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donc les autels de Bacchus, immolons en son honneur une génisse blanche et un bouc noir en témoignage de reconnaissance, et tout en élevant une statue de cent coudées de haut à Probus, nous briserons celle de cet inepte Domitien, qui avait fait arracher toutes nos vignes sous le prétexte que nos pères avaient déjà la tête trop chaude.
D'autres empereurs ont visité aussi Ghalon. Auguste s'y était arrêté, Fan de Rome 727, lorsqu'il se rendit de Lyon à Autun, qui par reconnaissance se para du nom d'Augustodunum. Agrippa, son gendre, l'accompagnait, et nous donnait la belle route qui, partant de Lyon, touchait à nos murs et cheminait ensuite vers Autun en passant à Mercurey, devant l'autel que les gens du pays avaient élevé à Mercure, si cher aux Gallo-Romains : Mercurium maxime cohint Galli, a dit César. Constantin y amena ses légions de Trêves pour aller combattre Maxence, son rival. Avec lui, la religion chrétienne s'assit enfin sur le trône des Césars. Le courageux martyr Marcel, à qui un ange avait ouvert, la nuit, la prison de Lyon, était venu déjà apporter la bonne parole dans nos contrées, sous le règne d'Antonin ; mais ce prince détestait les chrétiens. Marcel est arrêté et refuse au gouverneur Priscus de sacrifier aux faux dieux. « Furieux de ce refus dédaigneux, disent les Actes de saint Marcel, le président livre le saint martyr aux mains des bourreaux pour être exécuté ; mais il voulut qu'auparavant il fût conduit devant les statues des dieux adorés dans la ville, afin d'y subir divers supplices. On le mène d'abord à la statue de Saturne, élevée au bord de la Saône; là, il est étendu sur un chevalet et accablé de coups. On le conduit ensuite vers l'image 'du Soleil, placée dans la muraille de la porte Sequane, et la plus vénérée des idoles du pays. Enfin on le traîne jusqu'à deux milles de la ville, — au sanctuaire d'Ammon, dont la statue toute en verre [olovitrea) couronnait le faîte d'une colonne. Puis on l'enterra debout jusqu'à la ceinture, et après trois jours passés en cet état à louer son Dieu, il rendit à la terre sa dépouille mortelle et envoya son âme au ciel. »
Constantin, en passant par Chalon pour montrer à son armée qu'il attendait du "vrai Dieu la victoire, fit marcher avec lui des évêques et porter à ses côtés l'étendard orné de la croix, appelé le labarum. Nos vieux historiens chalonnais avancent que c'est à Lux, près du charmant village assis sur une verdoyante colline qui borde la Saône, qu'apparut dans les nues le signe vénéré de la croix, et qu'une voix céleste lui dit : In hoc signo vinces. Le grand empereur en fit la confidence à Eusèbe, le célèbre évêque de Césarée qu'on a appelé avec raison le père de l'histoire ecclésiastique ; celui-ci consigna ce fait surnaturel dans la Vie de l'empereur Constantin, que nous a donnée en traduction le savant Henichen.
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En 312, Constantin s'arrête encore à Chalon et y fait défense de marquer les criminels.
Constance séjourne aussi à Chalon; son armée s'y révolte; elle manquait de vivres et surtout de discipline. Pour contenir les légions, il fallait les gorger d'or. Julien, qui avait des qualités brillantes, de l'esprit et de l'instruction, du courage et parfois de la générosité, mais orgueilleux et vain, portant le manteau des philosophes et la barbe longue, ennemi de la religion, est appelé aussi à Chalon pendant son règne de deux ans ; les Allemands assiégeaient alors Autun, et il les repousse ; son historien nous apprend que Chalon était alors une des plus fortes et des plus considérables villes de la Gaule. N'est-ce pas de cette époque que datent les vieux murs romains dont nous avons ensemble retrouvé le tracé et publié l'histoire? Mais à dater de ce jour il est bien difficile d'écrire avec précision l'histoire de notre ville. Le vieil empire romain se disloquait; comme un antique édifice miné par les ans, il vacillait sur sa base; sa chute ne put tarder les barbares : lui donnèrent le dernier coup, un monde nouveau allait commencer.
