‹ Ceux qui saignentChapitre 4 sur 15 · L'ISOLÉ · texte numérisé non relu

L'ISOLÉ

Une autre nuit de garde auprès des typhiques. Ceux-ci occupent quatre chambres en enfilade où l'on a mis le plus de lits possible. Il y a aussi un cabinet de toilette, garni d'appareils à douche nickelés et d'une baignoire de marbre où, pendant la journée, on plonge les malades- C'est le traitement à Feau froide dont on obtient, paraît-il, de bons résultats.

Tant que tout est tranquille, je me tiens là, blotti dans un fauteuil, et j'essaie de parcourir les fascicules dépareillés d'une revue qui ne réussit guère à fixer mon attention. Us datent de Tan dernier et ce qu'ils racontent est si loin de nous à présent ! Un abîme sépare cet hier insouciant de la réalité farouche d'aujourd'hui. Les fils qui nous rattachaient à ce passé si proche sont rompus (1). Epaves anxieuses, nous

(1) A ce propos, un souvenir. Plus tard, l'ambulance dont je faisais partie, étant au front, l'un des nôtres découvrit, dans une maison abandonnée, un numéro de revue également daté de 1913. Un économiste notoire y

llottons sur un fleuve de ténèbres sans pquvoii mrme pressentir vers quels rivages il nous emporte. Un monde, condamné de Dieu, croule autour de nous. La face de Dieu éclairera-t-elle le monde de demain?

Ah ! ce ne sont pas ces paperasses filandreuses qui donneront une réponse à la question terrible ! Mieux vaut aller voir si mes malades n'ont besoin de rien.

Le premier, près de la porte du cabinet de toilette, c'est Jouftre, un artilleur gigantesque qui a manqué de mourir hier matin et qui va peut-être passer cette nuit. Il est très faible et, pour le soutenir, le médecin a recommandé de lui faire boire autant de lait qu'on pourra.

Je me penche vers lui ; ses yeux s'entr'ouvrenl et fixent sur moi ce regard des agonisants où la vie ne met plus qu'une toute petite lueur vacillante.

Je le soulève; je retape son oreiller.

Comme je le recouche :

— A boire, chuchote-t-il, car il n'a plus K force d'élever la voix.

J e lui tends un bol de lait où, selon l'ordonnance du docteur, j'ai versé quelques gouttes d'iode.

expliquait, à grand renfort de raisonnements et de statistiques, qu'une guerre européenne devenait de plus en plus improbable et que si, par hasard, elle éclatait, elle durerait au plus quatre mois.

l6 CEUX QUI SAIGNENT

II le repousse :

— Non, pas cela... de l'eau froide.

— Penses- tu que je vais te donner de l'eau pour te geler l'estomac! Et puis tu sais bien qu'il faut que tu boives beaucoup de lait pour te remettre d'aplomb.

— Mais qu'est-ce que vous avez fourré dans e lait?

— Tu crois donc que je veux t'empoisonner? Tiens, regarde...

J'avale une gorgée et je fais mine de la savoure r.

Jouffre n'est pas très convaincu que je lui offre, en effet, une boisson délectable. Mais je lui présente la tasse d'un air si engageant qu'il se décide enfin à la vider.

— Ce n'est pas fameux, soupire-t-il.

Le minime elTort qu'il vient de faire a suffi à Tépuiser; une teinte terreuse s'étend sur sa figure déjà si pâle ; les battements de son pouls deviennent presque imperceptibles. Je lui fais respirer de l'éther. Il se recouche et j'écoute anxieusement si sa respiration ne s'arrête pas. . .

Non, il revient. Un peu de sang lui monte aux joues; le pouls reprend, plus régulier.

Je claque des doigts et je lui dis :

— Tu vois, farceur, cela va mieux ! . . . Puisque tu as bien bu ton lait, la prochaine fois, je te donnerai de la limonade.

La prochaine fois?... Qui sait si, dans une demi-heure, il ne sera pas mort?

