‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 13 sur 48 · PT TN DE · texte numérisé non relu

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ne devons-nous pas nous regarder tous comme égaux? Ne

sommes-nous pas, nous, ministres de ce Dieu, chargés d’annoncer aux peuples sa parole, dans l'obligation stricte de répèter bren haut cette vérité ! Que cette pure destinée rencontre, auprès des grands du monde et des modernes pharisiens avides de domination, une opposition systématique, cela se conçoit aisément. Nous n'avons pas pour cela le droit de nous taire. La parole de Dieu ne doit pas être attachée. Elle n’est donc pas vraie, Monseigneur, la religion faite uniquement de privilèges, qui couvre d’honneurs les puissants et de dédain les humbles, et augmente l'éclat et la pompe de ses cérémonies suivant le nombre de pièces d’or qu'on lui jette en pâture. Il n’est pas disciple du Christ et bien moins encore son apôtre, celui qui, laissant de côté l’humble toit du Samaritain, fait sa résidence habituelle du somptueux palais du Pharisien.

Ces réflexions, depuis longtemps je me les suis faites. Vainement j'ai voulu les écarter pour continuer à marcher dans ma voie primitive. Aujourd’hui la lutte contre ma conscience ne m'est plus possible, elle serait coupable et lâche. Comme autrefois Samuel, dans le temple de Jérusalem, j'entends la voix de Dieu qui m'appelle, je ne lui fermerai pas plus longtemps mon oreille. C’est donc bien sincèrement, Monseigneur, que, renonçant aux misérables erreurs que jusqu'à ce jour vous m'avez fait professer, je me donne tout entier à la réconfortante doctrine du pur Evangile. Déjà la paix renaïit, à la pensée d'un grave devoir accompli, dans mon pauvre

cœur si troublé par les désolants enseignements que l’on m'avait donnés comme étant la parole du divin maitre. Bientôt donc j'espère, retrouver enfin, dans une plus parfaite connaissance de la vérité, ma. part de bonheur ici-bas.

C’est dans ces sentiments que j'ai l'honneur, Monseigneur, tout én assurant que je reste et resterai toujours chrétien convaincu et prêtre du Christ, apôtre, dans l'Eglise Gallicane, de l'Evangile de vérité et de vie, de vous adresser ma démission libre et irrévocable de membre du clergé romain.

Avant de quitter son presbytère M. l'abbé Carré avait eu soin de se faire délivrer par le maire de sa commune

APT ST, 6 0e PTE PR PE D Eee

M. l'abbé LAMOTHE,

prélre du diocèse de Bordeaux.

Monseigneur, « | à

Je ne puis plus croire. J'obéis à ma conscience, je sors du clergé. S'il ne m'est plus permis de vivre en prêtre dans le: monde, je saurai toujours y vivre en honnête homme et en. bon chrétien. 5 Paul LamMoTuHE, curé de Cardan..

Le Professeur Grorce MIVART.

La démission de l’illustre professeur George Mivart eut un grand retentissement en France et contribua certainement à augmenter le nombre des démissions Nous croyons devoir reproduire ici des extraits de son. article La continuité de l'Eglise d'après le Chrét Français du 3 février 1900.

« Il faut que quelques-unes de ces remarquables modific. tions de la foi, par lesquelles se distinguent aujourd'hui fidèles catholiques pratiquants, soient passées en revue. M lecteurs pourront donc dire si, oui Ou non, j fai tort Le Ps de la continuité du FAR à

d'un esprit sain et actif doit changer ses vues à À son intelligence se développe, ainsi toute communauté D constituée doit modifier ses opinions. On peut dire d

communauté comme d'une plante, d'un homme, d'un animal : « Cesser de changer, c’est cesser de vivre. »

Cette déclaration de M. Mivart contient une grande vérité. Mais l'Eglise, qui prétend être toujours la même, est-elle préparée à l’accepter? C’est ce que nous verrons. En attendant, quant au traitement des dogmes déjà nettement formulés, le professeur s'exprime ainsi :

« Les dogmes ne peuvent explicitement être mis en question, quoique parfois on puisse les expliquer de telle manière qu'on peut les détruire ou les transformer. Parfois aussi, on peut donner à un mot une signification si étrange qu'elle modifie singulièrement le sens d'une doctrine où ce mot joue un rôle important.

