‹ Ceux qui s'en vont, 1895-1904Chapitre 7 sur 48 · NT 7 TT PCT DIET · texte numérisé non relu

NT 7 TT PCT DIET

nn L'ŒUVRE 27

Saints, tradition divine que l’Esprit-Saint conserve dans

= l'Eglise et que l'Eglise doit enseigner au peuple sous le cons trôle de l'Ecriture.

ù Je’ érois à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. rs Cette Eglise, c'est le royaume de Dieu prêché par le Christ : dans la Judée et dans la Galilée. L'Eglise est une, parce ! qu'elle a pour chef unique Jésus-Christ; elle est sainte, ÿ parce que la divine vertu de l'Evangile la purifie et la sanctifie ; elle est catholique, c'est-à-dire universelle, parce qu'elle embrasse dans son sein tous ceux qui, dans tous les temps et dans tous les lieux, font profession extérieure de christianisme ; elle est apostolique, parce qu'elle a été propagée par les apôtres, témoins authentiques des enseignements de Jésus. L'Eglise romaine n'est pas l'Eglise universelle, elle n’en est que la portion la plus importante. Les apôtres et les premiers missionnaires ont établi des Eglises indépendantes l’une de l'autre, unies seulement par la charité à et la foi en Jésus-Christ. Plus tard, les Eglises se grou- J pèrent librement sous l'autorité de l'évêque de Romé. La …—.— papauté est donc d'institution humaine, et, aujourd’hui : comme alors, toutes les Eglises sont égales devant FEvangile. Refuser le nom de chrétiens à 250 millions de créatures humaines qui croient en Jésus-Christ, c'est un blasphème ; contester le salut éternel à des chrétiens qui pratiquent l'Evangile, c'est renier l'Evangile. On fait son salut dans toutes les Eglises, si l'on met sa vie en harmonie avec les enseignements de Jésus- -Christ ; on se damne dans toutes les Eglises, si l’on vit en dehors de Jésus-Christ.

Je crois à l'infaillibilité de la parole divine contenue dans -lEcriture, dans la Tradition et dans les enseignements de is ( | PEglise. Mais à côté des vérités révélées dans les enseigne- $ ments de l'Eglise comme dans la Tradition et dans l’Ecriture,

… les préjugés, l'ignorance et les passions ont pu introduire des erreurs humaines. Dieu seul est infaillible. L’infaillibilité est-un attribut que Dieu ne peut pas communiquer à une créature. Les prophètes, tout inspirés qu'ils étaient, se sont trompés, lorsque, décrivant d'avance le Messie, ils l'ont vu sous les traits d'un roi temporel. Les apôtres se sont également trompés lorsque, prêchant la résurrection des morts et le jugement définitif, ils affirmaient que leurs contemporains

verraient les derniers jours du monde. Pourquoi le Pape serait-il plus infaillible que les PAPERS plus infaillible que les Apôtres ?

Je crois à la nécessité, dans] Ee glise, d'une autorité doctrinale, c'est-à-dire d'un enseignement officiel. Maïs cet enseignement ne peut pas s'imposer à la pensée ; la vérité ne s'impose pas, elle se propose. Le simple fidèle qui a besoin de tout son temps pour gagner son pain ou pour élever ses enfants a le droit de s'en rapporter à son pasteur pour ses croyances religieuses ; le pasteur qui enseignérait SUT COMmande, sans avoir examiné la valeur de sa doctrine, serait | aussi méprisable que le droguiste qui vendrait sans discernement les remèdes et les poisons. Je réclame donc le droit de penser autrement que mes supérieurs, parce que cest mon devoir dechercher la vérité.

En agissant ainsi, je me tiens aussi loin que possible de l’hérésie. L’ hérétique est celui qui met la parole dé l'homme w au-dessus de la parole de Dieu : l’hétérodoxe, au contraire, met la parole de Dieu au-dessus de celle de l'homme. Quant aux orthodoxes, ils se divisent en deux classes: il ya les naïfs, qui s’imaginent que Dieu a donné un blanc-seing à. l'Eglise et qu'il a signé d'avance tout ce que le pape pourra enseigner ; il y a les malins, qui savent à quoi s'en tenir, qui souscrivent publiquement à toutes les formules dogmatiques, mais qui, en secret, les Een autrement que l'Eglise? ee

naïf, et ma Conscience m'interdit de passer dans le camp des malins. >

mes convictions, pouvoir être un bon serviteur de l’ Éouae tholique et du diocèse de Soissons, dans la piété sincère, da le désir ardent de mettre les âmes sous le joug dé Jésus-Christ, dans la pauvreté et la charité évangéliques, et dans la libert apostolique. Je suis catholique comme l'était le Christ lui= même, comme on l'était dans les premiers siècles de l'Eglise, et je suis persuadé que ce catholicisme large et tolérant. A celui du xxe siècle.

Les études historiques du-xrx° siècle nous ont fait remonter à nos origines ; si l'Évangile du rer siècle redevient celui xx°, les Eglises s'embrasseront dans la paix et la charité di

! hérétiques. »

Christ ; les 450 millions de chrétiens que porte la terre se ligueront pour prendre dans les filets de l'Evangile les 1,000.millions d'infidèles qui vivent en dehors de Jésus-Christ ; le monde alors sera sauvé, et il ne peut l'être que par l'Evangile. Pour moi, je ne suis et je ne veux être qu'un prédicateur de l'Evangile; je suis aussi incapable de garder un silence hypocrite que de mentir. Dans toute situation, honorée ou humiliée, où il plaira à la Providence divine de me placer, je suis résolu à prêcher l'Evangile suivant ma conscience. Malheur à moi si je ne prêche pas l'Evangile!

