‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 18 sur 48 · M. J. BALET · texte numérisé non relu

M. J. BALET

ancien missionnaire au Japon.

.. Les motifs de mon exode, les voici en deux'mots : j'ai - quitté librement le ministère catholique par honnêteté de conscience, parce que je ne croyais plus à la prétendue divinité de l'Eglise, pas plus qu'à sa sainteté et à son infaillibilité. Eglise |! mot creux, belle abstraction à laquelle peuvent convenir toutes les notes qu’on voudra ! Maïs ces notes ne sauraient s'appliquer à cet être concret, fait d'hommes de boue comme nous, sataniquement organisés pour dominer les consciences.

Je ne croyais plus à l'Eglise (j'en dirai un jour plus longuement les raisons). Dès lors, pourquoi servir à contrecœur un maître d'ailleurs peu commode ? Pourquoi surtout faire argent de menteuses cérémonies, de perpétuels mensonges dont les consciences des simples sont les dupes ? Longtemps j'ai lutté, longtemps j'ai essayé de me convaincre que j'avais la foi. Des amis obligeants m'y aidèrent aussi, me certifiant qu'au besoin il n'était point nécessaire d’avoir ni la foi ni les mœurs, pourvu qu'on eût la tenue. Peine inu-

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LE L d

LES DÉMISSIONS IOI

tile, ma conscience protestait et je dus lui obéir. Si j'ai un

regret, c’est de ne pas l'avoir fait plus tôt !

Et je réponds maintenant à une vague calomnie que l'on jette sur tous ceux qui, comme moi, reprennent leur liberté : « Pure affaire de libertinage !... Perte de la foi ? allons donc ! le vrai motif, c'est la femme ; le joug du sous-diaconat leur pesait trop, ils l’ont secoué... » Voilà ce qu'ils disent, nos aimables ex-confrères qui préfèrent abriter leur corruption derrière les rideaux légers du confessionnal ou dans l’alcôve facile du presbytère.

Nous pouvons en parler à l'aise, nous qui sortons de Babylone, nous qui avons vu ses vices. C’est faux ! car, et je le dis pour mon compte, si j'avais voulu être libertin, les occasions ne m'ont pas manqué sous la soutane. Tout le monde le sait, la soutane attire la femme. Le prêtre malhonnête n'a guère que l'embarras du choix. Mais ici encore il eût fallu jouer constamment l'hypocrisie, montrer une vertu que l'on n'avait pas et prêcher des préceptes dont on se moquait.

Je ne fais le procès de personne, pas même de ceux qui m'ont jeté la pierre et dont je connais la vie, car il est aussi des fanatiques du célibat et des martyrs de la chasteté. Je crois qu'ils sont l'exception, à la vérité ; mais cette constatation cent fois faite et refaite suffit pour montrer l’absurdité d'une obligation dont l'Eglise a fait un instrument de domination sur l'âme de ses clercs.

Je suis libre, et je me sens un homme aujourd’hui. Que personne de mes anciens amis ne me plaigne, ni ne me pleure. Je leur souhaite, au contraire, d’entrevoir, comme mOi, le vrai chemin et d’avoir la force de le suivre, car c’est sarionf ce qui leur manque.

‘Affronter seul les luttes de la vie, lorsqu'on a été préparé à une existence de molle oisiveté, c’est pénible, je le sais. Mais hésiter entre sa conscience et un morceau de pain, c'est de la lâcheté. Un proverbe oriental dit : Dieu repose Sur la

tête de l'homme droit. C’est confiant dans cette pensée que

j'ai pu rompre toutes mes attaches et que j'invite les timides à en faire autant, leur assurant d'avance qu'ils ne seront pas abandonnés...

M. l'abbé Louis BONNET, prêtre du diocèse d'Auch.

Voir le Chrétien Français du 14 novembre 1901.

M. l'abbé VIGIER,

prêlre du diocèse, de Meaux.

Voir le Chrétien Français du 12 décembre 19o1.