« Je citerai tout d’abord comme changement dans la foi une transformation universelle et complète qui.est certainement la plus grande depuis l'origine du christianisme. Je veux parler de la notion de la nature et de la structure de l'univers. Pendant quinze siècles les chrétiens avaient regardé la terre comme le centre de l'univers et le seul objet des soucis de Dieu. Pour des hommes qui avaient de pareilles idées, il n'était pas difficile d'admettre cette doctrine que pour le salut d'une race, seul objet de l’amour et des soins divins, Dieu lui-même était descendu du trône céleste et avait pris une nature terrestre, celle de l'homme, qui d’abord avait été fait à son image. »

Aujourd'hui, pense M. Mivart, cette doctrine est plus difficilement acceptable par les romanisants.

« Ce n'est pas tout : il est des points plus spéciaux où l’on voit le même changement, celui-ci, par exemple : Nulla salus extra Ecclesiam (hors de l'Eglise pas de salut). Ce dicton fut

longtemps accepté au point de vue littéral, et aujourd'hui * encore un grand nombre de chrétiens l’acceptent. Cependant on admet, parmi les théologiens romains les plus rigides, que même des hommes qui n'acceptent aucune forme du christianisme, s'ils sont seulement déistes et vivent d’une vie honnête et pure, peuvent être assurés de leur vie éternelle comme le croyant fidèle de la chrétienté.

« Voici une autre transformation complète, celle qui s’est faite au point de vue de la légalité de l'intérêt de l'argent.

« Ceux qui vivaient au moyen-âge n'auraient certes jamais

Si

cru que de telles décisions pourraient être transformées. Or, voici qu'aujourd'hui il n'est pas un pape, pas un prêtre catholique romain qui se fasse un scrupule de recevoir le meilleur intérêt possible pour tel ou tel capital à sa disposition.

« À ces deux importantes transformations s'en est jointe une autre, bien qu’elle se soit faite assez lentement, je veux

parler de la féroce intolérance qui est devenue de l'indulg'ence .

et de la sympathie pour ceux qui nous paraissent être dans l'erreur religieuse. L’intolérance qui existait en France jusqu'à la Révolution fut terrible; et l’inquisition romaine, bien qu'elle ne puisse aujourd’hui infliger des souffrances physiques, maintient les mêmes principes essentiels que ceux d'après lesquels elle agissait au ‘siècle dernier. Nous serions bientôt témoins d'une terrible intolérance, si le parti ultracatholique en France et en Italie pouvait en avoir la liberté...

« Si de pareils changements avaient été soudains cela suffirait à prouver qu'une solution de continuité s’est faite dans l'histoire du catholicisme. Cependant, ces changements ont eu lieu lentement et sans aucune action autoritaire.

« Un autre grand changement s’accomplit parmi les catholiques, c'est celui qui consiste à regarder comme bien plus

précieux, non ce qui est le plus ancien, mais ce qui est le

plus récent On peut le ramener à cette théorie : Les opinions qui sont les plus récentes sont les plus vrates. Au lieu de proclamer que ce qui est vrai c’est ce qui a été cru semper ubique el ab omnibus, nous pouvons affirmer que tout ce qui a été cru dans ces conditions est très probablement faux. »

Voilà une doctrine qui certainement surprendra la plupart des lecteurs !

M. Mivart continue à propos de l’/nspiration :

« Tout récemment le Pape, dans son Encyclique Providentissimus Deus, déclarait que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament dans toutes leurs parties sont sacrés et canoniques, car ils ont été écrits par l'inspiration du Saint- Esprit, ils ont Dieu pour auteur et par conséquent ne peuvent contenir d'erreurs.