C'est au milieu des larmes et du sang que devait naître ce nouveau monde ; un instinct invincible avait depuis longtemps déjà poussé les peuplades francorhénanes contre les frontières de l'empire que Julien, Gratien, Théodose et d'autres fantômes d'empereur avaient en vain essayé de défendre. Enfin, en 406, le torrent, souvent contenu, déborde sur toute la Gaule, et des hordes innombrables d'Alains, de Suèves et de Vandales, à la suite desquels marchaient les Burgundes, pénètrent dans nos contrées. Sidoine Apollinaire nous apprend « que tout est dévasté, alors, par le Quade, le Vandale, le Sarmate, l'Alain, le Gépide, l'Hérule, le Saxon, l'Allaman et le Pannonien qui, pour le malheur de l'empire, est devenu aussi son ennemi. Tout est ravagé dans les provinces lyonnaises, à la réserve d'un petit nombre de villes que le glaive menace au dehors et que la faim tourmente au dedans. « Je ne puis, ajoute le grand évêque, sans verser des larmes, parler de tant de malheurs; je suis au milieu des peuples chevelus, obligé d'entendre le langage du Germain, d'applaudir avec un visage contraint aux chants du Bourguignon ivre, les cheveux enduits d'une graisse infecte. Heureux vos yeux, heureuses vos oreilles qui ne
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Xiv INTRODUCTION
les voient et ne les entendent point! Heureux votre nez qui ne respire pas dix fois le matin l'odeur empestée de l'ail et de l'oignon ! »
Les Bourguignons, les moins barbares de ces peuples, s'arrêtent dans la Séquanaise, étrangers à la religion que les autres peuplades de l'invasion propageaient autour d'eux; les Burgundes avaient émigré par nécessité, -avec femmes et enfants, sur le territoire romain. Déjà ils avaient pénétré dans les Gaules et avaient été les premiers chrétiens du Nord. Socrate (1. VIII) assure même qu'ils étaient bons chrétiens et d'un caractère franc et pacifique. Orose les représente comme des peuples soumis, comme des frères avec qui on est uni par le sang. Sidoine Apollinaire dit qu'ils avaient sept pieds de haut. Ne serait-ce pas un de ces aïeux qu'en 1759 on découvrit au fond d'une tombe, dans mon canton de Sennecey, au pied de la roche d'Aujoux [altum gugum) ayant au bras quatre bracelets ciselés, et dont la taille peu ordinaire étonna si fort le bon abbé Courtépée? (t. V, p. 124.)
C'était un triste temps! La douloureuse invasion de 1870 ne peut pas nous en donner une idée assez exacte, mais nous pouvons-nous demander aussi si, au v° siècle, le" bonheur et l'abondance régnaient dans notre chère Bourgogne; nos pères durent-ils bien maudire les envahisseurs? Je ne le pense pas. Au moment de l'écroulement de l'empire romain, la situation de nos pères n'était plus tenable; les Gaulois avaient tellement souffert de la tyrannie des Romains, et ils avaient été réduits à un tel état d'abjection et de misère, que c'est à peine si on pouvait encore les considérer comme une nation. Les grandes familles gauloises avaient disparu, ou bien elles étaient devenues romaines. Comme la plupart des enfants naissaient esclaves, les Gaulois, nous dit Sismondi, avaient fini par se trouver heureux de mourir sans enfants. « La plaine qui s'étend jusqu'à la Saône, rapporte Eumène, était autrefois d'une délicieuse fécondité , entretenue par une culture non interrompue, dont le travail dirigeait le cours des eaux à travers les vallées ouvertes et dans les terres de chaque particulier ; mais aujourd'hui tout est changé en fondrières et enseveli sous les eaux dormantes. Les vignes elles-mêmes ont tellement vieilli que la culture leur est presque inutile.... »
Les premiers temps de l'occupation burgunde sont assez obscurs. Gondix, fils de Gondicaire, fut le premier roi. Théodebert, l'homme le plus éminent de son siècle, résida parfois à Chalon. Votre musée conserve des monnaies que ce prince y frappa, car Chalon en eut une fabrique considérable, et plusieurs de nos amis de la Société d'archéologie ont fait de bien bonnes recherches sur les produits de ce grand atelier. Faut-il citer ici, entre autres, M. Henry Batault, qui a fait et publié plusieurs excellents catalogues des monnaies mérovingiennes du médaillier de notre Société >
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INTRODUCTION XV
Avec quel soin parfait il a étudié les monnaies chalonnaises et écrit l'histoire de l'atelier de Chalon! Laissez-moi vous redire ici un passage de son livre.
