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Monseigneur,
Sur lé berceau du Christ les anges ont chanté et l'Église Chaque jour répète dans ses liturgies : « Paix aux hommes de bonne volonté! » Jusque dans les temples chrétiens, il est des hommes qui ont le droit d’ouir cette parole sans trembler. Vous êtes de ceux-là. C’est pourquoi je m'assure que “ous ne me condamnerez pas lorsque, en dépit des déchirements inévitables de la séparation, je pars, pour obéir à ma conscience, et lorsque, pour la dernière fois, je vous salue comme mon évêque.
Si cette rupture est irrév ocable, je l'ignore. Elle est, à coup sûr, sincère, et elle est, vous le pouvez voir, frañone et M—loyale, et elle est en même temps joyeuse et fière, car je sais qu'en marchant vers ce que j’estime la vérité je marche vers le salut, vers la beauté, vers la vie.
Henri DunAmEL.
M. l'abbé HARRENT.
A M. Deramecourt, évéque de Soissons.
Monseigneur,
“j'ai honneur de vous informer que je n’appartiens plus ni au clergé ni à l'Église.
Eà devait aboutir votre mesure arbitraire, d'autant plus aisément que ma résolution était prise depuis quelque temps déjà.
- Vous me faites donc écrire — car l'évêque d'aujourd'hui
va chez n'importe qui, mais n'écrit pas à ses prêtres — qu'il me faut soumettre à un examen canonique, à Paris, l'ouvrage que j'ai récemment publié et qui renferme, vous a-t-on dit, des erreurs et une doctrine condamnées par l'Église
Pourquoi faire examiner à Paris ? Parce que votre conseil épiscopal est d’une nullité telle que vous n'osez lui confier cetexamen, car ce ne peut être la crainte qu'il exprime un jugement indépendant....., il n’y a place dans la hiérarchie ecclésiastique que pour les valets. ;
Et vous éxigez cet examen d’un livre que vous n'avez pas lu, parce que on vous a dit..... Je suis volé: je me flattais d’avoir votre opinion personnelle, l'ineffable critique d'un ancien président d'académie de province illuminé par le Saint- Esprit..... Mais il paraît que, esprit et Saint-Esprit, vous avez tout abandonné à ce « on » anonyme lâche.
Laissez-moi vous le dire: je reconnais à tous le droit de critique, je ne reconnais ni à vous ni à d’autres celui d’inquisition et d'exécution sommaire.
J'ai écrit mon livre Les écoles d'Antioche dans toute la sincérité et la loyauté de mon esprit; je ne suis pas de ceux qui
font de l’histoire sur commande, et pour sauver leurs préten-.
dus principes sont prêts à la falsifier. Mes études ne sont pas apologétiques ; elles ne sont que sincères. J'ai écrit ce que j'ai cru la vérité, je n’ai rien à retrancher, rien à modifier.
Si vous pouviez faire abstraction de la morale jésuitique
et si un long: abus des indulgences et des absolutions faciles
n'avait éteint tout sentiment de morale naturelle chez vous, vous reconnaîtriez que votre exigence est arbitraire et odieusement inique..... mais alors vous ne seriez plus digne d'être à la tête de l'état-major..... le plus corrompu qui soit...., celui du clergé.
Vous ne trouverez donc pas étrange que, loyal, laborieux,
indépendant, je quitte un monde d'hypocrisie, de paresse, de
servilité en bas, — d’odieux arbitraire en haut. Je vous envoie, avec ma démission, l'expression des senti ments que vous pouvez facilement deviner,
À. HARRENT.
M. l'abbé Vicror HAUTEFEUILLE,
ricaire de N.-D. de Bon-Secours, au diocèse de Rouen.
Le P. CARROT,
des Dominicains enseignants.
Lorsque je demandai asile aux Dominicains, il y a quatorze ans, j'avais l'illusion de me soustraire à la vie de paresse et d’hypocrisie du clergé séculier, que j'ai appris chez vous à dénigrer et à mépriser. Je croyais aussi retrouver dans un Ordre, qui a pour devise Veritas, le Christ de l'Évangile et surtout la sincérité. A la place du Dieu vivant, je n'ai trouvé qu'un supérieur qui prétend le représenter et qui n’est, en réalité, qu'un Christ dépouillé de sa divinité et trop souvent de son humanité.
Fandis qu'un travail intérieur se faisait dans mon esprit et démolissait pièce par pièce cet échafaudage de mensonges et de traditions qui formaient la foi de mon enfance, ce que je voyais autour de moi n'était guère de nature à dissiper mes inquiétudes et à affermir mes convictions romaines.
Comment résister aux doutes qui assiègent l'âme au sujet de la confession auriculaire, quand j'ai vu la manière dont elle est pratiquée avec les enfants de vos collèges ?
La présence réelle! y croient-ils encore ces religieux auxquels il fallait faire valoir des questions d'intérêt pour les décider à monter à l'autel ?
L'intérêt, toujours l'intérêt. Je l'ai rencontré partout dans
votre Ordre, jusque dans le ministère divin de l'éducation de
la jeunesse.
Combien de fois n’ai-je pas vu mes dénonciations repoussées et n'ai-je pas été invité à fermer les yeux et à faire taire
- les révoltes de ma conscience de Directeur de Division res-
ponsable, parce qu'il aurait fallu sévir, expulser des corrup-. teurs trop nombreux et diminuer ainsi le beau chiffre de dividendes et les bénéfices de la Communauté. Ces angoisses et ces troubles, le Père Didon, mon Prieur, les a bien connus.
Voilà donc où j'en étais arrivé après quatorze années d'expérience. Le supérieur avait perdu l’auréole dont il se plaît . à s’entourer chez vous. Je ne croyais plus à la confession. auriculaire ni à la présence réelle, pas plus qu'à l'infaillibilité d'une Église dont la morale sait toujours trouver avec le Gil des accommodements.
C'est alors que, las de cette vie d’hypocrisie et de mensonge, je demandai à votre autorité un repos au sein de ma famille. Vous me l’avez refusé, craignant sans doute que. cé congé temporaire ne devint une sortie définitive.
Je suis sorti quand même, sentant combien j'avais Ho d’une réflexion libre et indépendante. Le résultat, c’est l'acte de conscience que j'accomplis aujourd’hui, de ma solitude de Sèvres, où je suis pour quelque temps chez un ami.
Et maintenant que je suis affranchi, je vais à la liberté, la ” liberté des enfants de Dieu. Que sera pour moi l'avenir ? Je l’ignore; mais j'ai confiance que Dieu ne m’abandonnera pas.
Déjà, à la satisfaction du devoir accompli viennent s'ajouter la paix du cœur et le calme de la conscience. J'ai trouvé dans la simplicité de l'Evangile une perfection supérieure aux mesquines tracasseries de vos règlements et aux … austérités souvent immorales de vos couvents,
Je dis adieu à la vie douce et insouciante du moine pour la lourde mais noble charge de l’homme libre et du chrétien.