‹ Ceux qui combattent et ceux qui meurentChapitre 21 sur 49 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La scène se passe dans une grande boutique bien éclairée, où l’on vend mercerie, parfumerie, articles de fumeurs, lampes électriques, etc., tout enfin ce qui peut tenter le combattant qui revient des tranchées pour un repos de quelques jours dans fa vil'le, jadis station estivale élégante, où tous les hôtels sont devenus des ambulances.

Il est 17 heures (heure légale) ; les chasseurs sortent du quartier et viennent faire leurs emplettes.

Derrière le comptoir du fond Mlle Thérèse, une blonde dont le profil grec contraste avec les joues eu pomme d’api et la bouche rieuse, est accoudée.

Le tout jeune capitaine H... assis de l’autre côté du comptoir semble très occupé dans des achats divers.

LE capitaine H... — Pourquoi ne voulezvous pas venir dîner à la popote? Je vous assure que ce serait exquis.

Thérèse. — Faites attention, la patronne

EE repos

nous regarde. {Plus haut.) C’est un article très avantageux, vous en prendrez deux paires, n’est-ce pas?

Le capitaine H... — Voyons, répondezmoi Thérèse, je viendrai vous chercher moimême.. je vous abriterai sous mon manteau, ce sera très gentil... personne ne s’apercevra de rien.

Thérèse. — Mais nous fermons très tard, vous savez... et puis vos camarades raconteront des tas de choses...

LE capitaine H... — Comment pouvezvous penser cela... on sera convenable, je vous le promets, on sait bien que j’ai le béguin pour vous.

Thérèse. — Ah ! voilà un vilain mot... le béguin... une fantaisie à vous passer et puis demain vous m’aurez oubliée... Le patron revient par ici. {Plus haut.) Un flacon d’idéal Houbigant, c’est entendu...

Le capitaine H... — Et puis laissez-moi vous faire un reproche... à onze -heures, en passant, j’ai remarqué le lieutenant Z..., du 2 3 > semblait bien empressé auprès de vous... c’est peut-être pour cela que vous hésitez ?

Thérèse. — Vous êtes un méchant... Le lieutenant est client et voilà tout.

EÉ REPOS

Le CAPITAINE h... — Vous sembliez lui sourire beaucoup...

Thérèse. — Une vendeuse est bien obligée de sourire un peu, mais vous n’êtes pas galant de me faire des reproches, moi qui me compromets pour vous.

LE capitaine H... — Laissez-moi passer derrière le comptoir...

Thérèse. — Vous êtes insupportable.

LE capitaine H... — Mais non. ( Plus haut.) Vous voyez, mademoiselle, voilà ce que je désire. (Il s’abrite derrière une pile de cartons et embrasse Thérèse dans le cou.)

Thérèse. — Oh ! l’effronté qui se sert luimême! (Haut.) Alors une lampe électrique et trois piles de rechange.

LE capitaine H... — Vous viendrez ce soir, dites?

Thérèse. — Pas ce soir, vous êtes resté trop longtemps, on se méfierait, demain peutêtre, mais allez-vous-en vite, j’ai d’autres clients à servir. (Haut.) C’est tout ce qu’il vous faut pour aujourd’hui? Voulez-vous débiter, madame; une accolade: deux paires de gants à 3,50, un flacon d’idéal à 12 francs, une lampe 5 francs, trois piles à 1,25.

La patronne fait l’addition, rend la monnaie. — C’est 27 fr. 75. Voici 2 fr. 25. Merci,

LE REPOS

mon capitaine, tout le monde aime bien ici les officiers du ... e , c’est un bataillon chic. A bientôt, mon capitaine.

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