‹ Ceux de VerdunChapitre 51 sur 58 · LES ARTILLEURS · texte numérisé non relu

LES ARTILLEURS

La grand'halte terminée, nous repartons. Des haltes fréquentes nous ont imposées par l'épuisement des hommes.

A plusieurs reprises des groupes nous dépassent : sections, demi-sections, demicompagnies. Les compagnies, parties au complet de Fleury, ont dû laisser le long du chemin un grand nombre de traînards.

Le premi-er repos, si court, si incomplet, a suffi pour interrompre la tension nerveuse ; les fatigues, accumulées pendant les , marches avant l'attaque et pendant cette attaque elle-même, se sont appesanties d'un coup sur les épaules et sur les âmes.

Je cherche des yeux les visages connus, je m'informe du sort de tel- et tel. J'apprends ainsi la mort du capitaine Vigo, de plusieurs autres...

Le capitaine Vigo, était excellent dessinateur et humoriste à ses heures. Quelques

semaines auparavant, à Boucourt, je lui avais demandé un dessin pour les Boyaux (1) et il m*avait répondu :

— Vous aurez ce dessin, je vous le promets, quand le diable y serait !...

... Mon Capitaine, il ne faut jamais défier la destinée...

Des batteries de 75 sont établies un peu partout. Le lieutenant de Jouffroy qui, ce matin-là, justement, avait été envoyé en reconnaissance dans les bois d'alentour, me dépeindra, quelques jours après, le spectacle d'une farouche beauté qui s'est déroulé sous ses regards au cours de cette reconnaissance.

Le hasard du chemin le conduit dans une clairière au milieu de laquelle est installée une batterie de 75. Des éclatements de 150 encadrent la batterie. Une pièce vient d'être brisée ; des cadavres et des blessés gisent pêle-mêle.

Sans yeux pour ce tableau funèbre, l'of-

voyer

terie, secteur 54.

Je dois bien cette petite réclame à mon spirituel camarade

ficier d'artillerie fait ses commandements et règle le tir. Les servants se hâtent. Les pièces valides soufflent la mort de toutes leurs bouches à la fois. Les détonations, multipliées par les échos, emplissent le ravin comme une mer et vont déferler au loin contre les collines.

Le lieutenant de Jouffroy s^approche de Tof ficier d'artillerie et le félicite :

— Baste, répond l'artilleur, mes hommes en ont fait bien d'autres en Champagne.

Le lieutenant lui serre la main ; il va s'éloigner, quand il s'arrête brusquement, cloué au sol par l'admiration et l'horreur :

Sous un arbre, blessé à mort, un maréchal-des-logis est étendu. Un camarade se penche vers lui. Surmontant ses souffrances, indifférent à ses blessures, le maréchal-des-logis passe au camarade ses consignes, les observations qu'il a pu recueillir, lui fait ses recommandatio!ns,lui donne des conseils.

Et tandis qu'il parle, son sang coule...

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