M. l'abbé SOUILLEGOUNE, M. l'abbé BAUDREMONT, MM. les curés de Meillerey et de Saint-Jean-de-Vaux.

Extrait de l’Union Républicaine de Mâcon :

C’est d’abord M. l'abbé Souillegoune qui a quitté le Creusot et sa soutane. Sa retraite — si retraite 1l y a —a causé quelque surprise aux bigotes de cette ville et les révélations qu'il nous a promis de faire ne sont pas sans éveiller des inquiétudes dans les milieux cléricaux.

M. Souillegoune, aujourd’hui homme, près d’une charmante compagne, travaille à se créer un foyer et à être un citoyen utile à son pays.

C'est ensuite le curé d'Uchon, M. Baudremont, dont notre journal annonçait hier même le mariage.

C'est le curé de Mellerey, qui, un beau jour, sans tambour ni trompette, a abandonné ses ouailles pour vivre comme tout le monde.

Hier, enfin, c'était le curé de Saint-Jean-de- Vaux qui, après

avoir lutté, s'est décidé à abandonner la servitude néfaste dans laquelle, depuis longtemps, son esprit se débattait.

I a fermé les portes de l'église que les fidèles, accourus aux offices, ont trouvées closes et qui le sont encore à l'heure qu'il est,

M. l'abbé TEULAIRE,

prêtre du diocèse d’Auch.

Pendant cinq ans, j'ai roulé un vrai rocher de Sisyphe. Il est, en effet, dans la nature du ritualisme romain de descendre toujours.

J'ai dû m'avouer vaincu.

C'est alors que ma conscience me fit un devoir de quitter l'Église romaine. C'était la réponse à la question que je m'étais souvent posée : « Si tu étais sur ton lit de mort voudraistu être catholique ? »

Je courais le risque de perdre mes amis et l'affection de mes paroissiens, mais pour moi désormais la vérité ne devait plus se séparer de la vie chrétienne, en aucun point. Etre dans la vérité c'était me dégager de toute entrave qui pouvait mempêcher de m'approcher toujours plus de Jésus- Christ. La foi, c'est une vie. On n’a la vérité et par conséquent le salut que lorsque, le cœur ayant perçu la vérité, celle-ci est devenue l'impulsion générale de la conduite. Or, pour l’âme, il n'y a point de vérité hors de la liberté, et la vérité est la communication de la liberté. Aimez la vérité, et la vérité vous affranchira.

M. l'abbé LEMOINE, prêtre du diocèse de Bourges.

M. l'abbé Lemoine, curé de Vinon, dans le diocèse de

Bourges, a envoyé sa démission à Mer Servonnet et s’est marié dans la paroisse même dont il était curé,

Il ne s'est pas contenté d’habiter avec sa femme dans la. paroisse de Vinon, mais aux dernières élections municipales il a posé sa candidature et a été élu à une belle majorité. L'ancien curé était tout désigné pour être maire de sa commune, et c’est ce qui est arrivé. Aujourd’hui, il bénit en écharpe tricolore les mariages qu'il bénissait jadis en étole , plus de goupillon mais une simple écharpe.

Notons en passant que la paroisse de Vinon est la paroisse la plus catholique du dbcbee: d

Mgr Servonnet, qui est pourtant un homme intelligent puisqu'il a donné l'hospitalité au Congrès de Bourges, en a perdu la tête et il a menacé les paroissiens de Vinon de leur retirer tout ministère sacerdotal en 1 PAPERS leur nouveau curé. )

Hélas ! les électeurs de Vinon n’ont pas écouté leur évêque et voilà qu'ils répondent en nommant M. l’ex-curé Lemoine conseiller de l'arrondissement de Sancerre, à une écrasante majorité et avec le plus radical des programmes. Monseigneur est consterné. Hélas ! il y a de quoi.

Voir le Chrétien Français du 21 novembre 1901.

M. l'abbé J.-S. AUTHIER, prêtre du diocèse d'Agen.

Voir le Chrétien Français du 13 mars 1902.

M. l'abbé ALBERTINI,

prêtre du diocèse d’Ajaccio.

Voir le Chrétien Français du 17 mars 1902.

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M. l'abbé Moise DUBOIS,

- prêtre du diocèse de Tours.