« Or, en dépit de pareilles affirmations et de cette sanction officielle, ces doctrines nous semblent abandonnées aujourd’hui par les catholiques instruits. Cette déclaration du Pape ne peut être qu'une parade de forme, qui n'échappe aux men-

songes que par une ingénieuse distinction entre une erreur et une non-vérité. Même un théologien de Rome, au service du Pape, n'oserait nier que l'on peut trouver dans l'Ancien et le Nouveau Testament des centaines d’affirmations qui ne sont pas exactes.

« Tout aussi importante est la modification survenue sur la question du droit et du pouvoir qu'a l'autorité ecclésiastique d'interpréter l'Ecriture. Il y a quatre cents ans, on reconnaissait formellement ce droit et on ne mettait point en discussion l'exactitude de ces interprétations. Mais au xvrre siècle, grâce à la confession du vénérable serviteur de Dieu qui s'appelait Galilée, la futilité de cette prétention fut définitivementétablie. »

M. Mivart en vient ensuite au péché et à son châtiment :

« Il est parfaitement évident que nous pouvons commettre des actions qui sont nuisibles à nous-mêmes ou aux autres, mais la vieille notion du péché en tant qu'offense contre une puissance surnaturelle, sorte de Pape-Roi, qui dans sa divine colère écrase l’offenseur en lui infligeant une punition éternelle, disparaît rapidement. Avec la disparition de cette notion morbide du péché, les notions morbides sur l'Enfer disparaissent aussi, et quelques-uns de mes écrits, je suis heureux de le dire, ont contribué à les bannir de bien des esprits parmi les catholiques. »

Le professeur fait allusion ici à ses articles sur le Bonheur dans l'Enfer. Mais les déclarations suivantes sont aussi assez intéressantes :

« Il y a, je le crois, de bons catholiques qui se sentent attirés directement vers Dieu, mais qui sont repoussés par les symboles qu’on leur propose, comme la statue d’un vieillard recouverte d'un surplis, et coiffé d'une tiare pontificale, où quelque représentation d'un oiseau que ne distingue aucune supériorité intellectuelle ou morale, la colombe. Parmi ces personnes pieuses, il en est qui aimeraient mieux adorer Dieu sous l’un de ses attributs symbolisés par des représentations ressemblant plutôt à Minerve ou Apollon, et qui ont senti, dans l'Eglise, le besoin d'avoir une divinité femelle. — Enfin, je le demande, me serait-il permis à moi, catholique, d’adorer Dieu comme Jupiter ou Minerve, si je suis vraiment entraîné sincèrement à l'adorer sous cette forme? — Eh bien! un prêtre pieux et savant m'a répondu : « Certainement, vous

« le pouvez, pourvu que cela vous aide à avancer en vertu « et en religion. Mais vous ne devez le faire qu’en particulier ; « en ce moment il ne serait pas sage de rendre votre culte à « Dieu de cette manière. »

« Voilà, dit M. Mivart, la réponse que m'ont faite successivement trois autres prêtres pieux et instruits! Qui aurait pensé au x siècle qu'une réponse pareille serait possible > : Vraiment un grand changement s’est accompli dans l'esprit de quelques catholiques !

« Une autre doctrine que j'aimerais citer est celle de la résurrection du Christ. On le sait, chacun des quatre Evangiles donne un récit de la visite au sépulcre; mais un seul peut être exact, car les quatre diffèrent entre eux.

« Frappé par ces difficultés, j'ai demandé à un théologien savant, haut placé, et en grande faveur près du Pape, si, à supposer qu'on püt prouver que le corps du Christ se soit décomposé dans la tombe, il y aurait là un fait qui permettrait de conclure contre la vérité de la résurrection.

« — Nullement, me dit-il, car nous ne savons pas en quoi consiste l'essence d’un corps.

« Quant à la naissance du Christ, si le récit concernant la résurrection peut être une interpolation, on ne peut s’empêcher de penser aussi qu'il en est de même pour ce qui regarde sa naissance.

