‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 19 sur 48 · C. REVOYRE · texte numérisé non relu

C. REVOYRE

(Le Chrétien Français du 12 juin 1902.)

M. l'abbé G. RUSSACQ,

prêtre du diocèse d'Orléans.

à Orléans, re juillet 1902.

Monseigneur, Quand je suis entré dans le sacerdoce, personne ne m'a prévenu que, à côté de l’orthodoxie dogmatique, la religion

catholique imposait une politique confessionnelle. Pour moi, je ne pouvais croire que le curé dût être un agent au service obligatoire des partis.

Déjà, lors de l'affaire Dreyfus, je n'ai pas voulu me laisser embrigader dans les rangs du nationalisme et j'ai publiquement refusé de suivre le clergé qui, dans une question de conscience, oubliait les droits d’un innocent à la justice et ne voyait que sa qualité de juif pour profiter d'un argument de polémique cléricale.

Récemment, aux dernières élections, j'ai décliné toutes les nuances de candidats et toutes les offres de propagande des comités. Et, résolu à ne pas compromettre le sacerdoce dans la politique, je me suis même abstenu de voter.

Il paraît que ce sont là autant de fautes professionnelles que la majeure partie de mes confrères ne saurait me pardonner. Ils m’enferment dans une atmosphère de défiance et d’hostilité où il m'est impossible de vivre plus longtemps.

J'ai donc l'honneur de vous adresser ma démission de curé de Bou.

Au lieu de tendre à pénétrer dans le monde de la pensée, au lieu de borner son prosélytisme à un apostolat exclusivement intellectuel et moral, le clergé épuise ses efforts à organiser la conquête électorale. Hanté par le souvenir des religions d'Etat, c'est d’une majorité politique qu'il s'entête à espérer, à défaut des privilèges du roi, l'équivalent législatif . des anciennes protections officielles.

Ceux que blesse le spectacle d’influences politiques appelées au service de la foi, ceux qui ne continuent pas à caresser des rêves d’ancien régime tout en se ralliant aux vocables libéraux de la majorité républicaine, on les persécute.

Les persécutés ont le droit de se retirer. Je me retire. Ce n'est pas sans le regret d’un cher passé. Ce n’est qu'après bien des larmes. Mais je le dois à ma conscience comme à ma tranquillité.

Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon respect.

G. RussAca.

M. l'abbé MOTTE,

prêtre du diocèse de Chartres.

Voir le Chrétien Français du 10 juillet 1902.

M. l'abbé PAULUS.

Pour un évadé, M. l'abbé Paulus en mérite incontestablement le nom. Pour se débarrasser de lui, le clergé belge lavait fait interner dans une maison de santé. Il était évident qu'il était fou puisqu'il ne croyait plus à l’infaillibilité du pape. Il avait vu le diable dans lhostie. S'il y avait vu le Sacré-Cœur, il n'aurait pas été fou. Fort heureusement, le Petit Bleu s’est emparé de cette affaire et a fait une campagne de presse qui a abouti à la délivrance de ce jeune prêtre.

Aujourd’hui, ce même abbé, pour prouver qu'il n’est pas fou, écrit dans le Petit Bleu des articles fort intéressants. Il démontre que le système de faire interner dans des maisons de santé ceux qui deviennent suspects dans les sacristies et

: les couvents est pratiqué en Belgique sur une large échelle.

Il paraît que-les médecins de ces maisons de santé reçoivent tant pour cent par fou, de sorte qu’ils ont un intérêt pécuniaire à augmenter le nombre des pensionnaires de leurs établissements.

D'ailleurs, la plupart de ces établissements sont tenus par des congrég'ations avec lesquelles les autorités provinciales et communales passent des contrats. Cette spéculation rapporte de gros intérêts à ceux qui s’y livrent.

Les articles de M. l'abbé Paulus ont un grand retentissement et le Pelit Bleu mérite la reconnaissance de l’huma- nité pour avoir entrepris cette courageuse campagne. Et

puisque la Cour de Liège a ordonné la mise en liberté de l'abbé Paulus, il faut reconnaître qu'il y a encore des juges en Belgique.

M. l’abbé AUZ ANNE,

prêtre du diocèse de Soissons.

M. l'abbé Alfred Auzanne, curé de Chevennes, a publié sa lettre de démission dans le Chréhien Français du 14 août 1902. Quelques semaines après, très tourmenté par sa famille, ce prêtre céda à des instances trop éloquentes sur son cœur et consentit à reprendre la soutane. On lui fit même écrire une lettre dans laquelle il déclarait apocryphe sa lettre de démission. Cela était habile, car l'intéressé était ainsi dispensé de toute rétractation. La protestation fut adressée à La Raison et à divers journaux qui avaient reproduit la lettre, mais le Chrétien Français, qui avait en mains la lettre authentique, ne fut pas invité à rétracter.

Nous préférâmes garder le silence et attendre des événements qui ne tardèrent pas à se produire. M. l'abbé Auzanne, nommé curé dans un autre département, s’aperçut bientôt que l’on ne tenait pas les promesses par lesquelles on avait obtenu sa rentrée. Il ne resta que quelques semaines dans son nouveau poste et sortit bientôt en épousant une de ses paroissiennes.

LES DÉMISSIONS jte

M. l'abbé PAYA,

prêtre du diocèse d'Oran.

M. l'abbé Paya, curé de Trembles, avait donné sa démission, mais ne l'avait pas livrée à la publicité. Ses supérieurs se crurent donc autorisés à tromper l'opinion en le faisant passer pour malade et en continuant à porter son nom sur l’'Ordo diocésain. C’est alors que M.-Paya publia dans le Chrétien Français du 4 décembre 1902, sa lettre dont voici un extrait :

En vérité, mes fonctions m'assuraient un bien-être enviable; mais, vous le savez, l'homme ne vit pas seulement de pain, il faut plus pour satisfaire une âme altérée de liberté et de vérité,

M. l'abbé BACHELIER,

prêtre du diocèse de Nantes.

M. l’abbé Bachelier, ordonné prêtre en 1875, avait surtout fait sa carrière dans l’enseignement. Précepteur des enfants du prince Léopold de Bavière, il avait laissé dans cette famille les meilleurs souvenirs et Fon a continué même à lui en donner des preuves malgré sa laïcisation.

Comme on continuait à le faire passer dans son diocèse pour un prêtre « absent » ou « en voyage », M. Bachelier a jugé bon de faire cesser cette équivoque en autorisant le Chrétien Français du 11 décembre 1903 à rendre publique sa démission.

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