M. l'aobé Moïse Dubois, vicaire à Saint-Symphorien de Tours, un prêtre des plus estimés et des plus populaires de cette ville, a donné sa démission pour des motifs de conscience et est rentré purement et simplement dans la vie civile. Nous ne publions pas sa lettre de démission. Il a usé d'ailleurs d'un procédé fort simple et très éloquent dans sa simplicité. Il a fait de sa soutane et de ses vêtements ecclésiastiques un colis postal qu’il a expédié à l'évêché avec sa carte de visite. M. Dubois est aujourd'hui dans une importante société financière.

(Extrait du Chrétien Français du 10 avril 1902.)

M. l'abbé G. GRANIER,

secrétaire particulier de Mgr l'archevéque d'Alger.

Alger, le 7 avril 1902.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous adresser ma démission de secrétaire particulier de Votre Grandeur, et de vous prévenir que je renonce désormais à toute fonction ecclésiastique.

En prenant cette détermination, j'obéis à une conviction, que mon séjour d’un an et demi à Saint-Eugène n'a pas peu contribué à affermir.

Je vous prie, Monseigneur, d'agréer l'expression de tout mon respect. 1 LE G. GRANIER, secrétaire particulier.

M. l'abbé FOUQUET,

prêtre du diocèse de Beauvais.

Voir le Chrélien Français du 24 avril 1902.

M. ABeL SALLÉ (P. MARIE-BERNARD),

carme déchaussé.

.. Mais le temps a marché; poursuivons notre histoire, car ceci est de l’histoire, et de l'histoire vécue. Ni l'énergie ni l'endurance n'ont fait défaut à l’évadé; il a, de ses mains accoutumées au seul fardeau de la plume, manié la pioche ou la truelle; on l’a vu traîner parla ville des charrettes à bras; nulle besogne ne l’a rebuté. On l'estime; on l’admire peutêtre, et c’est bien : supporterait-il de telles rigueurs s’il m'était pas pleinement de bonne foi ? Voici cependant qu'il disparait un jour; le bruit se répand et se confirme qu'il a rallié son diocèse s’il était prêtre séculier, son cloître s’il était religieux. Pourquoi alors changer en mépris l’admiration ou la simple estime? Pourquoi déclarer que désormais on n'aura plus confiance ? Erreur et injustice, disions-nous tout à l'heure. Ecoutez plutôt.

Les motifs qu'on attribue le plus souvent à la rentrée d'un démissionnaire sont le manque de courage à souffrir la misère ou la crainte des difficultés. La misère ? elle était prévue, acceptée ; elle a été goûtée déjà plus d'un jour. Les difficultés ? tout prêtre, par les confidences qu'il a reçues, par les peines qu'il a consolées, sait bien qu’elles sont nombreuses et poignantes dans le monde; c'est le regard fixé sur elles quil a opéré son exode. Et puis, n’en trouvera-t-il pas, en rentrant, de plus grandes et de plus pénibles dans les humiliations que lui infligera l'Eglise, dans la méfiance qu'il inspirera aux con-: frères et aux supérieurs ! Il en rencontrerait surtout d'insur-

montables si sa conscience pouvait lui crier: « Tu es un menteur et un hypocrite » à chaque acte religieux qu’il accomplirait n'ayant plus la foi. Tout vaut mieux qu'une existence pareille ; la seule pensée en fait frémir.

Voulez-vous trouver, de ce revirement qui scandalise, le véritable et scientifique motif? creusez plus avant que l'intérêt, plus avant que la sensibilité, creusez jusqu'au fond de l'âme. Il y a là l'empreinte : tout homme, quel qu'il soit, en porte une spéciale, résultat de l'impulsion donnée à ses premières années; mais aucune ne pénètre aussi profondément que l'empreinte cléricale ou religieuse, parce que l’éducation qui la produit est la plus habile, la plus puissante, la plus entière mainmise qui puisse être sur la liberté et sur l’activité humaines. Paralysée dans ses effets par l'acte de volonté du prêtre qui s'évade, mais non encore effacée par une incomplète évolution, elle a repris son empire et c’est la réaction dont elle est la cause qui aboutit un jour au repentir; le repentir, s’il est sincère, doit nécessairement à son tour aboutir à la rentrée, seule voie de réparation et de salut.