Le lendemain 14 juin, l'abbé Philippot recevait sous pli recommandé une sentence d'excommunication et d'interdit. En même temps l'archiprêtre de Vervins, accompagné d'un autre prêtre, se présentait au presbytère avec une copie authentique de la lettre épiscopale. Avant d'en écouter la lecture, l'abbé Philippot prit la parole en ces termes : «M. l’Archiprètre, permettez-moi une simple observation Dans les termes où la question a été posée dès le premier jour, nous devions fatalement arriver où nous en sommes. On ne dit pas à un honnête homme : « Rétractez-vous, changez de con- « viction du jour au lendemain comme on change de « vêtement. » On dit à un homme que l’on croit sincère - ct honnête : « Mon cher ami, réfléchissez, étudiez,

« priez; quittez votre paroisse sans bruit et sans scan- « dale; allez vous enfermer dans la solitude pour trois « mois, Six mois, un an si vous voulez. Quand vous « aurez pris votre temps, vous viendrez nous dire si « vous persévérez dans les mêmes sentiments et alors « nous nous séparerons définitivement.» Les procédés dont on a usé envers moi, M. l’Archiprêtre, étaient bons du temps où l’on allumait des bûchers pour les

Cette sentence provoqua une vive agitation dans la paroisse. Les meilleurs chrétiens, les catholiques les plus pratiquants, sauf dans trois ou quatre familles, étaient entrés par l'intelligence et par le cœur dans les doctrines de l'Evangile, tel que le prêchait leur curé. Le jour même de l’excommunication on vint dire à M. Philippot: «Restez avec nous, nous vous soutiendrons. »

Très touché de cette proposition, le prêtre excommunié exposa à ses paroissiens les conditions dans lesquelles on pouvait fonder une Eglise évangélique: laisser l'église et le presbytère au prêtre envoyé par l'évêque; s'installer dans une modeste salle pour y prècher, y chanter des cantiques, y lire la Sainte-Ecriture ; renoncer à tout le luxe coûteux des cérémonies catholiques, quêter seulement pour les pauvres.

Si la loi civile avait permis à la municipalité de Plomion de disposer de son église et de son presbytère en faveur d’un curé de son choix, le schisme était . consommé et la paroisse se constituait en communauté indépendante. L'âme catholique sera affranchie du joug: du Pape le jour où l'Etat octroiera aux communes la liberté de conscience. Pourquoi les municipalités ne reçoivent-elles pas du gouvernement leur part du budget des cultes, libre d’en faire l'emploi qui leur semblerait le meilleur?

La presse de toute nuance fit écho à la protestation de l’abbé Philippot. On savait que le prêtre excommunié s'était réfugié chez moi à Sèvres, où quelques autres prêtres déjà étaient venus demander l'hospitalité. L'Eclair du 23 juin 1897 accompagnait la Profession de foi des réflexions suivantes :

Nous avons déjà parlé du mouvement qui se manifeste dans le jeune clergé vers un christianisme plus simple et plus évangélique.

Nous avons publié le manifeste de M. l'abbé Bourrier, retiré aujourd'hui dans une petite villa, à Sèvres. Cette solitude est fréquentée par quelques prêtres qui vont là se recueillir et prier, attendant l’heure de la réforme catholique qui, d’après eux, ne peut tarder à sonner.

A les entendre, le vieux dogme romain est pourri. Il ne vit plus que de politique et de compromis.

Il faut revenir, disent ces néo-catholiques, à l’Église du premier siècle, à l’enseignement apostolique. La papauté est d'institution humaine. Jésus-Christ n’a pas institué une Eglise visible. Les apôtres n'ont pas fondé une Église, mais des Églises indépendantes entre elles.

L'’orgueil du sacerdoce a usurpé la place du Christ. Le véritable christianisme ne triomphera qu'après avoir vaincu le sacerdotalisme.

Ce qu'il y a de plus remarquable, c’est que les prêtres qui acceptent ces idées ne sortent de l’ Église romaine que lorsqu’ils y sont forcés. Ils prêchent l'Évangile et restent à leur poste tant que leur évêque ne les révoque pas.

C’est ce qui vient d'arriver dans le diocèse de Soissons, où le curé de Plomion, M. l’abbé Philippot, vient d’être déféré au tribunal de l’Inquisition. Il a refusé de se rétracter et résisté jusqu'ici à toutes les sollicitations et aux menaces, On trouvera plus loin le manifeste qu'il vient d'adresser à ses paroissiens et à ses collègues. Ce document lui mérite d’avoir reçu hier sa sentence d’excommunication.,

Ajoutons qu'en face de ce réveil évangélique de la conscience chrétienne les évêques se sentent désarmés. Ils n’ont plus le courage d'employer les foudres ecclésiastiques. M. l'abbé Bourrier n’a encouru aucune excommunication, aucune peine canonique. Nous pouvons en dire autant des abbés Joye, Bonhomme, Corneloup, Meïllon, Ver et de tant d’autres qui prêchent aujourd’hui librement dans diverses églises. L’abbé Philippot est moins heureux.

La presse cléricale, de son côté, se montrait alarmée, Par son organe La Vérité, du 21 juin 1897, elle exha-

Jait ainsi ses plaintes sous ce titre: Tristes sy mp. lomes :

Un dangereux mouvement, dont il ne faut ni exagérer ni méconnaitre Rues se produit en ce moment dans le clergé. C'est la suite de cet esprit libéral et réformiste que … l'on a vu poindre avec Lamennais, qui a entraîné l'abbé Guet tée, le malheureux P. Hyacinthe, les abbés Michaud, Mich et d'autres encore, et qui travaille aujourd'hui une partie jeune clergé. JE

Sous prétexte de revenir à un christianisme plus vrai, plu évangélique, on est tout prêt à répudier le catholicisme: Le purs, les partisans d’un retour à l'Evangile primitif, rejetten l'Eglise romaine et avec elle l'autorité du Pape, Jésus-Christ, disent-ils, n'a pas institué une Église visible, et la papauté, n'est que d'institution humaine. L’ Église de Jésus-Christ es celle qui est éclairée, régie et gouvernée par l'Esprit-Sait seul et vrai vicaire du Christ. L'Eglise romaine, soumise au. Pape, n’est pas l'Église universelle; elle n’en est qu'un portion. Les apôtres et les premiers missionnaires ont établi des Églises indépendantes l’une de l'autre, unies seulemen par la “charité et par la foi en Jésus-Christ.

Aujourd’hui, comme alors, toùtes les Églises sont Pr devant l Évangile et on fait également son salut dans toutes Est chrétien selon L Évangile quiconque croît en Jésus- CR et vit selon ses enseignements et son esprit.

Il faut donc remonter à la source. Si l Évangile dues cle redevient celui du xx°, les Églises s “embrasseront dans la paix et la charité du Christ : les chrétiens, de leur côté, amèneront à Jésus Christ les infidèles qui vivent en deho de Lui; et le monde alors sera sauvé, comme il doit l'êt par l'Évangile.