C'est une des plus dures obligations de l'infirmier que cette nécessité de plaisanter, de paraître confiant et gai alors qu'on a le cœur broyé dans un étau à force de voir souffrir. Ceux qui soignent les malades depuis longtemps affirment qu'on s'y habitue. Je veux croire à cette accoutumance, mais je n'y suis pas encore parvenu. Aussi, quand je m'éloigne du bon Joulïre qui me regarde toujours, d'un regard de brebis résignée, j'ai le sourire aux lèvres — et les yeux pleins de larmes.

A l'autre coin de la chambre, voici Robert, fantassin de la ligne, dont le bras gauche fut cassé par un éclat d'obus et chez qui la typhoïde se manifeste particulièrement violente.

ïl est tout jeune — de la dernière classe — et très vigoureux. Rien n'est plus émouvant que la lutte de cet organisme plein de sève contre la mort. Sa physionomie marque une sorte de résolution implacable. De toutes les forces de son instinct, il veut vivre. Mais il n'est pas commode et, à le soigner, on récolte plus d'invectives que de bonnes paroles.

Il me regarde venir d'un œil sévère. Quand je suis à son chevet, il me dit sèchement :

— Je suis trempé, change-moi de chemise. Le fait est qu'une sueur froide l'inonde. On

jurerait qu'il sort de l'eau.

Pour le changer, la manœuvre n'est pas aisée, étant donné son bras invalide. Malgré toutes mes précautions, à un moment, je pèse sur la blessure.

Alors Robert rugissant :

— Gourde, imbécile, empaillé, tu ne peux pas faire attention !

— Ah! mon vieux, dis-je en riant, c'est qu'aussi tu remues trop. Tiens-toi fixe, comme au port d'arme, une minute et nous y arriverons.

11 se décide à rester tranquille, non sans grommeler encore quelques vocables dépourvus d'urbanité. Quand c'est fini, je lui demande :

— Veux-tu boire?

— Non, tu m'embêtes, fiche-moi la paix. J'insiste :

— A ta place, moi, je prendrais un peu de lait.

Il balance une seconde, puis d'un ton bref, comme s'il me gratifiait d'une faveur :

— Passe-moi le bol...

Il boit et murmure :

— Saloperie, ton lait!

Puis il me tourne le dos, se place sur le côté droit et semble s'assoupir.

Si j'ai cité ces façons malgracieuses, ce n'est certes pas pour qu'on se récrie. C'est seulement pour montrer combien la maladie et la fièvre peuvent déformer un caractère. Car nous eûmes la joie de guérir Robert. Convalescent, c'était l'homme le plus doux du monde. Il rougissait et s'excusait ingénument quand nous lui décrivions sa « férocité » et quand nous le plaisantions sur les coups de boutoir qu'il nous prodiguait au plus fort de son délire.

Je passée dans la chambre suivante. J'y trouve Duhesme, chasseur alpin — trente-neuf degrés de température. Il est assis au bord de son lit et, les pieds posés sur le parquet, il s'efforce de se mettre debout.

Je vais à lui et je l'empoigne :

— Tu n'es pa3 fou de vouloir te lever!... Tu vas te flanquer par terre.

Les yeux scintillant d'un éclat vitreux, il désigne vaguement le dehors :

— Je veux aller là, dit-il d'une voix sourde.

— Là? Où cela?

— Le long de la rivière : il y fait frais au moins. Ici je brûle... Vous n'entendez pas la rivière couler?...

Je prête l'oreille. Dans le jardin, un coup de mistral froisse le feuillage rigide des grands palmiers et cela imite, en effet, assez bien le bruit d'une cascade.

Je reprends :

— Mais non, mon vieux, il n'y a pas de rivière. C'est le vent dans les arbres.

Il écoute, hésite, soupire. Puis il se laisse recoucher en disant :

— Je croyais que j'étais chez nous.

Je lui fais prendre un peu d'orangeade et je le borde.

Au bout de quelques secondes, il reprend :

— Quelle heure est-il?

— Trois heures du matin.

— Mon Dieu, que c'est long cette nuit!

