DEUXIÈME PARTIE
LA TRANCHÉE
LA. TRANCHÉE
La vie se déroule à la tranchée sur la trame grise et uniforme des heures de jour et de nuit; c’est comme un chapelet qui interminablement s’égrène, endormant les passions et estompant même l’angoisse de la mort.
La grande tâche du soldat à la tranchée est dans le travail dont seuls les hommes qui ont fait cette guerre peuvent avoir idée. Pendant des mois on porte à pied d’œuvre des madriers, des rondins, des piquets, des rouleaux de fil de fer barbelé, des tôles ondulées, des planches, des cadres de mines tout préparés, des rails de chemin de fer, des sacs qu’on remplit de terre, des claies pour contenir les éboulements. Ht c’est, dès que le jour tombe, un mouvement incessant d’hommes qui silencieusement viennent chercher leur charge, comme on voit les fourmis entassant dans leur inlassable activité grouillante, des brimborions, des détritus innombrables. Rien dans la vie courante ne ressemble à cet effort
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perpétuel et sans résultat apparent, puisque s semblables aux Danaïdes, nos soldats construisent l’abri qu’ils referont demain quand il s’effondrera sous un obus. Il y a dans la stérilité de l’acte un peu de tristesse et de lassitude, mais le geste se répète malgré tout car il lutte contre la fatalité. Ht pendant des mois et des ans, sous la chaleur torride aussi bien que parmi la neige, dans la boue de l’automne quand il pleut et sous la bise qui mord en hiver, des millions d’hommes ont toutes les nuits creusé la terre et porté de pesants fardeaux. Ils ont fait cela sans gloire et sous la menace constante de l’obus qui les écrase dans l’obscurité. Cette œuvre humble est peut-être le plus grand témoignage de foi patriotique qui ait ete demandé à l’armée et pour l’accomplir il lui fallut triompher de qualités ancestrales opposées.
Les lourds madriers sous lesquels ils fléchissent me font penser à la croix que lésus porta, car eux aussi les soldats de 1915 , n’auront souvent pour honorer leur sacrifice anonyme qu’une croix de bois! Sont-ils moins glorieux que leurs aînés de la légende représentés dans un débraillé splendide, combattant en des corps à corps vertigineux? N’est-il pas sublime le geste du soldat qui tous les jours
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construit et consolide le rempart de la France assiégée, permettant à l’armée industrielle de s organiser, aux destinées de délivrance et de victoire de s’accomplir.