« .... Tandis, dit-il, qu'à Paris l'art monétaire s'épanouit seulement sous Clovis II, on le trouvait florissant, à Chalon, dès le milieu du vp siècle. La Bourgogne a un demi-siècle d'avance sur le reste de la France. Dès avant Contran, les ateliers de Chalon rivalisent de fécondité avec ceux de Vienne, Lyon, Mâc'on, Autun et Besançon. A l'avènement de Gontran, ils se signalent par une activité fiévreuse : un seul gérant ne leur suffit plus; nous voyons apparaître des associations de monétaires dont les noms se trouvent inscrits ensemble sur les monnaies. Un seul atelier ne peut pourvoir à tous les besoins ; on en trouve jusqu'à quatre, fonctionnant pendant toute la durée du règne. Puis, quand Gontran meurt, en 593, Chalon n'est plus que le tombeau du roi; l'influence de l'ancienne capitale s'amoindrit, l'activité commerciale se porte ailleurs, les forges s'éteignent, tous les ateliers se concentrent dans les mains d'un seul homme, le monétaire Abbon, qui disparaît bientôt, emportant l'art avec lui, et ne léguant à ses successeurs que des types immobilisés. A la mort de Gontran, Metz devint la capitale de l'Austrasie et de la Bourgogne réunies. Thierry choisit Orléans pour capitale et délaissa Chalon. »
Gontran était le deuxième fils de Clotaire, roi de Bourgogne. Le site de Chalon
le séduisit, il en fit sa résidence habituelle et la capitale de ses États. Il y convoqua
plusieurs conciles, combla les églises de ses bienfaits, en puisant ses largesses dans
le fisc impérial, et fonda l'abbaye de Saint-Marcel, lieu du martyre de l'apôtre cha-
lonnais. Dans l'album que vous publiez aujourd'hui, vous donnez une vue de ce
célèbre monastère qui a compté aussi Charlemagne parmi ses bienfaiteurs. La
Société d'archéologie de Chalon veut aussi nous parler de cette abbaye et publier
son cartulaire. Quelle bonne action! Comme le monde savant lui en saura gré !
Ne nous donnera-t-elle pas aussi son histoire complète? Cette histoire est si grande
et si belle! Il y aurait à y écrire une page sur Abélard, le célèbre docteur du
xi e siècle, le disciple, puis l'adversaire de Guillaume de Champeaux, le maître
coupable de la jeune Héloïse et l'ami de Pierre le Vénérable. Abélard mourut à
Saint-Marcel en 1142. Pierre le Vénérable, qui l'avait réconcilié avec l'Eglise, lui
envoya l'absolution pour être attachée sur son cercueil, et fit une épitaphe pour son
tombeau.
Thierri, petit-neveu de Gontran, résida aussi à Chalon ; Brunehaut, son aïeule, y avait déjà séjourné plusieurs fois. En 603, elle y avait fait déposer saint Didier de Vienne, qui lui avait reproché ses débauches. « Et toi, Reine, lui avait-il dit, crois-
l'xsrir;
INTRODUCTION
tu être comme l'agneau sans tache? Jette les yeux sur ta conscience, tu y verras le sang de dix princes assassinés. »
Chalon peut compter aussi le bon roi Dagobert parmi les princes qui y ont séjourné et qui l'ont aimé ; mais les maires du palais furent souvent cruels pour notre ville. Flaxat mit le trouble en Bourgogne. Après le meurtre de Villebaut, sous les murs d'Autun, il s'enfuit à Chalon, qu'un immense incendie détruisit de fond en comble. Lisez ce grand désastre dans les chroniques de Frédégaire.
Nous arrivons maintenant aux rois fainéants, tristes règnes, pleins de violence, de larmes et de sang. Clovis II monte sur le trône ; il convoque à Chalon les états et un concile de trente-huit évêques.