— Allons, du courage, elle sera bientôt passée. Tout à l'heure, il fera jour... Et puis, tu sais, tu vas mieux...

11 me regarde, d'un air indécis:

— Croyez-vous que je vais mieux?

— Bien sûr, puisque je te le dis!

Je reste près de son lit jusqu'à ce qu'il s'assoupisse. Mais je suis un peu préoccupé, car je sais que, souvent, à la fin de la nuit, la souffrance s'exaspère et la fièvre redouble. Ensuite, ce sera l'heure pleine de malaise et de frissons où le petit jour colle sa face blafarde aux vitres.

Aurai-je assez de vigilance pour écarter la mort qui rôde autour de mes bonshommes?... Je regarde le crucifix que la Sœur plaça sur le mur :

— Seigneur, ayez pitié de nous!

Duhesme dort ainsi que ses voisins. Dans la troisième chambre, tout le monde repose assez paisiblement. Dans la quatrième, Bordin veille, accoudé sur son oreiller. Sa typhoïde fut assez bénigne et il entre en convalescence. Seulement, il y a une complication : il reçut une balle dans l'articulation du genou droit et, jusjusqu'à présent, on n'a pu l'extraire. Il est désigné pour passer à la radiographie dans un autre hôpital.

Bordin, petit homme malingre, offre un type qui rappelle celui de la race mongole : teint jaune safran, yeux très noirs, luisants comme des têtes de clous et fortement bridés, pommettes saillantes, nez épaté; une barbe raide, aux touffes inégales, poussée depuis la maladie, lui couvre les joues et s'effile au menton.

Robert et, en général, les autres malades résistent de toutes les forces de leur jeunesse qui veut vivre à la souffrance meurtrière. Mais Bordin, semble-t-il, ne tient pas à guérir. Sa

physionomie n'exprime qu'une sorte de résignation morne. Il ne parle guère, ne se plaint jamais et se montre fort docile.

Son état d'esprit me préoccupe ; je voudraisavoir ce qui se passe dans cette àme et je me suis promis d'y jeter la sonde à la première occasion.

Je prends sa température et je constate qu'elle est normale. Il s'est laissé faire, muet — indifférent.

— Tu ne dors pas, lui dis-je, pourtant tu n'as pas de fièvre. Y a-t-il quelque chose qui cloche ?

— Je ne peux pas dormir : mon genou me fait mal... Alors je pense.

Je m'assieds à côté de son lit et je reprends, à mi-voix, pour ne réveiller personne :

— Eh bien, si cela ne t'ennuie pas, dis-moi donc à quoi tu penses.

Il me dévisage d'un air un peu défiant, un peu railleur, puis il me répond :

— J'ai idée que ça ne vous intéresserait pas.

— Pourquoi donc? As- tu peur que je ne te comprenne pas?

— Ce n'est pas cela, mais je crois que les gens comme moi ne sont pas du tout intéressants pour les gens comme vous.

Il n'y a nulle hostilité dans l'intonation qu'il donne à cette phrase, tout au plus une sorte

d'humble ironie : il expose un fait vérifié et se permet à peine de le souligner.

Je lui réponds :

— Il se pourrait que tu te trompes. Mais d'abord, qu'est-ce que tu appelles les gens comme vous ?

— Je veux dire ceux qui ont une famille, des amis, tous ceux-là, dans leurs lits, qui reçoivent des lettres de chez eux. Moi, je ne reçois rien, je n'attends rien, personne au monde ne s inquiètede ce que je deviens. Je suis un homme tout seul, un malchanceux de naissance.

— Comment cela ?

Il hésite, se consulte, puis, comme j'insiste amicalement, il se décide :

— Allons, je vais tout de même vous expliquer la chose. Mais vous serez bien attrapé, parce que ça ne vaut pas qu'on en parle.

— Dis toujours !

