‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 33 sur 48 · A. CELLES-SUR-BELLE (DEUX-SÈVRES · texte numérisé non relu

A. CELLES-SUR-BELLE (DEUX-SÈVRES

le 18 janvier 1902.

Certes, toutes les consécrations sont imposantes, toutes émouvantes, mais celle-là revêtait un cachet de rare singularité. Qu'on en juge.

Tout d'abord M. Lamothe est consacré dans sa propre église, en présence du troupeau qu’il paît depuis plus de six mois, du troupeau qu’il aime et dont il est aimé. Il est là, ce troupeau, nombreux, sympathique, heureux, les hommes à droite, les femmes à gauche, lui au milieu, comme en famille. Les hommes, chose rare, sont en majorité. Cela fait du bien, de voir, dans un large encadrement, toutes ces figures mâles, attentives, recueillies, mêlant leurs voix joyeuses au chant de nos cantiques, et cela en plein Poitou !

De plus, M. Lamothe est un ancien prêtre, évadé, défroqué, marié, un véritable apostat, comme Luther, converti à la Réforme. Ah ! que ne sont-ils dans ce temple, au pied de cette chaire, au sein de cette foule, parmi ces graves pasteurs, escorte d'honneur, ceux qui croient nous salir en nous jetant, comme une injure, ces titres glorieux ? Que n'’es-tu là surtout, toi, pauvre mère, qui as renié ce digne fils parce qu’il a cru devoir, comme prêtre, obéir à sa conscience, et, comme homme, obéir à son cœur ? Que n’es-tu là pour voir, entendre, pleurer, oublier et lui ouvrir enfin tes bras ?

Mais voici que le consacrant monte en chaire : un évadé, connu de tous et venu de loin, malgré ses fatigues, pour en consacrer un autre, M. André Bourrier. Pour le consacré c'est un ami, un bienfaiteur, un père spirituel. Et le père dit au fils ces paroles de saint Paul à Timothée (II, v. 11): « Pour toi, homme de Dieu... » Analyser ce magistral discours serait le déflorer. Qu'on le lise où il sera tout entier. On y verra dans un style plein de finesse et de concision, où chaque mot porte, entre le prêtre de sacristie et le pasteur évangélique, entre l’homme d’autel et l’homme de Dieu, un contraste frappant tout à l'honneur du pastorat. En terminant : « Toi, qui n'es plus prêtre, dit-il, sois désormais ce pasteur, cet homme de Dieu. »

Et le consacré, à son tour, paraît en chaire, très énonoqne et dans un langage touchant fait part à l'assemblée des phases religieuses que traversa sa conscience, de son évolution, de sa libération, de son esprit de conciliation et de son espoir d’entendre bientôt redire au sein des Eglises les paroles des anciens jours : « Voyez comme ils s'aiment ! »

Et c’est ici justement un des caractères exceptionnels de cette consécration : la composition du corps des pasteurs

consacrants. Ils sont douze {1} venus de six consistoires différents, représentants de tous les partis et de toutes les tendances. Synodaux, libéraux, indépendants, sont mêlés et confondus dans une sainte fraternité. Pas une note discordante, rien que des mains amicalement tendues.

Dieu veuille multiplier parmi nous de pareilles assemblées ! Et bientôt nous verrions se rapprocher les cœurs, se concilier les esprits pour le bien de son Eglise et la gloire de son règne.

Enfin voici venir l'instant solennel. Le consacré est à g'enoux en face de la Bible. L'assistance se lève, les mains des consacrants s'étendent, un frémissement passe dans l’assemblée. La prière succède aux paroles consécratoires. Les accents montent de l’âme ardente et des lèvres inspirées de M. Oriou père. On est transporté dans un monde supérieur. La prière montant toujours, sublime, les âmes montent avec elle, ravies. Et quand elle est finie, quand la bénédiction est donnée, que tous les actes sont signés, que l'orgue attaque la sortie, l'émotion est encore telle que l'assistance demeure là silencieuse, sous le charme, attendant que le dernier pasteur ait disparu, pour enfin se décider à quitter le sanctuaire du Dieu vivant dont la présence s’est manifestement fait sentir à tous les cœurs.

A vous tous, au nom de tous ces martyrs libérés, laissezmoi vous dire métrei ! Merci à vous, frères au noble cœur, à l'esprit large, aux sentiments élevés, hommes de Dieu, fils de confesseurs et de martyrs. Merci d’être accourus, de tous les rangs, consacrer au service du véritable Evangile celui dont je fus moi-même le collègue en sacerdoce et en souffrances,

H,. DumMonr.

