‹ Ceux qui combattent et ceux qui meurentChapitre 16 sur 49 · III. — MILES GLORIOSUS · texte numérisé non relu

III. — MILES GLORIOSUS

Nous l’avons tous connu durant la paix.

En uniforme impeccable, sa vareuse moule un torse d’athlète, sa culotte vient indiscutablement de Saumur et ses bottes vernies éblouissent les yeux. En civil son allure reste martiale, son regard dominateur, sa moustache de chat, ne laissent aucun doute au passant: c’est un officier, tandis que les sentinelles médusées rectifient la position... Pourtant, homme de bureau ou commerçant, il consacre ses dimanches à la préparation guerrière de la jeunesse. Il occupe dans sa ville

RE REPOS

de province une situation bien à lui : il est président de la société de préparation militaire.

C’est un ardent, un zélé, un convaincu. Il sacrifie tous ses loisirs, toutes ses distractions à la Revanche. Il sait parler aux adolescents le langage qui convient. Fortement nourri de la solide littérature qu’il trouve quotidiennement dans la presse, il insuffle à la bande de jeunes héros, pour lesquels il incarne l’armée, les sentiments d’orgueil national intransigeant qui conviennent: obéissant à une secrète intuition qui ne trompe pas, doué d’une sensibilité subtile qui lui permet de comprendre les ensembles sans en avoir analysé les détails, détenteur d’un sentiment élevé des destinées de la patrie, il procède par affirmations dogmatiques, il n’a qu’une angoisse:

verra-t-il le jour où nos armées emportées d’un irrésistible élSn repousseront l’odieux Germain du sol sacré d’Alsace et de Lorraine. Goûtera-t-il l’ultime joie de conduire luimême une compagnie des guerriers futurs, dont il a façonné l’âme, au combat et à la victoire.

Et lorsque le dimanche il défilait en tête de sa jeune cohorte, les yeux perdus dans l’infini, il semblait, bien qu’un vent de gloire fit flotter le drapeau de la société.

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