REPOS
vols religieux, ni la matière à de beaux sacrifices; elle semblait destinée à étioler son automne dans les étroites pratiques du mysticisme. Elle vint à l’hôpital avec une sorte de ferveur, souhaitant se dévouer jour et nuit. Nulle tâche ne l’a rebutée. Elle a préféré qu’on lui confiât les plus grands blessés, ceux qui, paralysés, ne peuvent se mouvoir, qui maculant leur lit ont besoin de soins intimes et répugnants. Elles les a lavés, nettoyés, poudrés, pansés avec une ardeur inconnue:
elle a trouvé parmi ces mutilés lamentables une joie qu elle ignorait. Elle est si près d’eux qu’un regard lui fait comprendre leurs moindres désirs, elle les prévient. Elle est la confidente dont la main écrit les lettres après que son cœur les a dictées. - Elle embellit la solitude, elle élargit l’horizon de ces êtres trop délabrés pour pouvoir sortir même en voiture. Elle n’a de regret qu’à l’heure où elle les abandonne au sommeil et de tristesse un peu jalouse que si une mère ou une femme lui ravit quelques tendresses, car ce sont « ses enfants » ; elle a bien droit au titre de « petite mere » qu’ils lui donnent, puisque c’est grâce a e e a elle seule — que leurs escharres guérissent et qu’ils ne meurent pas complète-
LE REPOS
L’infirmière intégrale est plus la chose de ses malades que la sœur de charité; celle-ci les soigne pour l’amour de Dieu tandis qu elle les fait vivre pour l’amour d’eux-mêmes.
Pour elle le monde extérieur n’existe plus, elle juge sans bienveillance ses compagnes qui trouvent des joies ailleurs que dans le soulagement de la souffrance physique. Elle a réalisé son épanouissement pendant la guerre et ne vivra affectivement plus tard que par la synthèse de tous « ses enfants »
douloureux.