Tel est le fond d’une profession de foi qu’un prètre di diocèse de Soissons vient d'adresser avec éclat à son évêc - en quittant le clergé. à Elle ne diffère pas see idées qui commencent à s'expri

siastiques, dont les noms s'affichent tous les jours; ell pond surtout à l'état d'âme d'un plus grand nombre dé tres, jeunes ou anciens, inquiets, remuants, épris de

RE a A PAT RS te LS.

… et de renouveau, qui en sont venus à croire que la vieille orthodoxie, la vieille tradition ne suffisent plus au monde de l'avenir, et qui appellent secrètement de leurs vœux une nou-

. velle Eglise, un nouveau christianisme

Ils sont déjà plusieurs, animés du même esprit, qui se sont rapprochés ; ils cherchent à se donner un rôle au sein du clergé ; ils s'appuient sur les idées de démocratie chrétienne, d'action populaire, pour entraîner à leur suite des adhérents, qui croiront faire œuvre de zèle en allant avec eux.

Le congrès des religions à Paris, en 1900, eût donné un nouvel élan aux tendances qui se font jour actuellement dans

\ les rangs ecclésiastiques. C’est là qu'on eût proclamé cet es-

prit évangélique de vérité et de paix qui doit rénover l'Eglise,

fondre tout le christianisme en un seul et même corps, et amener le monde à l'Évangile.

L'abbé Victor Charbonnel, encore absorbé par la préparation du Congrès des religions, avait le courage d'écrire dans L’ÆEclair l'apologie de ceux que l’on allait appeler les Evadés (1):

Il y à de vieilles histoires qu'on va ressasser. Le cri de la chair, parbleu ! Un tas de pornographes, de cacographes, de ee remuent déjà les immondices de leur imagination et de leur vocabulaire. Le cri de la chair ! Et cela suffit, pour explication vengeresse, aux bonnes âmes en qui la foi et la

dévotion ne sont que des raisons saintes de haine. MAÉ omme Si, dans l’existence d'hommes qui ne vous ressemblént pas, Ô pornographes et dévots, tout devait se régler par la vulgarité, par la basse crapule, par l'ignominie bête! - Comme si des gens moins honnêtes et plus prudents, voyons, imbéciles ! étaient réduits à aller si loin pour trouver les dégradations que vous pensez qu'ils cherchent ! Comme si, enfin, il était défendu à d’autres autant qu’à vous-mêmes de

(1) A cette époque on jouait à la Comédie-Française l’Évasion, qui représente les luttes d’un homme qui cherche à s'évader des préjugés de son éducation et du milieu où il a vécu. On nous = :'appela les « Evadés » et le mot fit fortune,

34 CEUX QUI S’EN VONT connaître les douloureux conflits de l’intellectualité et de la conscience !

Un Lamennais, c'est l’orgueil ; un Doœllinger, c'est l'entétement; un Renan, c’est l’ambition et quelque grivoiserie ;

un Hyacinthe Loyson, c'est le coût du mariage. Aux mal-.

heureux qui n'ont pas la gloire de ces grands noms, l'on accorde de moindres prétextes encore. La psychologie de tous ces déchus est vite faite.

Mais il a paru, à ceux du moins qui peuvent juger de ces choses avec un esprit libre, que la profession de foi de quelques-uns des prêtres dernièrement sortis de l'Eglise est pleine d’une ardeur noblement évangélique, toute pénétrée d’un christianisme généreux, et, jusque dans les hérésies — puisque hérésies il y a — pieusement candide. Les uns demeurent dans leurs paroisses, près du peuple qui les vit vivre ; d’autres entrent dans les Sociétés d’évangélisation, et d’autres encore se réunissent, pour se recueillir et préparer leur apostolat nouveau, en une villa de Sèvres, où ils reçoivent une fraternelle hospitalité. Tout cela diffère assez du défroquement banal, et marque de sérieuses inquiétudes d'âme religieuse.

Même à comprendre bien autrement ce qu'il y aurait à

tenter en pleine Eglise pour une rénovation libérale dont le

rêve ne se renonce jamais, et même dans le regret attristé Ou effrayé de ces résolutions suprêmes, nous n'avons ni cCritiques ni protestations à élever. Ceux-là ont dû dire comme Luther : « Il est dangereux d'agir contre sa propre conscience. Me voici, je ne puis autrement. Que Dieu-me soit en aide! » Pour la paix de leur conscience et pour Dieu, librement, ils ont brisé en deux leur vie. Ils ont laissé derrière eux, après quelle longue et tragique suite de déceptions ! des souvenirs doux, les plus belles des émotions mystiques, de chères amitiés, des morceaux de leur cœur, enfin, et ils mar> chent à l'inconnu, vers la nuit qui sera longtemps déserte. De la maison d’hier ils emportent, pour leur route d'aventure et de douleur, un peu du pain de l’âme, mais qu'ils mouilleront souvent de leurs pauvres larmes. Si nous ne voulons pas être avec l'injustice farouche des excommunicateurs,

il nous faut ou respecter leur courage ou plaindre leur.

témérité.

L'ŒUVRE | 35 rs, mon œuvre était fondée. A tous ces malx prêtres qui gémissaient dans la prison de leur conscience, il fallait donner les moyens de s'éclairer,

la Maison hospitalière et le Bureau de place-

Son titre est Le Chrétien français. Le pi numéro parut le 1% octobre 1897. Il devait ai

il devint mensuel. A Ja sh de la deuxième anné nous primes le grand format et nous fûmes hebdom: daires.

vant :

dans le giron et dans la au tous nous Voulé Re réforme religieuse, un catholicisme rajeuni, un christian tel que l'ont établi les Apôtres, seuls interprètes authent de la prédication de Jésus.

La papauté n'est pour nous qu’une institution huma - vénérable, si elle veut répudier un passé d'erreurs et d ventions - “dogmatiques : condamnable, si elle s’obstine dan l’orgueil de ses privilèges antichrétiens. ÉFaR | L'unité est un mal quand elle s'élève sur les ruines charité et de l'union en Jésus-Christ, après avoir profa plus sacré des sanctuaires, celui de la conscience.

7 L'heure n’est pas aux professions de foi. Si cependänt on r nous demande ce que nous croyons, on lira plus loin la déd claration de M. le curé de Plomion.

M. Nous faisons appel aux catholiques et aux protestants, à (ous ceux qui aspirent à un rapprochement religieux sur le : terrain apostolique, à tous ceux qui veulent travailler au salut ee de la France par l'Evangile.