— Voilà : je suis un enfant trouvé, ramassé par l'Assistance et donné à des paysans du côté d'Etampes. Tant que j'ai été un gosse, j'ai reçu plus de taloches que de pain. Je gardais les bêtes ; je couchais à l'étable ; je portais des guenilles. Je voyais les autres soignés, caressés par leur mère. Moi, personne ne m'a jamais embrassé. 11 paraît qu'un galvaudeux de l'Assistance, comme ils disent, ça ne mérite que des baiïes et des engueulades... J'ai été à l'école

un peu de temps, l'hiver. Mais le maître, il disait que j'étais un sournois parce que je restais toujours dans mon coin. — Rester dans mon coin, c'est ce que je fais depuis que je suis au monde. — Et puis comment que je me serais déluré? Les autres ne voulaient pas jouer avec moi. Quand je venais vers eux, ils me repoussaient ou ils me battaient en me traitant de bâtard. Ce n'est pourtant pas de ma faute si je suis sans père ni mère... C'est là que j'ai commencé à voir que j'étais de trop.

— Tu n'es pas allé au catéchisme ?

— Non : dans nos pays, vous savez, on ne fréquente pas les curés. Le maître d'école disait que tout ce qu'ils racontent c'est des bêtises et le fermier recommandait de ne pas les approcher parce que ça porte malheur... J'ai donc grandi tout seul avec les vaches et les cochons.

Quand j'ai eu des bras, on m'a mis au travail de la terre. Je ne suis pas très fort ni très habile : je ne gagnais donc pas beaucoup. A cause de cela, on me méprisait encore plus.

Après, j'ai fait mon service militaire à Chartres. Je n'y avais pas grand goût, mais je n'étais pas comme il y en a qui se rebifïent. Faire cela ou autre chose, ça m'était bien égal.... Par exemple, je n'ai jamais été en permission, puisque je n'avais pas d'argent pour payer le

voyage et pas de famille pour me recevoir. Après la libération, ceux de ma classe s'en sont allés à la ville ou se sont mariés. Moi, je ne pouvais pas me mettre en ménage : toutes les filles rigolaient rien qu'à voir mon museau. Et puis quand on n'a pas le sou... Et c'est vrai aussi que je ne suis pas beau. Bref, j'ai roulé de ferme en ferme sans qu'il m 'arrive jamais quelque chose d'heureux. Un jour ressemblait à l'autre et j'avais le cœur gros tout le temps. Quand la guerre est venue, je suis parti avec les au 1res. Dans le train, ils chantaient, ils buvaient pour ne pas trop réfléchir à ceux de l'arrière. Moi, je ne disais rien. Mais j'avais une idée qui me faisait tout de même un peu plaisir. C'était une drôle d'idée. Je parie que si je vous la dis, vous ne me croirez pas.

— Je te croirai parfaitement.

— Eh bien, je pensais que ce serait une fière veine si je pouvais être tué du premier coup. Ça, ce n'est pas ordinaire, n'est-ce pas? Et pourtant, quand on n'a rien de rien qui vous attache, qu'est-ce qu'on pourrait penser de mieux ?

Au lieu de cela, ma guigne continue. Tout de suite que nous étions descendus du train, la compagnie s'est déployée à l'ourlet d'un champ de betteraves. Les Boches étaient en face, en tirailleurs, à cinq cents mètres environ. On

leur tirait dessus et ils nous tiraient dessus. Tout à coup je sens comme un grand coup de de bâton au genou, je lâche mon fusil et je culbute. La compagnie se porte en avant au pas gymnastique. Je suis resté par terre, un bon moment, tout étourdi. Après je me suis soulevé et j'ai vu que j'étais seul avec trois morts. J'essaie de me mettre debout : pas moyen, ma jambe pesait cent kilos. Je ne saignais pas beaucoup, mais j'avais très mal et je me disais que peut-être, à la longue, je finirais par mourir, ce qui m'aurait bien arrangé...