(1) Pasteurs consacrants : Bergeret, de Beaussais; Bott, de Verrines; Bourrier, de Bellevue; Dumont, de Sainte-Néomaye; Durand, de Lusignan ; Goubies, de Mougon; Jalaguier, de Cherveux ; Guitton, de Poitiers; Martin, de Thorigné; Montet, de Vouillé ; Oriou père, de Brelou ; Oriou fils, de Fressines.]

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Discours de M. Bourrier.

Toi, homme de Dieu.

(I Tim, VI, 11.) Mes Frères,

S'il fallait expliquer ici à quelqu'un les raisons de ma présence dans cette chaire, je lui dirais : Regardez.

Au pied de cette chaire vous voyez un homme qui longtemps a été prètre dans l'Eglise romaine. Là, il avait une place honorable et respectée, un rang élevé, puisje dire, et une auréole qui s'impose encore au monde même de nos jours, dans une société sceptique. Et cette couronne, il l'a rejetée un jour, il a renié les titres d'honneur qu’on lui décernait, il a renoncé à sa position et brisé sa carrière, et il est venu frapper à la porte de l'Eglise réformée en disant : « Je suis altéré de sincérité et j'étouffe dans mon Eglise. Donnez à boire à mon Âme, donnez à ma conscience le grand air de la liberté ». Et cette Eglise lui a ouvert ses portes. Pour étancher sa soif, elle lui a donné l'Evangile; pour affranchir sa conscience elle lui a donné la Croix de Jésus-Christ,

Elle lui a dit comme ce disciple à un autre disciple : « Viens et vois. » Il est venu, il a vu. Il a été si bien satisfait qu’à son tour il a voulu communiquer aux autres les joies et les expériences de son cœur. Après avoir été le mercenaire, il veut être le pasteur.

Pour lui ouvrir les portes du ministère évangélique, il y avait ici des vétérans du pastorat et des descendants de ces huguenots qui ont été dans les siècles passés les héros de la foi. Ils se sont effacés et ils ont pensé que, dans cette circonstance, un néophyte pourrait mieux exprimer le sentiment qui est dans tous les cœurs, car

AU TM PTT

à défaut de l’éloquence de la parole il aurait celle de la situation.

Voilà pourquoi je suis dans cette chaire, moi, prêtre hier, aujourd'hui pasteur. Je viens dire au nouveau venu, au nom de mes vénérés collègues: « Courage, mon frère, la voie dans laquelle vous entrez est celle que j'ai suivie moi-même. J'y ai trouvé la joie et beaucoup de consolations. Si j'ai un regret, c'est celui qu'exprimait un jour un Père de l'Eglise : O vérité évangélique, je t'ai connue trop tard, je t'ai aimée trop tard! Ser'o le cognort ! sero Le amari!

Mon cher collègue,

Vous me permettrez donc, dans mon discours très simple, je dirai presque familier, de faire souvent allusion à notre passé ecclésiastique puisque c’est la pensée de nos vénérés collègues. C’est ce qu'attend de nous la nombreuse assistance qui se presse dans cette église.

Prêtre, tel est notre passé; pasteur, tel est notre avenir. Prêtre, nous étions l’homme du Pape, c'était

. notre erreur. Pasteur, nous devons être l'homme de Dieu, telle est la pensée de saint Paul.

Il y a aujourd’hui des prêtres qui oublient le Pape et

qui s'appliquent avant tout à être l’homme de Dieu ; ces prêtres sont nombreux, nous les connaissons, nous les approuvons, ils sont notre joie, notre espérance. Si . vous trouvez que parfois, dans mes jugements, je suis un peu sévère pour le clergé, je tiens à dire que mes appréciations ne s'appliquent pas à ces prêtres évangéliques, mais uniquement à ceux qui placent la curie romaine et les traditions variables des hommes audessus de l'Evangile de vie. Et pour mieux expliquer

ma pensée je. vais l’exposer en plusieurs points.

