‹ Ceux de VerdunChapitre 45 sur 58 · LA RELÈVE · texte numérisé non relu

LA RELÈVE

Le capitaine Blanchot rômplace le commandant C à la tête du bataillon. Je prends le commandement de la compagnie.

L'artillerie ennemie bat le plateau entre Fleury et Douaumont. Le spectacle est apocalyptique.

Les obus ont labouré le plateau, réduit les arbres en miettes, semé les chemins de cadavres de chevaux et de véhicules éven- , <trés.

Au détour d'une route, six corps sont étendus côte à côte. Les hommes qu'un obus a fauchés là revenaient de permission, le cœur fleuri de la tendresse familiale. Ils ont encore en bandoulière leurs musettes bondées et des paquets sont épars autour d'eux.

En arrivant à la ferme de Thiaumont, une hésitation. Ma boussole me dit : Par

ici. Mais un de mes hommes qui deux fois est allé à Fleury me dit : Par là.

Comme j'ai dans mon sens de la direction une confiance limitée, je m'en rapporte à l'homme. Cela nous vaut plusieurs centaines de mètres à l'aventure et une demi-heure de retard...

La route de Fleury est percée comme une écumoire. Nous devons ralentir notre allure et marcher avec circonspection pour ne pas tomber dans les trous d'obus.

Des rafales passent au-dessus de nos têtes dans la direction de Verdun.

J'ai l'appréhension d'arriver en retard au rendez-vous du régiment. Des artilleurs s'agitent près d'une maisonnette en ruines. Je leur demande :

— Est-il passé déjà du 95* par ici ?

— Je crois bien, me répond l'un d'eux.

Et pas rien qu'un, vous savez, des flottes.

— Il y 9» longtemps ?

— Une heure au moins. Si vous voulez les rattraper, vous pouvez courir...

A la pensée de me trouver seul, dans la nuit, perdu loin des camarades, il me vient une sueur froide. Je fais hâter le pas.

FLECRY 195

Voici les premières maisons de Fleury.

Un. artilleur passe ;

— Avez-vous vu le 95 ?

— Est-ce que tu me prends pour un poteau indicateur ?

Ma patience va m'échapper mais les moments sont précieux et comme un second artilleur arrive, je renouvelle ma question :

— Pouvez -vous me dire où est le 95 ?

— Et toi, peux-tu me dire où est ma sœur ?

Cette fois, ma colère éclate ; j'interpelle de la belle manière le mauvais plaisant.

Celui-ci s'excuse :1a nuit l'avait empêché de voir mes galons. Il explique que Fleury, est rempli de fantassins qui s'amusent à se payer la tête des artilleurs. Mais à quel régiment appartiennent ces fantassins, il l'ignore.

Je reprends ma route et j'arrive enfin dans le ravin indiqué par l'ordre de marche, au nord-est de Fleury.

Je suis le premier au rendez-vous. Ce résultat me procure une joie naïve.

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