« Pour ce qui concerne l'influence que peut avoir sur la catholicité une transformation d'opinion aussi importante, il y a, dit-on, des preuves qu'elle serait en somme aussi peu dangereuse que celle qui touche à la résurrection. Et les bons catholiques, qui en sont venus à croire que le récit de la résurrection est légendaire, seront moins réfractaires que d'autres pour croire que le récit de la conception miraculeuse a le même caractère. À mon avis, il y a des catholiques pieux des deux sexes, bien connus et fort estimés, qui communient chaque semaine, et dont la vie est pure, qui croient que Joseph est le père de Jésus : je connais aussi des prêtres qui partagent cette opinion, et j'aientendu un religieux pieux et ascète affirmer qüe selon lui l'extraordinaire dignité à laquelle Rome a élevé Joseph a été providentiellement amenée pour préparer un grand changement dans l'opinion populaire sur cette question.

« À mes yeux, il semble que ces changements, bien que

considérables, ne constituent pas une solution de continuité, car bien que la majorité d’entre eux aient été effectués dans les temps modernes, ils se sont effectués lentement, sans une sanction officielle et sans aucun déchirement du corps catholique.

. « Nous ne pouvons en ce moment, déterminer si ces modifications constituent, oui Ou non, une solution de continuité. Ce qui nous frappe surtout, c'est que ces modifications indiquent en elles-mêmes la déviation la plus complète et la plus audacieuse de l'opinion traditionnelle que l’on ait jamais vue dans notre communion, et cela avec le privilège d'une bien grande liberté. Il semblerait donc qu'une telle liberté parle plutôt en faveur de l’orthodoxie que contre elle. »

Pour conclure, le professeur, résumant son appréciation sur les influences qui s’exercent au Vatican — et, à ses yeux, s’en dégagent pour le malheur de l'Eglise — s'exprime ainsi :

« La Curie n'a rien appris des conditions réelles de l'humanité au delà de son propre entourage. Certainement elle n'a rien appris quant à la nature et aux tendances de ce facteur dominant dans le monde, notre propre race. Essentiellement despotique, elle n'a pas encore compris cette vérité, que les peuples de race anglaise ont rejeté, une fois pour toutes, le despotisme de toûte nature et ne se soumettront jamais à la tyrannie centralisée qui est la seule notion de gouvernement qu'ait la Curie. L'amour pour la règle légale et constitutionnelle est chez nous une passion inextinguible. C'est cet esprit qui, lui aussi, est le véritable américanisme au delà de PAtlantique, où il domine comme il domine dans ces îles qui lui ont donné naissance. »

M. l’abbe JURGUET, prêtre du diocèse de Poitiers.

Le Chrétien Français du 3 mars 1900 à publié une

attestation du conseil municipal de Fressines en faveur é 5,

de son curé, M. l'abbé Jurguet. Ce prêtre a eu dans sa démission ses heures de défaillance. Sa lettre n'en est pas moins un témoignage éloquent contre le système romain. Nous croyons devoir la publier.

Monseigneur,

Vous avez frappé sans justice et sans pitié.

Une population unanime s'est alors levée pour protester. On vous a prouvé que vous étiez dans l'erreur, mais un évêque ne se rétracte pas. Vous avez été sourd à la voix de la justice, vous avez laissé la victime se débattre dans l'angoisse et la misère. Alors j'ai réfléchi, j'ai comparé et j'ai compris.

Aujourd’hui, Monseigneur, je trouve que j'ai envers vous une immense dette de reconnaissance, car vous m'avez ouvert les yeux, vous m'avez appris ce que valent votre religion et votre évangile. Gardez vos postes, gardez vos recommandations et vos offres... J'ai mieux que cela désormais. A la place de votre paternité {!) j’ai trouvé celle du Père céleste et j'ai accepté le meilleur de tous les postes, celui de la liberté des enfants de Dieu dans le royaume des rachetés de Jésus- Christ.

Avec la plénitude de ma liberté reconquise, je signe cette renonciation à toute fonction ecclésiastique romaine et à toute doctrine contraire à l'Evangile éternel du Christ.

Et c'est avec une immense joie que je cesse de me dire votre serviteur, Monseigneur, pour me proclamer le serviteur de Dieu seul en Jésus-Christ.