Nous ne disons pas : « Faites-vous catholiques, devenez protestants. » Nous disons : « Soyons chrétiens ! >»

Les étiquettes sont peu de chose et ne prouvent rien: c'est la conversion qui est tout, c'est le cœur que Dieu demande, N Nous comptons des adhérents dans presque tous les diocèses de l'Eglise de France, dans tous les rangs du clergé, dans plusieurs monastères et communautés. Nous avons même reçu des témoignages sympathiques de la part d’un personnage très élevé dans la hiérarchie.

| Plus de vingt prêtres et moines ont rompu les liens qui les

| retenaient dans l'Eglise romaine, afin de pouvoir prêcher

librement l'Évangile. D'autres, plus nombreux, pensent qu ls . peuvent encore rester dans le giron, et que la réforme sortira * du sein du catholicisme

Ici ou là, nous fraternisons avec tous les disciples du Christ de l'Évangile, et nous disons avec l’apôtre : « Qu'importe, pourvu que le Christ soit annoncé. » {Philip. I, 18)

Rapprochons-nous donc pour apprendre à nous connaître, unissons-nous pour travailler ensemble au règne du même Sauveur.

Laissons les querelles de clocher, élevons-nous par-dessus | les barrières ecclésiastiques, d'où nous apercevrons mieux la grande œuvre chrétienne et patriotique qui demande tous nos efforts.

. Nous avons pensé qu'un Bulletin était nécessaire pour servir de lien entre nous, et nous tenir au courant du mou- -vement religieux et réformateur.

Ce Bulletin sera une tribune libre, ouverte à tous les apôtres travaillés par le désir de rénovation religieuse, par le dégoût des superstitions et du formalisme, de tous ceux, en un mot, qui trouvent dans l'Évangile tout ce qui est nécessaire au salut des âmes et au relèvement moral des peuples.

Rien que l'Évahgile, mais tout l'Évangile. Ÿ. D)

Nous adressons cet appel à tous les cœurs chrétiens. Que l’on nous aide en nous faisant connaître.

Notre existence est un premier pas dans l'œuvre de la. réforme religieuse, une affirmation de ce que nous voulons, un commencement et une espérance.

Que Dieu nous soit en aide!

La RÉDACTION.

Le premier numéro fut rapidement enlevé. Nous n'avions pas prévu un pareil succès et nous n'étions pas organisés pour faire face aux demandes qui nous arrivaient de toutes parts. J'avais commencé en me faisant moi-même expéditeur, ma cuisinière collait les bandes et portait à la poste. Nous dûmes bientôt installer des bureaux, avoir un chef de départ et des employés. Ces bureaux, situés aujourd’hui à Paris, 12, rue Vivienne, ont vu passer quantité d’ecclésiastiques de tout rang et de tous les diocèses.

Chaque numéro contient: un bulletin religieux, un article de fond, une semaine catholique sur un sujet d'actualité, des lettres de démission, des nouvelles, des statistiques, des études parfois écrites par les maîtres les plus savants. Nous avons publié des feuilletons comme L'Empreinte, d'Estaunier, et les Lettres à mon Curé, d'Edmond Schérer, qui ont eu un grand succès dans les presbytères et les sacristies.

Voici d’ailleurs comment l’œuvre du Chrétien frans çais a été appréciée par un de ses rédacteurs, ancien prêtre lui-même :

Il y a plus d’un an de cela. J'allai à Sèvres; je vis M. Boutrier et je l’écoutai attentivement, quand il me fit part de ses espérances au sujet de la Réforme intérieure du Catholicisme, dont il rêvait de trouver les premiers instruments dans le clergé lui-même.

Sorti moi-même des rangs du clergé, et passé, depuis plusieurs années, à la vie civile, maintenant tout occupé à mériter la confiance des plaideurs et des juges, je ne pensais plus à ces. idées de réforme, dont mon esprit s'était bien souvent inquiété. Je dois ajouter que, raillé ou condamné dans mes initiatives, soupçonné dans mes intentions, découragé dans mes actes, discrédité dans mes paroles et dans mes écrits, je m'étais retiré, las, méfiant envers les hommes, ne gardant de mes croyances que les articles essentiels, comme la foi en la divinité de Jésus-Christ, et bien décidé à vivre tranquille désormais, à l'abri de toute controverse religieuse, bien chaudement ouaté dans mon demi-septicisme.

En quittant M. Bourrier, je dus m’avouer que cette indifférence calculée allait mal, tant à mon esprit qu’à mon tempérament. Au fond, je croyais, comme lui, qu’il y a quelque . Chose à faire, et quelque chose qu’il est urgent d’entreprendre aujourd’hui, dans le domaine du catholicisme.

Mettez devant vos yeux des hommes droits, instruits, cha-

ritables, pleins d'énergie, convaincus, non seulement qu'ils peuvent s'occuper utilement, mais qu'ils ont une véritable mission, un apostolat à exercer dans les milieux catholiques, des hommes résolus à passer par-dessus tous les obstacles, à s'affranchir de toute question personnelle, à mépriser toutes les injures et toutes les indignités, à faire face à tous les devoirs, et vous comprendrez qu'on puisse croire à leur succès final.

‘ Ah! je n’en avais pas trouvé mille, non; mais certainement j'en avais rencontré un. M. Bourrier a la volonté ferme, la parole chaude, et le regard communicatif; c'est de plus un croyant, c'est aussi un cœur riche en affection et en dévouement. Si je l’écris, c'est parce que je le sais.

L'homme n’a que des amis. Son œuvre rencontre beaucoup d’adversaires, même acharnés, même déloyaux. Depuis un an que jassiste à cette lutte inégale d’un seul contre tous, je marque /les points, comme on dit, et j'observe que, toutes les fois que les adversaires de M. Bourrier ont obtenu un avantage, c’est au détriment de la vérité.

« C'est une œuvre protestante au premier chef », clament les journaux ultra-catholiques ; « c’est bien pire encore. C'est un appel à la révolte, c’est la justification de tous les

désordres, c'est l'encouragement à la licence des mœurs parmi le clergé. » Vous comprenez que j'habille convenablement ici leurs dégoûtantes apostrophes.

Dans le monde protestant, au contraire, on s’est nettement prononcé en faveur de ce mouvement de réforme. Tous les hommes intelligents et droits, tous les amis du progrès, tout ceux qui professent que le premier dogme religieux de l'humanité est l'absolue liberté de conscience, ont accueilli avec joie l'œuvre de M. Bourrier. Et, de leur côté, lui est venue une sympathie profonde et active qui ne s'est jamais démentie.

