TROISIÈME PARTIE
Après la phase de la guerre de . mouvements le moment est venu où les armées en conflit ont creusé tout autour de l'Europe une double ligne de retranchements organisés comme des forteresses et les conceptions stratégiques ne peuvent se réaliser que par d'énergiques pressions en certains points, déterminant des hernies dont la multiplicité contraint l'adversaire menacé d'encerclement à choisir de nouvelles positions.
L'art des attaques a singulièrement évolué depuis 1914 et il est établi que l'infanterie ne progresse que si les tranchées à conquérir sont débarrassées de leurs défenses accessoires et si le bombardement a suffisamment inhibé les adversaires pour que leur réaction soit diminuée. Bien avant la guerre, le général deMaud'hui l'enseignait: la bataille est un conflit de volontés et c'eût été folie de demander à nos fantassins d'attaquer avec leur seul courage des ennemis dont l'artillerie lourde et
les minenwerfer protégeaient la quiétude.
Nous possédons aujourd’hui un outillage qui permet de tout espérer.
Les opérations de la Somme ont démontré un progrès énorme sur le passé et l’on peut dire que la liaison entre l’infanterie et l’artillerie est aujourd’hui réalisée. On verra dans l’attaque relatée qu’il restait encore à ce moment du chemin à parcourir. L’aviation semble, très en progrès, fournir son rendement complet et permet à nos canons d’atteindre leurs deux objectifs essentiels: l’artillerie et l’infanterie ennemies.
Le prise de Metzeral est une date dans la guerre actuelle: ce fut une opération stratégique, de petite envergure il est vrai, mais réussie avec des effectifs modestes et des moyens matériels réduits. Bile a mis en lumière de façon éclatante le caractère de nos troupiers. Avant 1870, Ardant du Picq pouvait dire: « Le Français est guerrier d’organisation et d’instinct, il est chaque jour moins militaire. » C’est peut-être un peu sévère quant à la deuxième observation, quoique tous nos officiers proclament qu’il est beaucoup plus aisé d’obtenir des soldats (Palier à l’attaque avec le sourire que de les contraindre à construire des retranchements et à creuser
Jt/ATTAQUE
des mines. Bn tous cas, au combat, les troupes françaises ont reculé les limites du vraisemblable. Dans l’affaire envisagée, la valeur de deux brigades de chasseurs alpins et un bataillon d’infanterie de ligne ont conquis et conservé des positions que l’ennemi jugeait inexpugnables et représentant un gain territorial de dix kilomètres de front sur trois kilomètres en moyenne de profondeur.
Si l’exécution fut menée avec un brio extraordinaire, le haut commandement fit preuve dans la conception et la préparation, d’une indiscutable maîtrise. Un officier allemand, passant blessé au poste de secours, me déclara: « Vos troupes nous dominent, vos généraux nous écrasent, nous sommes perdus! »