‹ Ceux qui combattent et ceux qui meurentChapitre 40 sur 49 · LA FÊTE NATIONALE EN PREMIÈRE LIGNE · texte numérisé non relu

LA FÊTE NATIONALE EN PREMIÈRE LIGNE

Entre l’attaque du 15 juin et celle du 22 juillet la brigade prenait quelques jours de repos dans un cantonnement des Vosges à proximité immédiate des tranchées.

Nous préparions, pour le 14 juillet, un spectacle, quittes à afficher « relâche » en cas de départ précipité.

Une large et belle scène abritée sous les sapins, une confortable tranchée pour l’orchestre, une toile de fond donnée par la nature, des guirlandes de fleurs fraîches arrangées avec art, des troncs d’arbres, de grosses pierres et quelques bancs s’étageant autour d’un amphithéâtre, heureux hasard de la montagne, donnaient à ce théâtre en plein air un charme que je n’ai rencontré nulle part ailleurs.

Les bataillons de chasseurs alpins renfer-

L,A TRANCHÉE

ment par définition toutes les compétences et toutes les aptitudes; le programme fût vite corsé. L’harmoniste distingué qu’était notre médecin auxiliaire B... eut tôt fait d’orchestrer les partitions; les artistes abondaient.

La grosse vedette était tenue par notre cuisinier-brancardier; dans des scènes provençales il déchaînait le rire inextinguible, même chez ceux qui ignoraient le patois ; fantaisiste fécond, sa force comique d’improvisation l’apparente avec les comédiens italiens du dix-septième siècle.

Nul ne nota ce qu’inventa ce jour-là cet artiste bien doué et comme je lui demandai de le transcrire de mémoire, il me répondit:

— A quoi bon?... je trouverai encore mieux la prochaine fois !

Et puis, comment traduire la langue de Mistral?

On donna ensuite une petite revue sans prétentions où le rôle de femme était tenu par un jeune chasseur imberbe; j’en ai conservé les premières scènes, non qu’elles possèdent une valeur, mais pour rappeler aux camarades qui survivent quelques minutes de gaieté et montrer combien il est simple d’amuser les enfants de tout âge qui combattent et qui meurent.

la Tranchée

LA REVUE DU ... e

La scène représente un cantonnement aux environs du Braunkopf. Une route traverse un premier plan. On voit s’étageant parmi les sapins des cagnas diverses.

Au lever du rideau les chasseurs sont assis dans leurs cagnas et se livrent à des occupations variées: l’un, lime ■des bagues, l’autre reprise sels effets, un troisième écrase ses poux, etc.

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