S'il y a, de-ci de-là, des exceptions bruyantes, des personnalités susceptibles, jalouses de leurs monopoles, agacées de constater un mouvement irrésistible vers la liberté dont elles n'ont pas l’exclusive direction, qui s'agitent, qui sèment des soupçons, qui conseillent le discrédit, qui organisent des résistances, ce n'est là qu'un accident assez commun à la naissance de toutes les œuvres.

J'ai craint, un moment, qu'on ne provoquât le CAréltien français à des discussions subtiles et oiseuses, dont les pièges sont toujours soigneusement préparés, et que l'on essayât de tirer parti de quelques divergences secondaires qui auraient pu exister entre les rédacteurs, les correspondants et les lecteurs ; j'ai craint surtout que le Chrétien français ne se prêtât imprudemment à cette manœuvre. C’eût été bientôt fait de noyer dans le flot toujours montant des controverses et des explications la notion première de l’entreprise.

Réveiller l'esprit chrétien dans les masses catholiques ; replacer la religion là où l'on ne trouve plus que des distractions rituelles ; remettre sous les yeux des fidèles la parole à la fois si simple et si lumineuse du Christ; leur rappeler, par des exemples et par des preuves, la sublimité et la nécessité de la religion des premiers siècles, leur en. inspirer le goût, non point le leur imposer ; les amener à en souhaiter partout le rétablissement; voilà l'œuvre principale, dont le Chrétien français ne sera qu'un moyen.

Ce qui caractérise cette œuvre, ce qui en fait l'originalité, comme, à mon avis, la beauté ‘et le mérite, c'est qu’elle serait menée à sa fin par le clergé catholique lui-même. Par

DE à

Chrétien français.

degrés, ou soudainement si les événements s'y prêtaient, en

facilitant au clergé une instruction plus large et plus sérieuse, une connaissance plus complète de son histoire, une notion plus exacte de son rôle au sein des peuples qu'il veut conduire, en lui inspirant surtout un plus grand souci de sa dignité et de son indépendance, en soutenant les unités ou les collectivités favorables au mouvement, en aidant à isoler Où à détruire celles qui voudraient abusivement l’entraver, on a le droit de compter sur une réforme plus générale et plus durable que par tous autres moyens.

Cela me paraît si évident que je n'ai pas été surpris d’apprendre toutes les preuves de sympathie et tous les encouragements qui sont venus à M. Bourrier de tous côtés.

Le peuple, partout où il a pu être mis en contact avec lui,

-l'a acclamé, Les classes élevées, savants et littérateurs,

magistrats, soldats, députés, etc., se plaisent à lui apporter leur concours. Du sein du clergé catholique, des prêtres, non les moins pieux et les moins élevés, lui envoient, en termes discrets, sans doute, le témoignage de leur admiration pour une si chrétienne entreprise. Pour balancer l'influence coupable de quelques protestants, oublieux de leur origine et des principes fondamentaux de leur propre relision, qui ne veulent ni voir ni comprendre, partout, en France, en Anglèterre, en Suisse, en Allemagne, de nombreux pasteurs et fidèles lui prodiguent leurs applaudissements et leurs riches offrandes. Il n’est pas jusqu'aux libres penseurs, aux partisans déterminés de la religion libre, qui

ne reconnaissent en lui un caractère loyal et probe, et qui ne

rendent hommage à la sincérité de ses convictions.

Tout cela, je l’ai vu, de mes yeux; de mes oreilles, je l'ai entendu ; ce qui m'a changé un peu des racontars et des vilenies dont les plus aigres ne m’arrivaient pas toujours d'une sacristie ou d'un parloir de religieux.

Et cela, j'ai voulu le dire, dès le premier jour, en écrivant ces lignes, à titre de collaborateur, dans les colonnes du

Ferdinand TARROUX.

En 1901, à la fin de janvier, une grave maladie

m'obligea à abandonner mon œuvre pour prendre un

repos assez long dans le Midi. Ce fut M. A. Vidalot qui me remplaça au journal et dans un de ses articles, toujours très remarqués, il exposa avec netteté et une grande hauteur de vues, l'œuvre telle que nous l'avons toujours comprise.

Le protestantisme a voulu voir, dans le Chrétien Français et le groupe d'anciens prêtres réunis autour de lui, une œuvre avant tout et même exclusivement protestante. Parce qu'une dizaine de prêtres, peut-être moins, sont entrés, en se conformant d’ailleurs à toutes ses règles, dans l'Eglise réformée, le mouvement d’exode du catholicisme a été considéré comme une conversion en masse au protestantisme.

L'Église réformée entière s'est émue. Les synodes offcieux particuliers, les conférences pastorales se sont saisis de la question des anciens prêtres, le synode général prochain doit en délibérer. C'est la grosse question ecclésiastique du moment Je me demande si tout ce bruit n’est pas, je ne dis pas ridicule, mais exagéré. Le nombre infime de paroisses vacantes, qui dans un an ou deux seront à peu près toutes pourvues, n'indique-t-il pas assez, à défaut d'autres

raisons meilleures, que l’avenir des anciens prêtres n'est pas

de ce côté, et que le Chrétien Français a autre chose à faire qu’à pourvoir des Églises qui seront bientôt encombrées de candidats protestants ?

Le Chrétien Français poursuit une œuvre autonome, personnelle, indépendante. Comme son sous-titre l'indique, il est le bulletin de la réforme évangélique dans le catholicisme. C’est sous cet aspect qu’il faut le voir, et c’est avec ce caractère qu'il faut le défendre si on est avec lui. On ne peut plus atteindre le clergé catholique, qui est la clef de la solution religieuse, que par le moyen d’un organe qui parle sa langue, rédigé par lui-même ou par les siens. Le prêtre est trop: pétri de catholicisme, même lorsque celui-ci lui est devenu un joug, pour adhérer de prime abord, sans préparation, à une autre confession religieuse, dont sa vie a été une condamnation et une haine. |

