SCÈNE I
Chavignol (chantant pendant que le rideau se lève):
File mon aiguille dans la 'laine Ne te casse pas dans ma main Avec deux bons obus demain On nous paiera de notre peine !
Plantard. — Oh! Chavignol!
Chavignol. -— La barbe ! laisse-moi chanter. Tu ne la trouves pas belle, celle-là?
Plantard. — Mais non, on dirait que tu as le cafard, et puis tu chantes faux, si encore c’était Polochon... Oh! Polochon!
Chavignol. — Tu vois bien qu’il écrase ses poux, il est occupé.
Plantard. — Oh! Polochon... à quoi rêves-tu?
EA TRANCHÉE
Poeochon. — Je ne rêve pas, je m’applique.
Peantard. — Ce n’est pas si compliqué que cela d’écraser des poux.
Poeochon. — Evidemment, mais je veux conserver la belle race, alors je m’applique...
Chavignoe. — C’est des histoires... on voit bien que t’as un poids sur la patate... enfin, c’est pas nos affaires.
PeanTard. — Chante un peu, ça te distraira.
Poeochon. — Je vais vous en dire une que j’ai lue dans un journal l’autre jour, et, puisqu’il faut l’avouer, oui! je songe à quelque chose.
(Air connu)
Chasseur courageux, chasseur téméraire
Sous les gais rayons de la lune claire A quoi rêves-tu?
Je rêve au bidon rempli de pinard.
Je rêve au salaud qui m’a pris mon quart
Et qui boit ma gnoîe le soir à la brune Au clair de la lune (i).
Chavignoe. — Sacré Polochon! en a-t-il une descente !
(i) Ce couplet est extrait du journal le Diable, au Cor.
la tranchée
Polochon. — Oui, mes amis, j’ai fait un lève délicieux cette nuit: on avait pris un patelin boche où il y avait des quantités de bars automatiques; j’étais couché sur un brancard et on me transportait d’un robinet à l’autre...
Plantard. — Polochon, tu nous dégoûtes ! ce n’est pas à cela que tu devrais rêver !
Polochon. — A quoi donc? bon Dieu...
Plantard. — Je vais te le dire :
Chasseur courageux, chasseur téméraire Sous les gais rayons de la lune claire A quoi rêves-tu?
Je rêve aux nénés de ma gross’ Manon Qui lorsque j’en veux ne dit jamais non Qui m’ faisait pâmer le soir à la brune Au dair de la lune...
ChaviGnol. — C’est bien la peine de penser à cela ! Le gouvernement nous donne tout à profusion; outre une nourriture substantielle, saine et variée, il a su installer pour l’hiver des douches par aspersion dans tous les abris, des bains de boue dans les tranchées, mais il s’est, jusqu’à présent, opposé à l’arrivée des femmes en première ligne... quelle erreur !
Tous ensemble. — Oh oui ! quelle erreur !
la tranchée