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LES CASERNES MARCEAU

Vers le milieu de raprès-midi, nous arrivons devant les casernes Marceau. Dans un petit ravin bordé de haies, le bataillon se rassemble. Les faisceaux formés, on lit aux hommes un ordre du jour rédigé par le commandant C avant son dé-

part. Je n'ai pas cet ordre du jour sous les yeux. Je me rappelle seulement que le commandant félicitait chaleureusement ses hommes de l'héroïsme déployé par eux pendant les combats de Douaumont.

Les hommes sont émus mais ils n'en veulent rien laisser paraître :

. — Tou* çà, murmure quelqu'un près de moi, çà ne vaut pas un« jus » bien chaud...

D'autres félicitations nous parviennent, du Colonel, de la brigade, de la * division :

« Votre brigade, écrit le général D

Bf-

au général Reibell qui nous ooinmunique la lettre, votre brigade s'est admirablement comportée le peu de temps qu'elle est restée sous mes ordres ; elle a montré un courage, une ténacité, et une endurance qui fait grand honneur à qui commande ces deux régiments. »

Et nous apprendrons plus tard que le général Pétain a cité notre brigade à Tordre de Tarmée avec ce motif :

« Energiquement conduite par son chef le général Reibell, s'est engagée brusquement dans la lutte, après une marche forcée, et sy est trouvée dans une situation difficile. A force de ténacité est parvenue à se maintenir et à arrêter l'offensive de l'ennemi. »

Le soir, le 95 est cantonné dans^ les casernes Marceau. Je répartis de mon mieux les hommes dans les chambres qui ont été affectées à ma compagnie. Comme j'ouvre la porte d'une de ces chambres, j'aperçois par l'entrebâillement un monceau de cadavres étendus les uns sur les autres...

Enfin tout le monde est placé. Moimême j'ai découvert une chambre de médecin avec une paillasse, des couvertures

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et un poêle. Bientôt le feu ronflbe. Je me couche et je m'endors.

Le lendemain, dès la première heure, je m'occupe de Y « état » des citations que nous devons remettre le jour même. C'est là une des plus douces occupations de la guerre : récompenser les braves que Ton a vu combattre autour de soi. Pourquoi le sentiment de notre impuissance à être juste vient-il troubler cette joie ? Combien parmi les vivants méritaient la gloire . et qui ne l'auront pas ?

Et qui portera témoignage pour ceux qui sont tombés à l'écart, au milieu de la nuit ?...

De nos conversations comparées, aux uns et aux autres, il naît en nous une sorte de stupeur à la pensée des épreuves subies par le régiment. Est-il possible, qu'en si peu de jours se soient accumulés tant de dangers, tant de fatigues, tant de combats, tant de blessures et tant de morts ?

Nous avons l'impression nette que jamais troupe d'hommes ne fut martelée par le fer et rougie par le sang comme nous Tavons été.

Les citations individuelles, oh certes !

elles seront les bienvenues. Mais ce que chacun désire, ce que chacun appelle, c'est la croix de la légion d'honneur pour le drapeau...

Voilà la seule récompense qui ne laisse derrière soi ni mécontement, ni rancœur, la seule qui enveloppe dans ses plis glorieux les vieillards restés au foyer et les enfants à la mamelle, les vivants encore hagards de se trouver vivants et les cadavres figés dans un geste héroïque...

Ces aspirations, ces désirs, si je les note, c'est comme un témoignage de notre naïveté :

(censuré)

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