C’est comme organe de la réforme catholique que le Chrétien Français a travaillé jusqu’à ce jour ; c'est comme tel |

qu'il a rallié autour de lui, dans l’espace de deux ou trois ans, un véritable régiment de prêtres et qu'il a fait à la mentalité cathoïique une brèche par où passe un souffle, de plus en plus fort, de liberté évangélique. Je lui ferais même le reproche quant à moi — en mettant hors de cause, cela va sans dire, la Direction qui a été débordée — d’avoir trop sacrifié aux exigences ambiantes et d’avoir quelquefois dépassé la mesure dans l'attaque. Il est de règle, dans certains milieux, de prendre tous les prêtres pour des chenapans et des bandits et le catholicisme pour une vaste hypocrisie. Le Chrétien Français ne doit rien accorder à ces tendances. La première condition pour arrêter l'attention du clergé, c'est de le respecter. Et cela, parce qu'il mérite le respect. Autrement dit, le Chrétien Français doit être un organe indépendant et libre. Indépendant moralement, intellectuellement, religieusement, et dépendant matériellement, cela est évidemment, avec l’étroitesse des points de vue particuliers, d'une conciliation difficile. Il ne manque pas d’hommes cependant, dans le protestantisme, qui ont résolu pour leur compte cette difficulté. La preuve, c’est que le Chrétien Français n’a vécu et ne vit guère que grâce au protestantisme, sinon le journal, du moins l'œuvre qu'il représente. Les catholiques libéraux, sauf de trop rares exceptions, n'ont pas encore compris le devoir qui s'impose à eux. Ils jugent plus efficace et plus glorieuse la phraséologie anticléricale. Ils comprendront un jour, j'espère, peut-être à la clarté : d'événements fâcheux qu'ils auraient dû prévoir; mais, en attendant, c'est en grande partie sur le protestantisme français que notre œuvre repose. C’est l'esprit de la Réforme que nous avons puisé dans ses Facultés, que nous puisons dans ses Églises et que nous travaillons à faire passer dans l'Église catholique. C’est pour la paix des âmes, c’est pour l'Évanile, c’est pour la patrie que nous travaillons. Pourquoi ne comprendrait-on pas, de plus en plus, que toutes les œuvres vraiment chrétiennes sont solidaires, qu'il y a place au soleil pour tous les hommes de bonne volonté, qu'une seule chose est nécessaire : l'union dans la foi, l'union dans l'esprit? Tous les hommes et tous les peuples ne vont pas à Dieu par les

mêmes chemins.

A. ViDALOT.

Le Chrélien français compte aujourd'hui un millier d'abonnés ecclésiastiques. Ce chiffre a été dûment constaté par les témoignages les plus autorisés. Ils doivent être nombreux les prêtres qui, n'osant pas s'abonner directement, se le font adresser sous le nom de leur cuisinière ou chez l'épicier d'en face. Nous ne pouvons de même apprécier le nombre de ceux qui l’achétent au numéro chez les marchands ou dans les gares.

Pour la vente au détail, nous avons été combattus à outrance. On a menacé les vendeurs, on a fait toutes les démarches possibles pouriles intimider et les empêcher de mettre le numéro en montre. D'autres recevaient le journal, le cachaient dans leur boutique et nous renvoyaient ensuite les numéros, ce qui constituait pour nous une double perte.

En 1899 et les années suivantes, les évêques publièrent dans les Semaines religieuses des défenses sévères contre les prêtres qui recevaient le Chrétien français. Dans quelques diocèses cependant, l’autorite fut plus large, parfois même sympathique, et notre journal put continuer à circuler dans les presbytères. Mais ailleurs, là où l'autorité était hostile, la contrebande a fonctionné avec plus de zèle, et nous pouvons assurer que, dans plus d’un diocèse, chaque numéro qui réussissait à pénétrer représentait à lui seul une vingtaine de lecteurs.

Aussi, le 3 octobre 1901, le Chrétien français saluait sa nouvelle année par un cri d'espérance et de satisfaction :

Aujourd’hui, le Chrétien français compte un bataillon de 500 évadés; un millier de prêtres en fonctions dans divers diocèses sont abonnés plus ou moins ouvertement. Il ne nous est pas possible de compter le nombre de ceux qui l’achètent au numéro ou qui se le procurent indirectement.

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On se demandait, au commencement, si jamais les évadés arriveraient à la douzaine. On voit aujourd’hui si ce nombre est dépassé. On se demandait si nous aurions jamais un évêque. Aujourd'hui, on nous en donne six. Dom Guersin les connaît tous, Henri des Houx sait qu'ils existent, quoiqu'il ne puisse pas tous les nommer; Mer Le Nordez n'ose pas nier la débâcle épiscopale, maïs il tâche de se consoler en se disant que le schisme est impossible.

Tel est le chemin parcouru.

Il est loin, le temps où le ministère Méline refusait au Directeur du Chrétien français de reconnaître son titre de pasteur ! Bien plus éloigné encore, le jour où M. Dupuy me disait : « Jamais vous ne serez reconnu. »

J'avais l'honneur de m'incliner, ce jour-là, devant une Excellence et de lui dire : « Les ministres passent et les pas-: teurs demeurent. »

Il a passé, en effet, et je suis ce que je ne devais jamais être : j'ai droit de siéger dans un consistoire avec voix consultative. Nous en verrons bien d'autres. Le passé nous donne mille raisons d'espérer.

« Les hommes batailleront, disait Jeanne d'Arc, Dieu donnera la victoire. » La victoire n’est pas encore venue, mais quelque chose nous dit que nous avons bien bataillé.

Il y a toujours eu des prêtres qui ont eu le courage de reconnaître qu'ils.s’étaient trompés en s’engageant dans la cléricature et de chercher à refaire leur vie dans les hasards et la liberté de la vie civile. Mais nous pouvons affirmer que c'est avec le Chrélien français qu'a commencé l’exode en masse. Notre œuvre a été le signal d’une véritable débâcle dans les rangs du.clergé.

Il faut reconnaître que notre façon de démissionner était faite pour donner l'exemple et entraîner les hésitants. Jusqu’alors on redoutait surtout l'opinion. Sans doute la famille et la nécessité de trouver un gagnepain retenaient et retiennent encore un grand nombre de prêtres dans une servitude, dont il faut les plaindre, dans une dissimulation dont nous ne saurions les condamner. Maïs la tyrannie de l'opinion compte pour beaucoup dans les hésitations des uns et la lâcheté des autres. Les cléricaux ont façonné et pétri avec habileté cette opinion populaire aussi stupide que brutale. Apostat, renégat, défroqué, Judas: tels sont les mots avec’ lesquels on déshonorait jadis celui qui avait le courage d'accomplir un acte de conscience et de sincérité.

