‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 37 sur 48 · AL IN ET TT NES · texte numérisé non relu

AL IN ET TT NES

taire, son foyer ne connaît pas les joies les plus légitimes de la terre, son cœur ne bat que pour Dieu et pour les âmes qui lui sont confiées. Il est tout à tous et, quand une voix l'appelle, il va, même au bout du monde. Il obéit sur un signe de ses supérieurs, parce que dans son foyer ou dans son cœur aucune autre voix n’a le droit de lui dire : « Reste, tu m'appartiens. » Combien doux et forts sont ces liens de la famille spirituelle, même lorsque nous étions prêtres nous ne l'avions pas encore compris. Il a fallu le jour de la rupture, quand notre cœur a saigné dans les déchirements de la séparation ; alors nous avons compris qu’un lien si fort est capable d’en retenir bien d’autres parce qu'ils n’ont pas la force d'accomplir une pareille rupture.

Mais arrivons à la deuxième partie de notre texte. Le filet était doux et pourtant il y a eu rupture.

Aux douceurs de l’obéissance a succédé la révolte. Comment cela a-t-il pu se faire? Dans notre cœur deux voix se sont fait entendre : celle du passé et celle du présent qui était celle de la conscience. Alors la voix du passé était encore la voix du cœur, mais elle n’était plus la voix de Dieu. Et la voix du présent était la voix de la conscience. Il y a une conviction qui n’est qu’un héritage, il y en a une autre qui est une conquête. Toute victoire suppose une lutte. Ici, la lutte fut la plus douloureuse de toutes les luttes : celle du cœur contre la conscience.

Il fallait toujours aller à Dieu, sans doute, mais pour aller à lui il fallait supprimer désormais les intermé-

diaires. Alors plus de Pape, plus d’évêques, plus d'Église enseignante. Tous ces intermédiaires n'étaient que les mailles diverses d’un vaste filet.

Dieu se penchait jusqu’à nous, il nous ouvrait les bras et il nous invitait à nous reposer sur son cœur. Mais les élans de notre âme vers ce père céleste étaient retenus par les mailles du filet. Alors, oui, ce filet devenait un esclavage. Alors, oui, dans les angoisses de la crise nous nous sommes souvent écriés : Qur nous délivrera de ce corps de mort? Quir Non la mort qui est l’obéissance passive, mais la vie qui est la liberte. Et le filet a été rompu, nous avons alors connu la liberté des enfants de Dieu.

Le Bréviaire aussi est un lien qui à à été brisé. Le Bréviaire est doux tant qu'il est la prière, mais la prière libre, non la prière forcée. Prier, c’est adorer, supplier, remercier, aimer. Tous ces sentiments demandent un cœur libre et non un esclave qui exécute une à heures fixes et à quantité déterminée.

Si le cri le plus saint et le plus noble du cœur on est ainsi réglementé, il vient une heure où la prière n'est plus qu’une indigne parodie. Les lèvres murmurent des paroles que le cœur ne pense pas. Le corps est à genoux et l’esprit parcourt les espaces. Les mains sont jointes mais les nerfs ne parviennent pas à dissimuler l'ennui et ce que l’on prendrait pour des soupirs de dévotion n’est qu’une aspiration qui désire la fin. Voilà ce que nous avons vu : la prière profanée. Et cette profanation, qui en est responsable, sinon pie qui la transforme en précepteP

Le célibat de même : après l'avoir béni, le jour est venu où nous en avons reconnu les fruits amers et

empoisonnés. Si alors le cri de malédiction n’est pas …

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