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et les curés apprirent à leurs dépens que les brebis envoyées parmi les loups deviennent parfois des lions.
Les temps sont bien changes ! Aujourd'hui les prêtres viennent demander aux fils de ces mêmes huguenots l'hospitalité et l'honneur de leur prêcher l'évangile. Et s’il y a encore des prêtres qui rêvent d'opprimer les âmes avec une croix qui ne se marque pas au fer rouge sur des chairs humaines, mais qui produit sur les consciences et les cœurs des flétrissures encore plus redoutables, nous, les affranchis de la tonsure, nous réclamons l’honneur de les combattre et de vous délivrer de leurs mensonges et de leurs blasphèmes.
Pour ce combat, nous n’aurons pas recours au fer et au sang comme au temps des dragonnades. Nous avons pour nous la parole de Dieu, nous avons la raison désormais affranchie, nous avons surtout la conscience moderne. Encore quelques années et vous verrez les résultats d'une œuvre née d’hier mais qui apporte déjà dans son berceau des succès et des bénédictions qui permettent les plus glorieuses espérances.
Oh ! que l’œuvre à faire est grande et belle, mon cher collègue. Combien nous regrettons les années perdues au service du Vatican, alors que nous aurions pu si bien les employer au service du seul maître J.-C. Au souvenir des belles années perdues, je comprends que saint Paul dise, non pas : « Je marche », mais : « Je cours ! » Oui, courons vers la vocation de Dieu en Jésus-Christ. C’est avec ce désir dans le cœur et ce cri sur les lèvres que je veux terminer : Que lon règne vienne !
Discours de M. Gœrung.
L'Éternel dit à Abraham : Sors de ton pays et de ton parentage et viens au pays que je te montrerai.
(GENS XNTe)
Mes chers Frères,
Ïl y a aujourd’hui douze ans, presque jour pour jour, j'étais prosterné sous le drap mortuaire, au pied du prêtre de l'Eglise .catholique et là. mon supérieur hiérarchique, par trois fois, prononça sur moi ces paroles : « Seigneur, daigne sanctifier, consacrer et immoler ton serviteur que tu as élu. » Là-dessus, toujours prosterné sous le drap mortuaire, on prononça sur moi les litanies des morts et, quand enfin on me permit de me relever, j'appartenais au Seigneur pour toujours. Non seulement je lui étais consacré, mais encore Je lui avais immolé tous les biens et les plaisirs d’ici-bas, comme aussi les affections les plus saintes et les plus lég1times de la famille.
Permettez-moi, mes frères, d'évoquer devant vous ce jour, inoubliable pour moi, qui mettait alors le comble à mes vœux les plus chers et qui, encore aujourd'hui, me rappelle des souvenirs à la fois tristes et délicieux. — Souvenirs! délicieux, ai-je dit, car quel est le chrétien qui ne tressaille pas d’aise quand il est (ou qu’il se croit) près, tout près du. cœur de son Dieu. Or, c'était là ma conviction en ce moment, et cette conviction je la partageais avec des milliers de chré= tiens aussi mal éclairés que je l’étais moi-même alors. Encore tout enfant et élevé au sein d'une famille profondément chrétienne — car, grâce à Dieu, il y a encore nombre de ces familles au sein du catholicisme le plus intransigeant — je ne rêvais que le service de Dieu. Aïdé par un bon curé que je vénèrerai et aimerai toujours, malgré la voie funeste où il m'a fait entrer, un peu de force, et beaucoup par sa. bonté persuasive, je me dirigeai de bonne beure vers la carrière ecclésiastique. Je dois avouer que le tableau qu'il me.
