P. ELISÉE
93, rue Brancas, Sèvres (S.-et-O.).
M. l'abbé CARRÉ,
prêtre du diocèse de Versailles.
Le 19 décembre passé, il y eut huit ans que, plein de foi, je consacrai ma vie à Dieu. Elevé dans des principes austères, au sein de ma famille d’abord, dans vos séminaires ensuite, d'où toute initiative tant soit peu personnelle est sévère-
ment bannie, je m'étais habitué à compter ma volonté pour.
rien et docilement j'avais suivi la voie que l’on m'avait montrée comme pouvant seule me conduire au salut.
Depuis, quoique le doute n’ait pas tardé à envahir mon ame, je n'ai rien ménagé pour remplir les engagements que j'avais pris. Santé, amis, famille, j'ai tout sacrifié à ce que je croyais être mon devoir et ma vocation, et durant cinq années j'ai employé tout mon Zèle à répandre le nom béui du Christ dans les îles lointaines de l'Océan Indien. Lorsque, dans les premières semaines de l’année 1807, les terribles fièvres paludéennes me forcèrent à quitter mes chers paroissiens de la Réunion et de Madagascar, vous m'offrîtes un asile dans votre diocèse et vous me confiâtes deux paroisses. Ces deux paroisses, Monseigneur, j'ai l’intime conviction de les avoir administrées avec prudence, dans un esprit vraiment chrétien, m'attachant principalement à faire régner partout la charité, cette vertu fondamentale sans laquelle, quels que soient par ailleurs nos mérites, nous ne sommes rien. ;
C’est à cela qu'ont toujours tendu et mes prédications et .
mes exemples. Devant Dieu, dont nous sommes tous au même titre les enfants, aux yeux de qui entre deux hommes il ne saurait y avoir d’autre différence que celle de la vertu,