Le prêtre est l'homme du sacrifice. — Toutes les religions ont des prêtres, parce que toutes ont des sacrifices. Les sacrifices ont été le chef-d'œuvre de l’égoiïsme humain, parce qu'ils enseignaient à l’homme l'art de se justifier en immolant les autres. Voilà pourquoi les religions à sacrifices n'ont jamais rendu l’homme meilleur. Louis XIV entendait la messe et retournait à ses plaisirs Borgia passait de l'autel dans ses boudoirs. Le Christ seul a offert l’unique sacrifice vrai. Après lui, il ne peut plus y avoir qu’un seul sacrifice, celui que chaque homme doit au pied de la croix accomplir en son propre cœur en s’immolant lui-même.

Il y a cependant des prêtres encore dignes de respect et nous leur rendons hommage, ce sont ceux qui sont vraiment fidèles à leurs vœux et qui nous apparaissent comme des victimes vivantes. Ils sont grands et respectés, ceux-là, non parce qu'ils sont les hommes du sacrifice, mais parce qu'ils sont les hommes de sacrifice.

Mais combien y en a-t-il? Hélas ! la rumeur populaire a déjà répondu. Mettant à part quelques exceptions qu'il respecte, le peuple poursuit les autres de sa haine et de son mépris.

Et voilà ce que doit être le pasteur, non l’homme du sacrifice, mais l’homme de sacrifice. Il prêche la croix et il pratique la croix. A cette condition, s’il rencontre des incrédules, toujours il récoltera sur ses pas l'estime et le respect.

Le prêtre est l’homme de l'Eglise. Enrôlé dans une milice, il poursuit la gloire et l'intérêt de cette milice avant la gloire et l'intérêt de Dieu. Aussi, regardez sa façon de paître les âmes. Ses pâturages, hélas ! nous ne les connaissons que trop !

Que sont les indulgences ? un moyen d’endormir les consciences en ruinant les bourses. La confession ? c'est le plus redoutable instrument de règne parce qu'il dérobe à Dieu son pardon pour en faire la propriété de l'homme. La messe? c’est le sacrifice de la croix tarifé sur un comptoir de sacristie. Le tabernacle ? c’est la divinité mise sous clé, et la clé entre les mains de l'Eglise. Le purgatoirer c'est le ciel vendu au plus riche ou au plus superstitieux. L'eau bénite? c'est la petite marchandise courante pour les bénéfices d'ordre inférieur.

Je m'arrête dans cette énumération, vous en savez tous autant que moi dans cette triste matière. Avec le prêtre, l'Eglise a accaparé la grâce du ciel et en a fait un royaume qui n’est plus d’en haut parce qu'il est trop d’ici-bas.

Le pasteur est l’homme de Dieu avant d’être l'homme de l'Eglise. Le Christ n’est pas venu pour fonder des Eglises, mais pour établir un Royaume. En attendant ce Royaume, les apôtres ont fondé des Eglises. Mais il n'y a d'Eglise qu'autant qu'il y a des cœurs dans lesquels règne Jésus-Christ. Voilà pourquoi le pasteur travaille avant tout au règne de Dieu, parce que son Eglise n’a pas d'autre ambition. Elle lui dit: Sois l'homme de Dieu!

Le) ©)

Le prêtre est l’homme de la formule.

C'est un reste des vieilles religions primitives, nées de la terreur des hommes et de l'exploitation des sorciers et des devins. Il faut que le prêtre parle une langue inconnue, que ses paroles aient quelque chose de mys-

térieux et de magique, que l’art de ces formules et leur:

sens caché soit l’objet des études et des souplesses d’un homme initié; celui-ci seul la populace l'appelle : Pretre; |

Le pasteur, au contraire, répudie ces incantations et

ces assemblages de paroles. Il est l'homme de Dieu, c'est-à-dire l'homme de la prière. La prière est pour lui ce cri du cœur, inspiré par la détresse de l’homme qui gémit sous le poids du péché et qui appelle son Dieu

pour le délivrer. Non seulement le pasteur ne s’inter-

pose pas entre l’homme et Dieu, mais il tend à s’effacer pour laisser l’âme humaine face à face avec Dieu. Et quand il a produit ce quelque chose d’admirable, qui est toute la religion et qui s'appelle : la rencontre de l’âme avec Dieu, le pasteur n’a plus qu’à se taire, ila été l’homme de Dieu, cela lui suffit.