Ce fut là notre honneur, d'affronter le préjugé populaire,

carrément et de l'écraser sous les pieds par la loyauté et le courage de nos déclarations. Mirabeau disait : « Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous. » Il en fut ainsi de l'opinion. Le jour où le prêtre démissionnaire, fort de sa conscience et de la pureté de sa vie, se leva courageusement en face de l'opinion pour mépriser la bave de ses calomnies, l'opinion se tourna de son côté et le prêtre laicisé fut accueilli dans la presse et dans les réunions publiques avec. des applaudissements et souvent avec un vrai délire d'enthousiasme. Telle fut la réhabilitation du défroqué, telle fut l’œuvre du Chrélien Françaïs.

Nous allons publier un certain nombre de ces lettres de démission, choisies un peu dans tous les diocèses et dans tous les rangs du clergé. Elles sont loin d'être complètes, plusieurs volumes n'y suffiraient pas. Plusieurs, parmi les plus intéressantes, ont été retirées par leurs auteurs. Ils sont aujourd’hui pères de famille ou dans des positions qui les obligent à compter encore avec la persécution cléricale,.

Parmi ces lettres, les unes sont chrétiennes, les autres sont carrément incrédules ; les unes sont respectueuses, les autres sont violentes; les unes sont remplies de douleur et de regrets, les autres sont hautaines et semblent un cri de joyeuse libération. Nous publions tous ces états d'âme, tous ces sentiments les plus divers, toutes ces expressions variées de la même pensée: « L'Eglise Romaine abuse de la simplicité et de la naïveté des jeunes années pour engager par des liens éternels des âmes, qu'elle est ensuite incapable de convaincre et de retenir dans la sincérité. » C’est là le crime et c'est la leçon qui ressort de toutes ces démissions.

Nous publions ces témoignages dans l’ordre où ils ont paru dans le Chrétien Français.

M. l'abbé Vicror CHARBONNEL.

A l’Archevéque de Parts.

L Paris, 14 octobre 1807.

Eminence,

J'avais voulu, en donnant ma vie à l'Église dans l’ardente sincérité de ma jeunesse, donner ma vie à Dieu.

De longues et tristes épreuves m'ont réduit à cette convic= tion décevante que servir l'Eglise ou les hommes qui parmi nous prétendent la gouverner ce n'est point servir Dieu.

Désormais je ne puis, sans que s'élève en moi un trop douloureux reproche, garder des apparences de solidarité avec une organisation ecclésiastique qui fait de la religion une habileté administrative, une force deminatrice, un moyen

.d’oppression intellectuelle et sociale, un système d'intolérance, et non pas une prière, une élévation du cœur, une recherche de l'idéal divin, un soutien moral, un principe d'amour et de fraternité, enfin une Politique misérablement humaine, et non plus une Foi.

Dans la libre loyauté de ma conscience et pour la paix de mon âme, je crois devoir vous déclarer, Éminence, que je ne suis plus du clergé, que je ne suis plus de l'Eglise.

Daignez bien agréer, etc.

Victor CHARBONNEL.

M. l'abbé A. VIDALOT.

A Sa Grandeur Mgr l'Évéque de Pamiers.

Arabaux, ce 25 octobre 1897.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous adresser par cette lettre ma démission de curé d'Arabaux ét de membre du clergé diocésain. :

Depuis nombre d'années, ma conscience de prêtre soutient, contre ma raison et mon cœur, une lutte dont je ne vous rétracérai pas les péripéties, cette lettre en serait toute mouillée de larmes.

Cette lutte, je ne puis pas la continuer sans y laisser le

meilleur de moi-même. Dix ans de ministère ont suffi à faire tomber toutes les illusions et toutes les espérances de ma jeunesse cléricale. J'avais vu dans le prêtre la ne haute incarnation de l’apôtre ; dans l'Église, Jésus-Christ lui-même enseignant et sauvant dans la liberté et dans l'amour.

Dans le prêtre, je ne vois plus qu’un homme, condamné à vivre en dehors de son siècle, en marge de la société, qu'il traverse en traînant derrière sa personne l’impopularité d'une irrémédiable impuissance. Moderne par toutes ses aspirations, sentant le besoin de moderniser son apostolat, il est obligé par état de vivre de silence, de routine et de souvenirs.

Dans l'Eglise, les prétentions temporelles ont pris le pas sur la mission divine, la dogmatique a remplacé la pensée, la pratique extérieure a fait oublier l'adoration de l'esprit et du cœur.

J'étouffe dans cette Église qui n’est que pratiques et formules. J'ai besoin d’air et de liberté. Je sors en emportant ma foi, persuadé qu'elle peut se concilier, en dehors de l'Église romaine, avec les revendications légitimes de ma raison et de ma conscience.

Je demande à Dieu de m'éclairer dans la nouvelle voie où

- je m'engage; c’est en lui que je mets ma force et mon appui.

Daignez agréer, Monseigneur, l'expression de ma respectueuse considération en N.-S.

Albin, VipaLOT.

M. l'abbé BOURDERY,

prêtre du diocèse de Beauvais.

Une vocation sincère m'avait conduit au sacerdoce dans la

= religion du Christ. Après une longue et sérieuse étude des

dogmes et des institutions de l'Eglise, j'ai reconnu que je ne pouvais plus demeurer prêtre.

C’est pour moi un devoir de loyauté de ne pas garder plus longtemps la direction de la paroïsse que vous m'avez confiée. Je remets aujourd’hui entre vos mains ma démission.

Devant Dieu, je puis me rendre ce témoignage que toute ma vie sacerdotale fut généreusement employée à répandre et à développer le sentiment chrétien dans les âmes. Et c’est pour continuer la même œuvre que je me sépare de votre Eglise, catholique, mais non chrétienne.

Que le Fils de Dieu qui s’est révélé à mon cœur, avide de vérité et de vie, daigne consoler ceux que je quitte. Plus tard ils comprendront à quelles graves convictions j'ai obéi. Ils se rendront compte, comme moi, que le principe même de l’organisation sociale catholique n’est qu'une reprise du judaïsme et de l'esprit romain de domination sur le principe chrétien

de la piété filiale et de la liberté des enfants de Dieu, et ils ne.

me condamneront pas si j'ai voulu délivrer ma foi et affirmer, contre une Eglise aveuglément autoritaire et oppressive, ma ‘libre conscience religieuse.

