II TIM., I
Mes Frères,
Après l’émouvant et magistral discours que vous venez d'entendre, vous comprendrez que je veuille inaugurer mon entrée dans le corps pastoral en exprimant mon admiration et mon affectueuse reconnaissance à mon ami, à mon frère, M. Bourrier, qui se dévoue avec autant d’abnégation que de courage et de succès à l’affranchissement du clergé catholique.
Je crois faire une œuvre pie et agréable à vos yeux en rappelant le souvenir de celui qui fut pendant vingt-deux ans le pasteur de cette paroisse et nous est cher à tant de titres.
Mes frères, vous connaissez mon passé. C’est dans l’ardente sincérité de ma jeunesse que je consacrai à Dieu ma vie, en la consacrant à l'Eglise catholique. Prêtre pendant cinq ans, de longues et tristes épreuves, l'étude sérieuse de l'Évangile, la méditation et la prière me découvrirent l'abime immense qui sépare le romanisme du christianisme véritable.
Un jour, il fallut conclure, et voici quelle fut ma conclusion.
L'homme a été fait libre; il a donc le droit de rester libre ; il a reçu du créateur la lumière et la raison ; il a donc le de= voir de contrôler ses pensées, et de se rendre compte par luimême dé la légitimité de la doctrine qu’on lui propose. Libre et raisonnable, il ne peut sans abdiquer, sans se dégrader, enchaîner sa pensée sous le joug d’une autorité humaine. Proposer une doctrine, la prouver, c’est reconnaître la liberté et la force de la conscience et de la raison. Imposer une doctrine par la violence, la captation ou par l’obéissance, c’est dégrader l'homme et désobéir à la volonté de Dieu qui nous a faits intelligents et libres. C’est un attentat à la personnalité humaine. Ah ! ce n’est pas en vain que Jésus a pu
dire : « Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le
Corps. »
Mes Frères, si j'ai émancipé ma conscience, si j'ai émancipé ma raison, n’en avais-je pas le droit et le devoir ?
Je ne me sentis renaître à la vie que le jour où, spontanément, dans toute la plénitude de ma conscience et de ma raison, je remis entre les mains de l’archevêque de Bordeaux ma démission de prêtre de l'Église romaine. Ah! certes, l’acte accompli n’a pas été sans brisement, sans douloureux Sacrifice, Je me détournai pour ne pas voir les larmes d’une famille passionnément aimée ; il m’a fallu marcher sur mon cœur... Mais je trouvai en Jésus-Christ et dans la lecture de l'Evangile force, courage et consolation.
J'étais devenu chrétien protestant, sachant me rendre compte de ma foi, ne voulant autre chose que de replacer ma conscience directement en face de l'Evangile authentique, primitif, celui du Christ et des Apôtres, et dégagé des formules d'invention humaine. J'étais protestant, c'est-à-dire un homme qui va au Christ sans intermédiaire humain, un homme affranchi de toute autorité humaine et soumis à la seule autorité de la Vérité qui se révèle à sa conscience dans la personne et la parole du Christ, un homme enfin qui saisit pour lui-même, par une foi personnelle ce trésor de l'Evangile que les Réformateurs ont retrouvé sous les superfétations dont on l'avait recouvert. M’appropriant la parole de saint Paul, je puis dire enfin ; « Je sais en qui j'ai cru. » Ma foi n'était plus une simple croyance, une abdication de moimême, mais un élan de mon âme tout entière, de mon intelligence, de mon cœur, de ma volonté, par lequel je pouvais saisir le Dieu invisible tel qu’il s’est manifesté en Jésus-
MChrist.
Je me trouvais ramené à l'essence même dé l'Évangile. A la question des questions : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? » l'Évangile répond : « Crois en Jésus-Christ et tu seras sauvé. » Le catholicisme tient un langage bien différent ; il dit au pécheur : « Crois ce que l'Eglise enseigne, fais ce que l'Église commande, et tu seras sauvé. » Jamais la morale chrétienne n'a plus été .surchargée de prescriptions et de pratiques. Il faut aller à la messe, il faut se confesser, il faut observer les jeûnes institués par l'Eglise, il faut faire
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maigre certains jours, il faut invoquer la Vierge et les Saints,
il faut dire son chapelet, il faut accomplir des pèlerinages. C'est en s’astreignant à des œuvres de ce genre que des mil-: lions de chrétiens s'efforcent de gagner le Ciel et de faire leur salut. Quelle ne serait pas leur surprise et leur joie, s'ils entendaient annoncer la bonne nouvelle que l'Evangile apporte au monde et si l’on prêchait ce salut gratuit, qui n’est plus l'œuvre de l’homme et que Jésus-Christ offre libéralement à tous ceux qui veulent se confier à lui. La foi telle que nous la comprenons avec les Réformateurs suffit à fout parce qu'elle est une puissance de vie et de renouvellement.
Les œuvres dans l' Evangile sont un large déploiement de l'activité chrétienne inspirée par la charité, réglée par la conscience, conciliant une absolue soumission à Jésus-Christ, avec une Sainte liberté vis-à-vis des hommes, et dominée par cette parole du Sauveur : « Si vous m'aimez, gardez mes com- . mandements ; ce que je vous commande, c'est de vous aimer. les uns les autres. » Comment reconnaître cette idée, qui donne à la morale chrétienne tant de grandeur et d'unité, dans le système artificiel et compliqué des œuvres de l'Eglise, dans ses pratiques extérieures, sans lien entre elles, qui ont par elles mêmes une valeur indépendante des dispositions de
elui qui s'y adonne, auxquelles on peut vaquer sans amour et même dans un esprit d'égoïsme pour éviter un châtiment ou obtenir une récompense, dans ces préceptes inventés par ‘les hommes qui, tout en chargeant les fidèles d’un fardeau inutile, les conduisent à placer sur le même pied les actes les plus indifférents et les plus saints devoirs, qui réclament je "M" ne sais quelle docilité formaliste et superficielle au lieu de faire un viril appel à la conscience et à la volonté ?
Crois, dit l'Évangile, crois au pardon gratuit, car plus tu croiras plus tu m'aimeras, plus tu aimeras plus tu agiras. Mais le catholicisme substitue de plus en plus les œuvres 5 ecclésiastiques à la piété, le prêtre à Jésus-Christ, la lettre à. à l'esprit, la loi à la grâce, la religion des hommes à celle de 5e
le Sauveur pour se donner à lui!
Mes frères, pardonnez-moi ce long récit de mes luttes et de mes réflexions, et laissez-moi vous supplier de m'aider à obtenir de notre Père céleste de pouvoir désormais prêcher, |
et