Le prêtre est l’homme du rite, c'est-à-dire l'homme des cérémonies, Il est vêtu d’une longue robe traînante, il porte une couronne, sinon une mître, il brüle de l’encens, il asperge d’eau bénite, il fait des signes et des gestes mystérieux et symboliques, il évolue dans le

sanctuaire et autour de l'autel dans des marches et des détours qui sont minutieusement réglés par un cérémonial. Il est parmi le luxe des flambeaux et les parfums des fleurs comme un artiste d'autant plus admiré qu'il connaît mieux son rôle. Le peuple ne comprendrait plus le prêtre s'il n'était pas cela.

Et c’est par ces sortes d’exhibitions sacerdotales que le spectateur se trouve saisi, charmé, transporté dans des extases, bercé dans des rêves mystiques. Il sort de là comme d’un songe et il s’écrie : « Que c'était beau ! »

Le pasteur ne vise à rien de ces effets. Il ne parle pas aux sens, il s'adresse à la conscience. Tant que les sens sont seulement émus, sa mission n’est pas accomplie; lorsque la conscience est touchée, alors il a fait l'œuvre divine. Ainsi il est l’homme de Dieu.

Le prêtre remplit donc son ministère en s'adressant aux sens, mais son rôle s'arrête à la féerie. Le pasteur vise au tragique et cherche à produire le plus sacré de tous les drames, celui de la conscience. Tel est l’homme de Dieu.

Le prêtre est l’homme du précepte.

Il indique la voie à suivre. Il dit ce qui est permis, ce qui est défendu. Ce qui est défendu est péché et mène à la condamnation, c'est-à-dire au châtiment. Et il faut faire ce qui est permis, parce que cela mène au ciel, c’est-à-dire à la récompense.

Telle est la morale du prêtre. De cette morale à la casuistique, il n’y a qu’un pas. Et ce que cette casuistique autorise, je rougis de vous le dire, Nous lavons

l'OIT

vu d’ailleurs naguère confirmé par un rapport officiel à la tribune d’un parlement. Un évêque s'est présenté à la tête de soldats français. Il a lui-même ordonné, dirigé le pillage. Les soldats ont obéi, l’évêque commandait, donc ils faisaient ce qui est permis, c'est-à-dire le bien. Et les soldats ont reçu en récompense un papier qui, par une amère ironie du sort, était payable à Paris chez celles que l’on appelle : Les filles de la Charité!

Le pasteur n’enseigne pas des préceptes, il ne résout pas des cas de conscience dans un confessionnal. Pour lui, il ny a que deux choses : le Bien et le Mal. Il faut faire le bien, parce que le bien c’est le bien; il faut éviter le mal parce que le mal c’est le mal. Le mal c'est la mort. Le bien c’est la vie, c'est-à-dire Dieu. Et toute l'ambition du pasteur est de faire entrer les âmes dans la vie. Le pasteur est l’homme de Dieu.

Le prêtre est l’homme du merveilleux. Il l’a été au Moyen Age où l’on brüûlait les sorciers, il l'est au xx° siècle plus que jamais, parce qu’un siècle grandit en superstition de tout ce qu'il perd en religion. Le xIXx° siècle qui vient de s’écouler aura une littérature plus riche en merveilleux diabolique que les siècles les plus arriérés des ténèbres passées. L'Histoire racontera un jour les diableries de Diana Vaughan, les révélations de l’ange Gabriel, les troncs qui reçoivent des oboles pour faire retrouver les-objets perdus, les vierges qui appparaissent pour venir annoncer la maladie des

pommes de terres, et le lecteur se demandera si cette

littérature est de l'an mille, ou de l'an deux mille. Il

aura peine à comprendre que le siècle du suffrage uni- —… versel avait des électeurs qui glissaient discrètement dans l'urne une médaille de saint Antoine pour améliorer-les résultats électoraux.

…. Et ce n'est malheureusement pas là une charge à oratoire. Hélas ! nous avons dans les mains le Rituel romain qui a des exorcismes pour les chenilles et les ….… sauterelles, et Dieu seul connaît les bénéfices que - rapportent ces superstitions.

