SCÈNE II
La chambre de Mlle Thérèse. Il est 19 h. 30 (heure légale). Le clairon E..., de la 5® compagnie, un garçon superbe, musclé comme un jeune dieu, fait sécher sa vareuse devant le feu de bois qui flambe.
Entre Thérèse.
Thérèse. — Tu es déjà là, mon chéri, tu n’as pas trop attendu?
F... — Mais non, tu vois, je faisais sécher ma vareuse, nous avons pivoté sous la neige, on nous fait faire du rang serré en masse.
Thérèse. — On vous esquinte, pauvre gosse.
F... — T’en fais pas, tu sais, ça n’est rien auprès de la tranchée.
Thérèse. — Tu ne m’as pas embrassée...
LE REPOS
je dois te le demander, maintenant... ( Effusions,.)
F... — Tu sais, il faut que je rentre pour lappel.
Thérèse. — Laisse-moi tranquille, tu ne seras pas porté manquant. Ton sergent me l’as promis.
F... — Et s’il y a contre-appel je n’y coupe pas pour huit jours de tôle.
Thérèse. — Ecoute, ce soir je te garde, j’ai besoin de me détendre un peu... c’est terrible de sourire toute la journée et d’entendre les fadaises des officiers qui défilent...
F... — Faut pas leur en vouloir, tu sais, vous êtes ici une douzaine de vendeuses un peu gentilles...
Thérèse. — 1 Ah ! tu en as remarqué d’autres?
F... — Mais non, petite buse aimée, mais enfin trois bataillons sont cantonnés à G...; toutes les femmes disponibles sont accaparées par les officiers d’administration, les officiers d’intendance et d’état-major, les médecins d’ambulance, les automobilistes... alors nos pauvres officiers qui se font casser la gueule là-haut n’ont plus que les poules dont la vue est permise à tout le monde, avec qui causer un brin.
LE REPOS
Thérèse. — Et si nous les écoutions, tes officiers...
F... — Moi, je voudrais que toutes — sauf toi bien entendu — vous les écoutiez un peu... ce sont de braves types.
Thérèse. — Penses-tu! nos patrons nous ficheraient bien vite à la porte parce que cela ferait des jalousies et le commerce ne marcherait plus.
F... — Alors, c’est seulement pour cela que tu préfères un petit chasseur...
Thérèse. — Tu sais bien que non... et que c’est toi que j’aime parce que c’est toi... et parce que mon frère est chasseur comme toi.
F... — Dis-donc, petite Thérèse, nous perdons bien du temps.
Thérèse. — C’est vrai! Dire que dans trois jours tu remontes là-haut...
F... — Dépêchons-nous.
(Mais la lumière s’étant éteinte on ne voit plus rien et le dialogue est trop chuchoté pour .pouvoir être perçu et noté.)
LE REPOS