le même sort. Est-
DOUAUMONT 17t
il de ces trois vagues un seul boche qui ait pu s'échapper ?...
Nos hommes postés dans les tranchées n'arrivent pas même à tirer un coup de fusil :
— C'est dégoûtant, s'écrient-ils, dépités dans leur vanité de bons tireurs \ on n'a pas le temps de viser son gibier qu'il est déjà par terre !
Je ne sais quels termes employer pour louer ainsi qu'il convient l'allant et la vaillance des mitrailleurs.
L'adjudant Gudin a tout .bonnement installé éa pièce dans une porte de grange ; l'obscurité dérobe ses hommes aux vues de l'ennemi. Gudin règle le tir avec sa jumelle, si calme qu'il a l'air de penser à tout autre chose.
— Un peu à droite... un peu à gauche...
plus haut... bloquez !... grande vitesse !...
Cette seule pièce brûlera dans sa soirée quinze mille cartouches.
Le lieutenant Duperré, autre mitrailleur, a juré qu'il se ferait blesser une seconde fois. Il a bien été gratifié d'une blessure, il y a trois mois, mais aii pied : cela
ne compte pas, et il trouve déshonorant de demeurer si longtemps indemne.
— Que pense de moi ma famille ? Elle doit s'imaginer que je me cache !
Il joue avec le danger, en grand enfant qu'il est, comme un ieune chat avec une pelote, mais il ne « gagnera » pas sa ser conde blessure'.
Le lieutenant Delaître donne ses ordres avec son visage grave de ministre en tournée. Un obus fait sauter sa pièce. Delaître examine les morceaux en connaisseur :
— C'est du beau travail ! déclare-t-il.
Et il s'en va commander la pièce, voisine...