Voilà toute l’histoire; car encore une fois c’est de l'histoire. Oh ! les circonstances individuelles, les couleurs par lesquelles l'empreinte se ravive et séduit l'âme, tout cela change, tout cela varie, tout cela s'emmêle dans cet inextricable mouvement qui constitue notre vie intérieure. Il importe peu de débrouiller tout cela ici. Nous prétendons seulement, én terminant cet article, poser aux lecteurs du Chrétien français cette simple question : « Où voyez-vous dans le fait de prendre pour un rappel de la grâce, suivant une doctrine sucée avec le lait, le simple jeu des forces psychologiques, où voyez-vous dans ce fait une preuve de bassesse d'âme et d'insigne mauvaise foi ? » Les hommes de pure logique peuvent, il est vrai, hausser les épaules devant tant de faiblesse. Les autres n’ont qu'à suivre du regard, tristes peut-être mais bienveillants et pleins d’espoir. Si l'empreinte a tant de puissance, la bonne foi, la sincérité en ont aussi beaucoup : un jour se lèvera où le disparu reviendra vers la vie, pleinement libéré cette fois et tout prêt à étonner par sa vigueur et sa persévérance les juges qui le condamnèrent parce qu'ils ne le comprenaient pas.

M. l'abbé COMBES.

La grande popularité du président du Conseil des ministres n'a rien perdu, au contraire, lorsqu'on a appris que cet homme d'Etat avait été lui-même dans la cléricature et avait porté la soutane. Voici ce que le Chrétien Français du 12 juin 1902 a pu savoir sur son passé ecclésiastique :

Le nouveau président du conseil des ministres est un évadé. Combes (Justin-Louis-Emile) est né à Roquecourbe (Farn) le 6 septembre 1835. Il fit ses premières études au petit séminaire d'Albi et prit la soutane, se destinant à la prêtrise. La Vérité Françaïse affirme que M. l'abbé Combes a.été dans les ordres, nous n’avons pu vérifier le fait. De bonne heure, il sentit un certain dégoût pour le ministère et c'est pour cela qu'il ne se hâta pas de demander l'ordination sacerdotale, mais qu’il passa plusieurs années dans l’enseignement. [l professa la philosophie au célèbre collège des assomptionnistes à Nîmes et il a pu voir de près, là, les agissements de ces moines qui devaient plus tard acquérir une célébrité trop politique.

M. de Bernis, qui fut son des raconte qu'un jour il fut sévèrement puni par lui pour avoir ri pendant la prière. Il portait encore la soutane lorsqu'il soutint sa thèse de doctorat en philosophie devant la Faculté des lettres de Rennes, en 1857 ou 1858.

L'abbé Combes avait alors vingt-quatre ans. Il professa ensuite la philosophie à l'institut diocésain de Paris, sorte de collège mi-partie laïque, mi-partie ecclésiastique, et petitséminaire en même temps sous le vocable de Notre-Dame de Recouvrance. Le collège était tout ce que l’on peut imaginer de plus jésuite. C’est là qu’il eut pour élève notre ami M. Eugène Réveillaud, dans les classes de cinquième et de quatrième. Mais le futur député de Saint-Jean d'Angély précéda le futur président du conseil des ministres dans l'évasion, car, à douze ans, M. Réveillaud donnait déjà sa démission.

Dès lors l’abbé Combes, tout en conservant la soutane et en professant la philosophie, préparait son évasion en étudiant la médecine. Il passa sa thèse en 1867 à l’âge de trentedeux ans

Le nouveau docteur en médecine quitta alors l'habit ecclésiastique et se maria en 1862 ou 1863. Il se fixa à Pons et commença dès lors à mener de front avec le soin de sa clientèle l'intérêt pour la politique, accentuant la sienne dans un sens toujours plus libéral et plus républicain.

Le P. C. RÉVOYRE,

rédemploriste.

Quand il sera bien établi qu'on peut, sans offenser la md: jesté divine, demander au vicaire infaillible du Christ les papiers qui l’accréditent comme tel auprès de l'humanité chrétienne, sans être prophète je vous prédis que, ce jour-là, le détestable principe catholique aura vécu et que le christianisme primitif recueillera tous ceux de ses enfants que la cupidité ou l'ambition sacerdotale, papale veux-je dire, ont arrachés de son sein pour les repaître d’un facile et lucratif mais vain formalisme.

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