traçait de mes futurs devoirs n'avait rien de trop séduisant. « Mon enfant, me disait-il, si vous voulez entrer dans cette vole, il vous faudra être non seulement instruit et savant, mais encore pieux et humble. Vous devrez renoncer à votre volonté et vous n'aurez plus d’autre volonté que celle de Dieu qui se manifestera par la voix de vos supérieurs. » — Et moi, plein de confiance, je lui répondais : « Mon père, j'aurai la force de briser ma volonté et de la soumettre à celle d’autrui, puisque ce sera la volonté de Dieu. » — « Mon enfant, continuait le prêtre, aurez-vous la force de vivre pauvre à l’égal de Jésus, qui n'avait pas une pierre pour reposer sa tête ? » — « Je l'aurai » — « Alors les biens de ce monde n'auront plus de valeur à vos yeux et vous vous rappellerez toujours que la robe que vous porterez est l'image de la mortification continuelle que vous aurez à pratiquer sans cesse. » — « Mon père, je me le rappellerai. » — « Ce n'est pas tout encore, mon enfant, il faudra que vous soyez pur et chaste ; non seulement vous aurez à réprimer, comme tout chrétien, les désirs et les affections déréglés, mais même les joies légitimes du mariage et de la famille vous seront interdites. Aurez-vous le coùrage de faire à Dieu ce dernier sacrifice? >» — Et moi, toujours plein de confiance et sans savoir ce que je disais, je répondais hardiment : « Mon père, je l'aurai, »
J'étais donc plein de courage et d'illusions. Mais ces illusions ne tardèrent pas à s’évanouir une à une et avec elles mon Courage aussi. Peu à peu je m'apercevais que la voix
: des supérieurs, qui devait être l'oracle de Dieu, n'était
souvent autre chose que l'expression de l’orgueil froissé, de la rancune, des passions les plus basses de l’homme. La pauvreté, qu'on prétendait pratiquer à légal de Jésus notre Sauveur, était souvent comparable au luxe d'un pacha et, quant à la chasteté, des entretiens avec des amis et des confidences plus intimes me révélèrent combien le prétendu célibat des prêtres catholiques cache de vices et de crimes contre nature.) À ces révélations inattendues, je reculai d'épouvante. « Ah! me disais-je tristement, toutes les apparences sont donc trompeuses. La soutane du prêtre devrait être l’habit qui indique le savant large et libéral et souvent elle n’est que le masque d'un ignorant fanatique ; elle devrait marquer le saint et souvent ellè cache un monstre. » Certes,
il y a beaucoup de saints prêtres dans le clergé catholique comme il y a beaucoup de catholiques sincèrement croyants et foncièrement chrétiens. C’est un point que je tiens d’autant plus à affirmer qu'il est parfois méconnu par certains protestants. Mais le catholicisme, tel qu’il fonctionne actuellement, est presque l'antipode du christianisme primitif, de la religion de Jésus et de ses apôtres.
Combien je fus douloureusement frappé de cette découverte qui mettait à néant toutes mes convictions antérieures, c'est ce que je n'ai pas besoin de vous exposer, mes frères, parce que vous le sentez tous de vous-mêmes. Il y-eut un moment dans mon existence — moment terrible ! — où je crus que tout allait s'effondrer autour de moi, tout idéal, toute vertu, toute croyance. Mais grâce à la prière, grâce
aussi à une étude acharnée de tous les instants, je parvins bien vite à me ressaisir.La prière rendit le calme à mon âme et l'étude me montra jusqu'à l'évidence deux choses capitales : l’une, c’est que le christianisme est la religion la plus belle, la plus noble, la plus sainte, la seule qui soit vraiment digne de Dieu ; l’autre, c'est que la religion chrétienne telle qu'elle a été fondée par Jésus ne doit ni ne peut plus être cherchée dans le catholicisme tel qu'il a été défiguré par les papes et les évêques.
Par la force des choses et pour ainsi dire malgré moi, je fus ainsi amené peu à peu à brüler ce que j'avais adoré et à adorer ce que j'avais brülé. Mes Frères, vous venez d’entendre M. Bourrier dire en termes émus autant qu'éloquents tout ce qu'il m'a fallu quitter et laisser derrière moi. Ne croyez pas que ce soit sans des luttes et des déchirements d'autant plus cruels et terribles que tout se passe au fond de l'âme, dans le plus intime de la conscience.
Ah! si on voulait comprendre à Rome combien il importe à l'humanité et au progrès de la civilisation de débarrasser
la religion de toutes les plantes parasites qui ont envahi son.
sol ! Mais voilà ! il est à craindre que Rome ne comprenne jamais. Il faudrait permettre aux pauvres prêtres des campagnes, qui souffrent de leur état, plus qu'on ne saurait dire, de fonder des familles comme faisaient les apôtres, comme l'ont fait les évêques et les prêtres jusqu’au v° siècle, de droit, et jusqu'au xvie siècle, de fait. Il faudrait mettre
un terme au trafic honteux des indulgences, cesser de battre monnaie sur l’autel des saints et sur la tombe des morts, placer la conscience chrétienne en face de son Dieu au lieu de la mettre dans la dépendance d’un autre homme, son sembläble. Il faudrait enfin donner à lire la Bible, seule parole de Dieu, au lieu de marmotter devant les fidèles des mots latins où ils ne comprennent rien. Mais toutes ces réformes, si légitimes soient-elles, Rome répondra toujours qu'elle ne peut pas les faire, et elle ne le peut pas, en effet, sans se décapiter elle-même, car ce serait se priver de son autorité arbitraire et césarienne sur les consciences, ce serait s’enlever à elle-même les sources des richesses qui alimentent son luxe.