Pas du tout ! Voilà des brancardiers qui ^'amènent et qui m'emportent à l'ambulance. Après on m'a expédié dans un hôpital où la typhoïde m'a pris. Cette fois, que je me dis, il y a du bon. je vais y rester. Mais non, je suis envoyé ici où on me guérit... Quand vous m'avez parlé, j'étais en train de me dire que quand on sera pour m'extraire la balle, ça ne réussira peut-être pas et que je pourrai enfin m'endormir sans jamais me réveiller. Mais vous verrez que je n'aurai pas cette veine, parce que je suis un malchanceux — le dernier des derniers, je vous dis...

Ce récit fut fait tout bas, d'un ton posé. Bordin ne se révoltait ni ne se lamentait. N'ayant jamais bu « ce lait de la tendresse humaine » dont parle Shakespeare, n'atten-

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dant rien de la vie, il s'était installé sans bruit dans sa désespérance avec le seul désir de s'en aller d'un monde où nul soleil n'avait réchauffé son âme transie de solitude et d'abandon.

Que lui dire? Je ne me serais point pardonné de formuler de ces banalités d'où suinte la plus paisible indifférence. Par exemple : Allons, allons, du courage, tout cela s'arrangera, après la pluie le beau temps ; et d'autres du même acabit. Lieux communs qui font hausser les épaules lorsqu'on se trouve en présence d'une détresse vraie.

Jadis, il y aurait eu, entre Bordin et moi, le lien de notre fraternité en Jésus-Christ. J'aurais pu lui rappeler cette autre vie où les derniers seront les premiers. Mais les pontifes de la raison laïque et obligatoire ont pria soin d'ensevelir sous les gravats d'une négation forcenée les sources de la Lumière surnaturelle. Dans cette Ame sans défense on n'avait semé que des cailloux et des sables inféconds. Comment y faire germer l'espérance et comment parler de Dieu à un infortuné qui ne connaissait ce Nom que par des blasphèmes entendus et répétés sans qu'il y ajoutât de signification?

Je songeais douloureusement à mon impuissance. — Bordin s'était recouché. Il était si habitué à son délaissement que, j'en suis sûr,

il aurait jugé fort simple que je m'éloignasse sans lui rien dire.

A ce moment, une idée me vint. J'avais remarqué qu'il s'était abstenu de récriminations. Ni fiel, ni rancune dans ses propos. Qu'il n'eût pas de haine, qu'il n'enviât pas le bonheur d'autrui, ce pouvait être l'indice d'une noblesse de cœur dont il serait possible de tirer parti pour lui réchauffer l'âme.

— Ecoute Bordin, lui dis-je, il faut que je t'ôte de la tête ces pensées de mort qui te rongent. Mais d'abord, je voudrais savoir si tu n'en as jamais voulu aux autres d'être plus heureux que toi ?

Il me regarda longuement sans répondre.

Mais il sentit, me parut-il, combien j'avais pitié de lui, car sa figure s'éclaira et il finit par murmurer :

— Pourquoi en aurais-je voulu aux autres? Ils ont de la chance, moi, pas. Ce n'est pas de leur faute ni de la mienne... Tout ce que j'aurais demandé, c'est qu'il y aurait quelqu'un qui m'aime un peu.

— Eh bien, repris-je, je connais quelqu'un qui t'aime beaucoup. Si tu veux, je te le ferai connaître aussi.

Il eut un sourire un peu incrédule. Mais voyant mon sérieux, sentant la pression de ma main dans la sienne, il reprit :

— Ça se pourrait donc qu'il existe quelqu'un qui m'aime?

— Il existe... Et tu l'aimeras, je te le promets...

Or, un malade m'appelait dans la chambre à côté ; je dus y courir.

Je comptais que, la nuit suivante, Notre- Seigneur m'inspirerait pour mettre un rayon de Sa charité dans celte âme obscure. Malheureusement, dans la journée, Bordin fut transféré à l'hôpital où la radiographie était inslallée. Retenu près de mes moribonds, débordé de besogne, je n'ai pu le revoir et je ne sais ce qu'il est devenu.

Seigneur Jésus-Christ, Pasteur des brebis perdues, vous l'aimez et vous êtes mort pour lui. Apparaissez sur sa route brumeuse. Faites qu'il vous découvre et qu'il vous aime et qu'il vous suive...

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