II. — L'INFIRMIÈRE INTÉGRALE
Il en est qui prirent la toilette blanche à croix rouge par élégance, le dévouement étant de bon ton pendant la guerre, d’autres ont fait le geste par désœuvrement; quelques jeunes filles ont obscurément espéré trouver dans le lit d’un bel officier blessé l’époux trop attendu ; les malveillants prétendent que des curiosités des yeux ont voulu s’assouvir et qu encore des jeunes femmes ont poussé le
RE REPOS
désir de consoler jusqu’à se pencher de tout leur corps vibrant sur des gloires convalescentes. Beaucoup d’infirmières ont simplement essayé de chasser l’angoisse de l’amour écartelé par un départ au danger, espérant peut-être aussi acheter de la sorte la sauvegarde de la Providence en faveur de l’être aimé.
Plus tard les hôpitaux ont pu offrir à des créatures désemparées le vivre et le couvert dont le veuvage ou la ruine les avaient privées.
Pour toutes celles-là il s’agit d’un épisode ou d’un accident. Elles redeviendront après la guerre mondaines élégantes, candidates au mariage, allumeuses inassouvies, amoureuses loyales et bonnes mères ou resteront des épaves rejetées dans la paix de demain par le naufrage de leur bonheur.
Mais la guerre a cristallisé des âmes inconnues, elle a révélé l’infirmière intégrale. C’était une femme encore jeune, qui s’approchait de la ménopause sans avoir trouvé dans le mariage autre chose que la soumission. Sa sensualité ne s’est jamais épanouie et les joies de la maternité lui furent refusées. Elle n’a rencontré auprès d’un homme léger et voltairien ni les joies austères, ni les hauts en-