Mes frères, je ne vous ferai pas un tableau complet et étendu des erreurs et des fautes du romanisme, il y aurait trop à en dire, et d’ailleurs, cela ne rentre pas dans le plan que je me suis tracé dans ce discours. Si j'ai quitté la religion catholique pour suivre le vrai évangile, je l’ai fait sans haine, uniquement pour des motifs de conscience et je ne désire autre chose, sinon que mon exemple comme celui des autres prêtres qui m'ont précédé ou suivi dans la même voie éclairent nos frères catholiques — très souvent chrétiens en dépit du pape et des évêques — qu'il les fasse réfléchir et rentrer en eux-mêmes et leur donne enfin une intelligence plus vraie et mieux entendue de la sainte Bible, source de toute vérité.
Ai-je besoin de vous dire que c'est M. Bourrier qui a, sinon créé, du moins considérablement développé ce mouvement ?
Le Chrétien français qu'il dirige et qu'il rédige en grande partie avec une verve et une fougue méridionales lui a depuis longtemps concilié toutes les sympathies, et cet organe est maintenant assez répandu pour faire connaître au monde protestant le mouvement qui pousse le jeune clergé catholique à se séparer de Rome.
Peut-être aurais-je dû suivre la vérité dès que je l'eus connue, mais j'avais à mes côtés ma vieille mère, et je savais que ma conversion lui eût brisé le cœur. Humble femme du peuple elle n’entendait rien aux subtilités théologiques et n’admettait comme vraie que la religion de son enfance. J'estime donc que ceux-là seuls pourront me blämer, qui ne
savent pas tout ce qu'une mère a d'autorité sur le cœur de son enfant et tout ce qu’elle mérite de respect et d'égards de sa part. Mais aussitôt que Dieu eut appelé ma mère à lui, je ne pouvais plus hésiter et je m'en allai librement et joyeusement du côté d'où me venait la lumière et la vérité. Comme Abraham, j'avais entendu la voix du Seigneur et, pour obéir à cette voix, je quittai sans hésiter le pays de ma famille et de mon parentage, la maison de mon père et (j'ajoute) ma religion, attendant patiemment qu'il lui plût de me montrer le nouyeau pays où je devais entrer et travailler à sa gloire. J'étais libre, en effet, mais que faire de ma liberté ? De quel côté diriger mes pas ? C’est ici que Dieu mit sur ma voie l’homme destiné à m'éclairer. Vous avez tous deviné, mes frères, que je parle de M. Bourrier, notre éloquent prédicateur. Je connaissais déjà son journal, mais je voulais le connaître personnellement, parce que, mieux que personne il était placé pour bien me comprendre. Accueilli dans son bureau de la rue Vivienne avec sa bonté habituelle, il me montra du doigt les bancs de la Faculté de théologie protestante, m’assurant que là je trouverais enfin la paix de mon cœur. Il ne s'était pas trompé; j'y trouvai même plus qu'il ne m'avait promis : des condisciples charmants dont j'aurais été fier de saluer l’un d’entre eux au milieu de vous, mais qui au dernier moment m'a fait parvenir ses regrets de ne pouvoir assister à cette cérémonie, et des professeurs aussi bienveillants que savants et distingués à qui je tiens ici à rendre un témoignage public de respect et de reconnaissance. M. Sabatier surtout, le toujours regretté doyen de la Faculté, a fait sur moi comme, je crois, sur tous ceux qui l'ont connu et fréquenté de près, une impression profonde et ineffaçable. Quand, il y a deux mois, M. Réville me dit qu'on demandait un pasteur dans les Cévennes, mon parti fut vite pris.-je travaillais alors à ma thèse sur l’Abjuration d'Henri IV et les Cévennes me rappelaient, outre les Camisards et les Dragonnades, plus d'un événement fameux. Travailler au milieu des descendants de ces héros qui ont lutté, qui ont fait des
guerres de géants pour conserver la vraie religion, comme :
dans un autre sens j'ai dû lutter et travailler pour la reconquérir, me convenait de tous points. Issu d'une famille de guerriers, Je pensais que je sympathiserais bien vite avec des
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