M. l'abbé ERNEST MAURNN,

prêtre du diocèse de Limoges.

Le Chrétien Français du 10 mars 1900 a raconté comment ce prêtre quitta le clergé et vint dans notre

Maison hospitalière chercher une direction pour entrer dans la vie laïque.

M. l'abbé CARRIÈRE,

prêtre du diocèse de Pamiers.

Curé de Bordes-sur-Arize, M. l'abbé Carrière avait donné sa démission en 1883.

IL s'était retiré à la campagne où il cultivait le champ qu'il avait hérité de ses pères. Lorsqu'il connut notre œuvre il voulut nous envoyer son adhésion et devint un de nos rédacteurs. Le Chrétien Français du 17 mars 1900 a publié sa lettre.

M. l'abbé GŒRUNG,

prêtre du diocèse de Versailles.

Ma pauvre mère est morte en décembre 1899. J'ai cru alors que le moment était venu de conquérir mon indépendance. Quelques semaines après, je quittai pour toujours ma cure, j'accrochai ma soutane en route aux buissons du chemin, et je partis soulagé de l'hypocrisie qui m'avait été trop longtemps imposée: J'ai choisi pour loi l'unique joug de l'Evanile et je n’ai rien à regretter d’une tradition qui ne remonte qu'au moine Hildebrand.

Que me réserve l'avenir ? Je ne sais. J’ai confiance dans la bonté de mon Diéu et je répète avec Luther : « Je ne puis autrement, que Dieu me soit en aide! »

M. l'abbé ALLÉGUEDE,

prêtre du diocèse de Luçon.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous informer que je vous donne librement et pour des motifs de conscience ma démission de curé de La Boissière-des-Landes. Ma décision est irrévocable, je reprends ma liberté et vous prie de ne plus compter sur mes services.

Je fais part à M. le préfet de la Vendée de la décision que je viens de prendre. Vous pourrez mettre quelqu'un à ma place quand il vous plaira.

Daignez agréer, Monseigneur, l'expression de mon profond respect.

A. ALLÉGUÈDE.

M. l'abbé BOUVIER (1),

prêtre du diocèse de Sens,

à ses paroissiens, à ses amis et au public.

En prenant aujourd'hui la grave détermination de quitter l'Eglise romaine pour adopter la réforme évangélique, je dois une explication aux personnes qui m'ont donné leur estime ou leur amitié, ainsi qu'au publie qui me jugera.

L'étude et l'observation ont modifié mes premières convictions ; elles m'ont amené à penser que le catholicisme a évolué dans la suite dés siècles en s’éloignant beaucoup, sur divers points, de l'Évangile, et que la réforme protestante a

(1) M. Bouvier est rentré dans le clergé après avoir été pasteur dans le Doubs. Il a donné les raisons de sa sortie, mais jamais celles de sa rentrée.

LES DÉMISSIONS 05 été et demeure, dans ses grandes lignes, un retour au christianisme primitif.

À l’appui de cette déclaration, j'ajouterai seulement quelques observations très sommaires sur un point particulier, celui de la confession. Il est à remarquer que cette pratique, devenue comme le pivot de la vie religieuse pour les catholiques, n’est pourtant prescrite nulle part dans le Nouveau Testament. D'abord publique et considérée comme un acte de pénitence, elle n’est devenue que plus tard secrète et obligatoire. D'après la doctrine protestante, tirée de l'Évangile, le Christ n’a imposé à l’homme aucun intermédiaire entre sa conscience et Dieu.

Ces quelques mots suffiront pour montrer que la loyauté me fait un devoir d'abandonner la religion romaine maloré toute la peine que j'aurai le regret de causer à diverses personnes. Défendre une cause à laquelle je ne crois plus serait une hypocrisie que je ne puis supporter.

Au reste, je suis persuadé que la doctrine de la Réforme pourta seule, dans notre pays, amener à la foi et au. culte du Christ les foules et en particulier les hommés.