Le pasteur est l'homme de Dieu. Ce Dieu opère sans … doute des merveilles, mais ces merveilles sont de l'ordre … moral. Le pasteur croit à la grâce et à l’efficacité de ce … secours du Ciel. Il s'attaque aux vices les plus honteux et les plus enracinés de l'humanité, aux passions les …. plus violentes, aux mensonges les plus révoltantes, aux hypocrisies et aux mensonges les plus éhontés et il a la …… prétention de les détruire, parce qu'il compte sur un — miracle que le Christ a promis à tous les siècles et à …. toutes les humanités. Ce miracle s'appelle la « nouvelle naissance », et il est plus merveilleux que la résurrection d'un mort. Pour accomplir ce merveilleux, le

et il croit à l'efficacité de la prière autant qu'à la vertu - merveilleuse de la croix. Telle est l'œuvre de l'homme de Dieu.

| Homme de Dieu ! Oui, mais quel est donc ce Dieu ? #1 n'y a qu'un seul Dieu, sans doute, mais ce Dieu a ü divers noms, et les noms qu'on lui donne font des diversités telles que l'on croirait à un retour au polythéisme, En

On l’a appelé l’Æ'ernel, Ce nom est grand et sublime, il a été la consolation des saints de l’Ancien Testament. Mais ce nom est tellement grand et profond dans sa signification philosophique qu'il confond la raison et effraye l'imagination. Vous serez sans doute, mon cher collègue, l'homme du Dieu éternel, mais votre Dieu doit avoir un nom plus doux.

On l'a appelé, ce Dieu, le T'out-Puissant. HN l'est en effet, notre Dieu, mais ce nom n'est pas encore l'idéal d'un cœur chrétien. Le païen croyait à la puissance de Dieu, et il ne voyait guère que cette puissance lorsqu'il invoquait le Dieu qui fait mürir les moissons, qui fait réussir les voyages, qui accorde le beau temps ou la rosée pour les campagnes et qui fait prospérer lesentreprises commerciales. Cette idée de Dieu est vraiment trop inférieure. Le Dieu dont vous êtes l’homme, mon cher collègue, doit avoir un nom plus doux.

On l’a appelé le « Saint ». C’est ainsi qu'il est nommé dans le ciel, par les esprits qui chantent cette sainteté en la répétant trois fois. La sainteté de Dieu, c'est ce que nous plaçons sans cesse sous les yeux de l'humanité, nous ne la prêcherons jamais assez parce qu’elle est la règle même de la perfection qui nous est commandée.

Mais plus cette sainteté est grande, plus elle rabaisse | notre misère et nous écrase sous le poids de nos péchés. Les Jansénistes avaient trop regardé cette sainteté, leur Dieu produisait le désespoir dans l’âme bien plus que la. consolation : la terreur écrasait les élans du cœur et le .

pécheur était porté à fuir bien plus qu’à se jeter comme

le prodigue dans les bras de son Dieu. Votre Dieu, mon cher collègue, doit avoir un nom plus doux. a. Vous êtes l’homme de Dieu, du-Dieu de J.-C., celui

qu'il nous a appris à appeler du doux nom de Père. Au petit enfant sur les genoux de sa mère, comme au vieillard sur son lit de mort, vous prêcherez ce Père céleste et les cœurs s’ouvriront à la joie et à la paix. C'est le Père qui aime, le Père qui a pitié, le Père qui pardonne, le Père qui relève. Il aime puisqu'il s’est in-

cliné vers notre misère. Il a pitié puisqu'il nous a donné

son fils J.-C. Il pardonne puisqu'il a attiré tous les cœurs à lui en élevant ce fils bien-aimé entre le ciel et la terre, sur une croix. Il relève puisqu'il fait les saints et les justes par son Esprit qui vit dans les cœurs.

Voilà le Dieu dont nous sommes les hommes. Tel est notre ministère. C'était celui de saint Paul, celui de

- Timothée; celui de votre vénéré prédécesseur que j'ai

connu à l'heure de la souffrance et de la maladie, humble et résigné sous la main de ce Dieu Père, qu'il bénissait.

Ce Dieu sera aussi celui de cette Eglise de Celles, pour laquelle votre consécration est aujourd’hui une joie et une bénédiction. Oh! que je voudrais à cette heure élargir la parole sacrée que j'ai choisie pour texte, et après avoir dit du pasteur : « homme de Dieu » je voudrais dire de la paroisse, « Eglise de Dieu ». Oui,

- habitants de Celles, soyez l'Eglise de Dieu. Que votre

Eglise soit au-dessus des passions humaines, qu'elle n'ait en vue que Dieu, le Père d'amour et de pardon : Dieu dans les cœurs, Dieu dans les relations sociales, Dieu dans les relations ecclésiastiques ; le Dieu de l'Evangile, le Dieu de Jésus-Christ.

Amen !

Discours de M. Lamothe.

Je sais en qui j'ai cru.

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