‹ Chair molleChapitre 11 sur 13 · LA LEGENDE · texte numérisé non relu

LA LEGENDE

DU

Parnasse Contemporain

Par Catulle MENDÈS

Un vol. in- 1-2 à 3 fr. 50 Portrait de l'auteur à l'eau-forte 0 fr. 50

Après avoir éloquemment et spirituellement conté, dans une série de quatre conférences, ce qu'il appelle : La Légende du Parnasse contejnporaîn, M. Catulle Mendès a eu Texcellente idée de publier ces causeries qui sont et resteront un document précieux pour l'histoire de notre littératare. Q'on nous permette de faire passer sous les yeux de nos lecteurs, Tappréciation suivante qu'en donne le Gil Blas:

Cette « Légende » du Parnasse, qui nous reporte, — Eh! oui, déjà! — à plus de vingt ans en arrière,

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qui, pouvait mieux la conter que Catullo ^Nlendès, apôtre des Parnassiens? Qui, mieux que lui, pouvait rapporter les belles heures d'enthousiasme et de foi, où soutenus par l'ardeur de leurs convictions littéraires, une pléiade déjeunes poètes, secouant, avec des allui'es un peu capitanes, leur crinière léonine, entreprenaient en l'honneur de leurs idées, les plus vaillantes croisades !

Quelles colères soulevèrent les Parnassiens, en leur temps, ou quelles railleries ! Aujourd'hui, les théâtres, les libraires, les journaux, sont ouverts à la plupart d'entre eux : SuUj-Prudhomme et Coppée, sont même académiciens ! . . .

Ce fut réellement une époque curieuse que cette époque de néo-romantisme, que Catulle Mendès fait revivre en un livre infiniment séduisant et artiste, et où il ne se défend pas toujours de quelque émotion, au souvenir des ardentes camaraderies d'autrefois, nées d'un amour commun, des belles rimes et des beaux vers, et d'un souci singulier des élévations intellectuelles.

Les histoires mélancoliques, aventureuses ou folles, abondent, on l'imagine bien, au milieu de ces pages de critique. C'est ainsi qu'il y a des choses charmantes sur les débuts de Coppée, qui s'appelait Francis et non François, en ce temps-là.

M. H. Vausrhan a consacré dans Vintransigeant, les lignes suivantes à La

Légende du Parnasse contemporain :

« M. Catulle Mendès rappelle d'abord à quel point furent raillés, bafoués, vilipendés, tournés en ridicule les Parnassiens : " Des poètes dont le crime le plus sérieux était de ne pas ignorer totalement la syntaxe française et d'aimer le son des belles rimes?... des enfants, parmi lesquels se trouvaient ces hommes futurs : François Coppée, Léon Dierx, Sullj-Prudhorame, Villiers de l'Isle-Adam, Léon Cladel et bien d'autres. «

Bien d'autres, en effet, — Catulle Mendès luimême, par exemple — et l'auteur ajoute avec une ironie : « 11 serait pourtant bien difBcile de faire croire aujourd'hui, que ces noms étaient alors des noms d'imbéciles! "

Puis sont successivement évoqués, avec une verve endiablée et une bonhomie adorable, les divers autres fidèles de la Revue fantaisiste et de l'hotel du Dragon Bleu. C'est un fom^millement d'anecdotes réjouissantes et de jolis vers.

Et Catulle Mendès a cet avantage d'avoir .' '^nitiateur du groupe, dont il se fait l'historien. Je no saurais mieux le comparer qu'à l'auteur de la « Défense et illustration de la Langue française •', Joachim du Bellay, l'une des plus pures gloires de la idèiade.

Extrait du l^oltaire de Paris :

M. Catulle Mendès, faisait naguère quatre bonférences très remarquables sur La Légende dic Parnasse contemporain.

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Ces conférences, il les avait préalablement écrites, se défiant - d'une émotion probable ". Avec une coquetterie tout ai'tistique, il prend soin de faire observer au lecteur, qu'elles ont été improvisées cependant, qu'il dictait dans la journée ce qu'il devait dire le soir, et qu'il n'a rien retouché ni remanié pour faire passer ces causeries du manusciit au livre.

J'en donne acte au délicat écrivain et je constate qu'il improvise à merveille.

On trouvera dans ce livre, l'histoire des Parnassiens à coté de leur Légende et de nombreuses citations poétiques qui ajoutent, par l'excellence du choix des morceaux à l'attrait vif des récits.

Je recommande en particulier les pages bien curieuses consacrées aux aventures et mésaventures d'A11)ert Glatignj, roman comique et douloureux à la fois.

L'article qui suit est extrait de la Jeune France :

L'hiver dernier, un gTand événement se chuchota dans le jeune monde de la rime. C'était, si je ne m'abuse, le soir de la première de Severo Torelli. Catulle Mondes, venu sm* la rive gauche pour assister son vieux camarade Coppée ce soir de la bataille, annonça, quelque part, dans les couloirs de l'Odéon, qu'il allait faire à la salle des Capucines une série de conférences sous la rubrique : La Légende du Parnasse contemporain. Ce fut une sensation, car ce

soii*-là, le ban et i'amère ban des jeunes poètes plus ou moins chevelus se pressait au café Voltaire, autour d'une table légendaire, la table, toujoiu's la même, où régulièrement venait s'asseoir notre pauvre ami Léon Valade. La nouvelle se répandit donc comme une traînée de poudre. Car il existe un clan d'êtres, fort restreint, d'ailleurs, mais aussi plein d'aristocratiques prétentions, dans lequel l'apparition de certain poème ou de certain sonnet produit une émotion analogue à celle qu'enfante, dans un autre monde beaucoup plus étendu, le bruit d'un coup de bourse. Or. quelques jours après ce soir-là, tout notre clan de poètes se rendait à la salle des Capucines. Là, c'était un parterre de rois, de reines aussi. Car, à côté des tètes illusti'es, à côté des tètes plus jeunes, inconnues encore, mais dont beaucoup secouaient la chevelure touiiue que doit porter, au moins jusqu'à vingt ans, tout apprenti poète qui se respecte; on voyait, papillonnants et jolis, des chapeaux déjeunes femmes. Le conférencier, qui est un causeur étonnant, remuant comme dans un kaléidoscope les idées et les images, s'était défié de lui-même. Il lisait, mais il lisait des improvisations dictées le jour même, et ce furent des causeries charmantes, brillantes tour à tour, et graves, et émues, mais toujours passionnées pour l'art et la poésie ; il lisait des vers, des pages de prose des poètes qui constituèrent le groupe du Parnasse; et à chaque lecture, à chaque pause, des applaudissements lui coupaient la parole.

LA

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