La religion catholique traverse actuellement dans Plusieurs contrées de la France une période des plus critiques. Les fidèles qui se confessent et communient à Pâques sont l'infime minorité, et ils sont les seuls auxquels devrait être donné le titre de catholique, puisque l'Eglise considère tous les autres fidèles comme des membres « morts » et qu’autrefois elle les excommuniait.

L'immense majorité des catholiques, qu'ils soient restés ou non plus ou moins attachés à la messe du dimanche et à d’autres pratiques religieuses, est, de fait, plus rapprochée du protestantisme que du catholicisme. Comme une situation de ce genre ne saurait se prolonger indéfiniment, on peut dire que nous assistons au prélude d’une crise décisive.

Nos populations retourneront-elles au catholicisme? La masse de la société actuelle s'en écarte, au contraire, de plus en plus. Le peuple chrétien refuse son adhésion à plusieurs dogmes et usages catholiques, notamment à la confession, bien qu'il demeure attaché à la sublime religion du Christ.

Depuis longtemps, les plus grands Etats civilisés : la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre et les Etats-Unis ont rejeté

le catholicisme romain pour embrasser le protestantisme. Il est permis de supposer que, suivant cet exemple, les populations d'une partie de la France iront également à la religion protestante, qui les vivifiera par un christianisme plus conforme en même temps à l'Evangile et à la raison.

Si le mouvement de réforme du xvi siècle a échoué en France, grâce aux lois réstrictives, aux massacres et aux proscriptions, il n'est pas téméraire d’augurer tout autrement de celui qui se prépare.

HENRI BOUVIER, ex-curé de Saint-Clément (Yonne), officier d'académie.

M. l'abbé Férix FRAPEREAU, prêtre du diocèse d'Angers.

Nous citons le témoignage qu’il a rendu lui-même dans le Chrétien Français du 28 juillet 1900 :

Très attaché à la foi de ma mère, j'aurais voulu vivre et mourir dans la religion catholique.

Ma conscience ne me le permet point.

Je crois avoir traversé toutes les formes du catholicisme, de l’orthodoxie la plus fermée au libéralisme le plus ouvert. Il m'a été donné de prendre contact avec les esprits les moins timides, pour ne pas dire les plus réformateurs, de l'Eglise” romaine. Dans ce milieu même, je me suis senti mal à l'aise et comme à l'étroit.

Le libéralisme des catholiques, en même temps qu'une conviction, est une politique ; leur critique, en même temps qu'une méthode, est un expédient, tant elle apporte à ses propres hardiesses de continuels tempéraments et de savants dosages. Un esprit soucieux d’absolue sincérité, épris de recherches désintéressées, ne trouve point là son compte.

La vérité veut qu'on l'aime pour elle-même et qu'on la

poursuive pour sa seule beauté. L'assujettir d'avance à un système, en faire de parti-pris, au lieu d’une reine, une servante — fût-ce la servante du Christ! — n'est-ce pas la mécaonnaître et, avec elle, méconnaître Jésus ?

Et c’est encore pécher contre la vérité, que d’en faire je ne sais quelle arme dangereuse, qu’il faut dérober à la foule et ne remettre qu'en des mains privilégiées. La vérité est libératrice et l'humanité mérite plus de foi.

Toute la vérité! Toute la lumière ! Et la lumière pour tous ! Cet idéal a fait de moi un sincère et un indépendant.

Car je n'ai point quitté une confession catholique pour une confession protestante. Il m'a semblé que dans toutes les Eoilises la crise est aujourd’hui la même et que les plus clairvoyants docteurs y sont philosophes plus volontiers que théologiens. Ne serait-ce pas là un signe des temps ? l'indice que la science des religions se fonde, que l'heure est moins lointaine où l’homme cherchera dans sa seule conscience raisonnable, et non plus dans une autorité extérieure, la règle du culte et la forme du devoir ?

Humblement, respectueusement, à une place modeste d'ouvrier ignoré, perdu, mais consciencieux, je travaillerai à la réalisation de l'idéal qui m'a séduit. Et je ne reculerai devant aucun labeur.

Félix FRAPEREAU.

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