‹ Ceux qui combattent et ceux qui meurentChapitre 23 sur 49 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

(Le bataillon regagne les tranchées, La sortie de G... est superbe avec les clairons et la fanfare massée sur la place de la mairie; des mouchoirs s’agitent, des mains partent des lèvres ; des « au revoir, à bientôt », tombent des fenêtres.

Puis hors de la ville on prend le pas de route, ua long ruban noir serpente sur la neige très blanche. Oa cause.

Le clairon F... raconte ses souvenirs à son camarade N...)

F... — Tu parles que je m’en suis collé...

N... — Veinard va, elle est gironde tout de même, la môme Thérèse...

F— — Très. Mais c’est curieux, actuellement je pense surtout au temps où j’ai été soigné dans l’hôpital auxiliaire de Dijon...

quand j’ai été blessé... il y avait là une jeune infirmière que tout le monde adorait tant elle était gentille... un jour qu’elle me pansait j’ai embrassé sa main... elle a froncé le sourcil et je n’ai plus recommencé. Au moment de mon départ je lui ai demandé si elle m’en voulait encore, die n’a pas répondu mais m’a donné une petite fleur... que j’ai toujours conservée;

LE REPOS

c’est curieux, cela me fait plus d’effet que mon amourette avec Thérèse.

N... — On n’a jamais ce qu’on désire.

(Un peu plus loin le capitaine H... a ralenti son cheval pour faire route avec le capitaine W... dont la compagnie suit.)

LE capitaine W... — Eh bien, mon petit, et vos amours ?

LE capitaine H... — Je suis très heureux- Thérèse m’a donné une mèche de ses cheveux...

LE capitaine W... — Et avec ça?

LE capitaine H... — Un tas de choses impondérables... elle est très tenue, vous savez, mais je suis content, elle a un peu le chopin pour moi... et la prochaine fois nous nous entendrons mieux sur l’heure et le lieu. Je lui écrirai. Le croiriez-vous, je suis plus ému à ces petits souvenirs qu’en me rappelant un certain nombre de femmes de luxe que le hasard a mis dans mon lit. C’est un pastel galant ébauché que j’emporte. Il meublera ma cagna et dans la pénombre il s’achèvera de cent façons différentes, plus attrayantes les unes que les autres.

Page 1