Que le Fils de Dieu me console moi-même et me soit en aide. La séparation que j'accomplis ne va pas sans brisements, sans douloureux sacrifices. Mais le devoir est à l’homme et l'avenir est à Dieu.

Puisque j'aurai fait loyalement, simplement mon devoir, j'aurai confiance en Dieu, maître de l'avenir.

Je vous prie bien, Monseigneur, de me pardonner la peine que je risque de vous faire, et d'agréer l'expression de mes sentiments très respectueux.

M. l'abbé AUDOUARD, prêtre du diocèse de Nîmes.

Je viens de lire les appréciations de la presse libérale

sur la démission de M. Bourdery. Je suis frappé de voir le revirement qui s'est fait dans l'opinion en faveur des

« évadés », et cela en si peu de temps. Je reconnais la part qui revient au Chrétien Français dans ce premier succès, et je tiens à en féliciter nos courageux confrères, MM. Philippot, Charbonnel, Vidalot et tant d’autres que je n'ai pas l'honneur de connaître.

Moi aussi, je suis un évadé, et j'ai jeté le froc aux orties, il y a environ quatre ans.

Bachelier en théologie, je préparais ma licence lorsqu'un jour, après avoir étudié une thèse dans Perrone, je fermai le livre en m'écriant : « Je suis protestant ! »

Depuis longtemps d’ailleurs, j'étais travaillé dans ma conscience par des doutes et des répugnances qui me faisaient horriblement souffrir. La superstition, l'idolâtrie, la fausse morale de la casuistique, les abus de la hiérarchie, tout cela me révoltait et me rendait bien douloureuses les >: fonctions d’un ministère qui me condamnait ainsi à une vie es d'hypocrisie.

G Renoncer à une profession dont l'exercice répugnait à ma

sincérité était dans mes vœux les plus intimes. Après avoir hésité un certain temps, je fis le pas décisif, lorsque mon évêque me transféra de ma cure de Saint-Chaptes à celle

L de Saint-Hilaire de Brethmas, en juin 1894. Je refusai carrément de marcher et je rentrai dans la vie civile.

LérP PATEL:

Me Sèvres, 4, rue Brancas, 19 juillet 1898.

Au Révérend Père Augier, supérieur général des Oblats de -Marie-Immaculée, 26, rue de Saint-Pétersbourg, Paris.

Mon Révérend Père, N'étant plus, avec vos sujets, en communion d'idées et de sentiments, j'ai dû quitter la congrégation des Oblats de

Marie.

Je l'avais d’abord aimée de toute la sincérité de mes douze

cn

ans, et je n'aurai pas aujourd’hui l’ingratitude de méconnaître ce que lui doivent mon intelligence et mon cœur.

Mais mon âme ne serait plus sincère en l’assurant d'un filial amour, car la quitter est, pour ma conscience, venir de la servitude à cette liberté qui fait l'homme et le chrétien.

Les quatre années que je viens de passer, comme professeur, dans l'institut même où j'avais fait mes études, m'ont dévoilé l'erreur initiale de ma route.

On décore du nom de vocation, on attribue à un appel spécial de Dieu l'acte irréfléchi d’un enfant. Mal défendu contre l'attrait de l'inconnu, il est poussé par des parents, tout fiers de le voir aspirer à je ne sais quelles surhumaïnes grandeurs, et entraîné par les membres d’une société religieuse, soucieux d'assurer le recrutement de son personnel et le fonctionnement de ses œuvres.

Les années laborieuses consacrées aux études ne préparent point à un libre choix le jeune homme qui a été privé même des simples leçons des vacances. Et ce n'est qu'après l'ordination sacerdotale, au moment de se donner au ministère — seul rêve de ses enthousiasmes — qu'il sent le poids illégitime de ses liens. Lorsqu'arrive le moment d'agir, il se voit annihilé par des vœux contre nature qui, proposés et acceptés à 18 et 20 ans, ont ouvert à des hôtes despotiques le sanctuaire de son âme.

Le vœu de pauvreté prend la liberté, par le côté matériel de l'existence (elle est, du reste, d’une ironie peu sincère, cette pauvreté individuelle, en face des richesses de la communauté).

Le vœu injustifiable du célibat, réclamé du cœur comme un sacrifice agréable au Dieu de vie, forme à la dépendance servile sinon à l'hypocrisie.

Le vœu d'obéissance livre la volonté, le plus inviolable de nos dons, à des hommes qui veulent s'imposer comme des dieux.

Une règle enfin, entrant mesquinement dans les détails de tous les instants, brise les ressorts de l'intelligence et détruit toute initiative personnelle. Au lieu d'arriver à la liberté des enfants de Dieu, l'homme, dépouillé de sa personnalité, n’est plus qu’un instrument et reste, pour la vie, un enfant en tutelle.

Si j'ai laissé ma croix d'oblat, j'ai quitté ma soutane de prêtre. La croix sur ma poitrine serait un vain hochet et la soutane symbolise trop l'esclavage et l’hypocrisie. L' Église catholique n'assurerait pas la liberté de ma conscience, parce qu'êlle s’est faite solidaire des ordres religieux en qui elle veut incarner sa perfection; et mon indépendance répudie ‘ l'autorité de toute hiérarchie ecclésiastique autant que l’obéissance aveugle à des supérieurs.

Ma place est avec les « Evadés ». Si l'on appelle ainsi les 7 prêtres éclairés qui ont échangé la religion des dogmes et des formules pour un christianisme affranchi, ne donnera-ton pas ce nom glorieux à ceux qui s'arracheront aux prisons | des couvents ?

Avec mon regret d'être le premier à causer à votre cœur une peine de cette nature, depuis votre récente élection au généralat, veuillez, mon Révérend Père, agréer mes senti- ments respectueux.

RE J. PATEL.

Le P. Patel, professeur au Noviciat de N.-D. des … Eumières (Vaucluse) où il avait été enfermé à l’âge de - douze ans, n'avait pas les moyens de s'évader, il ne . nous était pas possible davantage de lui écrire. Cependant, il était en correspondance avec un ami d'enfance … qui habitait Paris et il avait obtenu de ses supérieurs la 1 pos de recevoir le Journal toutes les fois que

à os du journal, dont la bande, ce jour-là, ne fut point die déchirée par les supérieurs. C'est ainsi que le jeune évadé put nous rejoindre à Sèvres, d'où il expédia sa ettre de démission.

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