‹ Ceux de VerdunChapitre 9 sur 58 · PREMIERS TONNERRES · texte numérisé non relu

PREMIERS TONNERRES

Des travaux, des exercices, des revues, des manœuvres...

Ainsi coulaient nos heures et une grand paix succédait en nos âmes à la trépidation et à l'inquiétude apportées des tranchées.

Cette paix ne fut pas l'œuvre d'un seul jour. L'homme a l'habitude de la souffrance beaucoup plus que du bonheur.

Sans presque d'efforts, le soldat novice, Jeté dans la bataille, prend son parti des dangers et des privations de son nouvel état. Mais qu'on le retire de la fournaise et il sera comme hébété, il ne pourra croire à ce revirement de la fortune ennemie, et il lui faudra du temps et de la volonté pour se remettre aux habitudes perdues.

L'accoutumanoe vint cependant. Nous finîmes à force de bien-être et de tran-

quillité par trouver naturelle notre vie de caserne en arrière de la ligne enflammée oii se battaient les camarades.

En souriant nous nous disions :

— Il paraît que TEtat-Major nous a oubliés.

Ou bien :

— Nous sommes désignés pour occuper l'Allemagne quand la paix sera signée !

Mais, un matin, voici qu'une explosion formidable, venant de Verdun, secoue le sol et fait trembler les vitres des fenêtres.

Que s'est-il passé ? Diverses explications circulent. La plus plausible, celle du moins que nous voulons trouver la plus plausible, car elle ne porte pas atteinte à notre quiétude, est qu'un camion chargé d'explosifs a pris feu près de Villers.

Mais le lendemain retentit une explosion semblable, puis d'autres le surlendemain. Et les réfugiés arrivent, fuyant l'inondation germanique...

La bataille de Verdun est commencée.

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