Ces prélats étaient des plus distingués. Depuis lors, l'Église en a honoré plusieurs comme saints, tels que saint Éloy, de Noyon, saint Ouen, de Rouen, saint Claude de Besançon, et saint Grat, de Chalon. Du reste, l'église de Chalon peut se glorifier d'avoir eu à sa tète, dès son origine, des prélats de grande distinction. Faut-il citer Sylvestre, qui assista au célèbre concile d'Epaone, en 5 1 7 ; Agricole, si remarquable par l'éloquence qu'il déploya dans plusieurs conciles, mort en 580; Flavie, qui assista à cinq conciles et fonda l'abbaye de Saint-Pierre sur les hauteurs où plus tard, auxvi" siècle, on éleva une citadelle inutile; Loup, fils d'un noble et riche Burgunde, originaire du village de Boyer, qu'il donna à son églisec athédrale; saint Grat, qu'on trouve dans les conciles de Lyon; sans parler de tous les autres prélats qui, dans les temps plus modernes, ont été la gloire de l'épiscopat chaïonnais. N'oublions pas de citer aussi, parmi les évêques illustres que Chalon a donnés à la chrétienté, saint Césaire, né dans notre ville en 470. Entré d'abord dans le célèbre monastère de Lérins, il en fut bientôt comme arraché et élevé malgré lui au siège de l'important évêché d'Arles. Le pape le nomma son vicaire dans les Gaules. Ses homélies et ses sermons sont des monuments impérissables de son savoir. A une autre époque, Chalon lui élèverait une statue.... Clovis II fut un triste roi et demeura constamment sous la tutelle de Nantilde, sa mère, et d'Ega et d'Erchinoald, maires du palais. Sainte Batilde était sa femme; devenue veuve, elle gouverna avec une rare sagesse. Ebroïn était maire du palais. Le gouverneur de Lyon, fils d'un sénateur nommé Florentin, et saint Ennemond, son frère, portèrent ombrage au cruel maire. Le gouverneur est assassiné à Marolle, près Orléans, et saint Ennemond subit le même sort près Chalon. Nos historiens chaïonnais ont passé, je crois, sous silence ce dernier crime. Il s'est produit cependant sur notre territoire. Laissez-moi vous le rapporter d'après les Bollandistes. N'osant pas frapper à Lyon le pieux évêque au milieu de son troupeau, il le fait appeler par sainte Batilde au moyen d'émissaires qui l'emmènent.
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INTRODUCTION
Vers le soir du second jour du voyage, comme on arrivait près de Chalon-sur-Saône et qu'on dressait des tentes, un vieux serviteur de Dieu demanda et fut autorisé à venir partager avec Ennemond et sa suite son modeste repas et à prolonger la veillée en pieux entretiens. Quand chacun fut enseveli dans le sommeil, les assassins le frappèrent d'une main sûre ; mais le ciel prit soin du corps de saint Ennemond, car ayant été [mis sur la rivière de la Saône dans une barque, sans patron, sans rame ni gouvernail, il arriva par un miracle qu'en toutes les villes, bourgs et villages visà-vis desquels passait cette barque qui portait le corps, les cloches sonnèrent toutes d'elles-mêmes. La sépulture lui fut donnée dans l'abbaye de Saint- Pierre de
Lyon. »
Chalon, depuis les calamités des invasions barbares, avait subi les plus cruels désastres ; mais c'était peu en comparaison de la catastrophe qu'il éprouva par la main des Sarrasins. Ces nouveaux vandales, après avoir franchi les Pyrénées, portent partout le fer et le feu. La Provence n'est bientôt plus qu'un monceau de ruines et de cendres. Lyon est saccagé aussi; nos villes bourguignonnes subissent le même sort et Chalon ne peut se soustraire à leur fureur. Leur cruauté fut telle que nos populations ont retenu avec horreur le nom de ces terribles musulmans, et naguère encore elles leur attribuaient toutes les ruines qui se rencontraient dans nos pays, même la construction des menhirs et des dolmens qui leur inspiraient une si grande peur. Mais, à ce propos, laissez-moi vous raconter ce que m'a écrit, un jour, un de mes amis qui habitait Boyer, où se voient encore deux beaux menhirs dans une prairie. « Au commencement de ce siècle, un riche propriétaire de Tournus, ayant voulu renverser un de ces menhirs, au moyen d'un attelage de douze mulets, les chaînes se rompirent aussitôt; on alla alors chercher dans le village douze attelages de bœufs qui ne réussirent pas mieux, et tout ce qui [avait travaillé à déraciner la pierre, bêtes et gens, dit un ancien du pays, creva dans l'année. Ce même ancien disait aussi que dans son enfance, lorsqu'il était pâtre, sa grand lui recommandait toujours de ne pas s'asseoir contre cette pierre maudite apportée par le diable ou par les Sarrasins. »
A peine Chalon fut-il délivré des hordes d'Abderame que Vafre, duc d'Aquitaine, se jette aussi sur la Bourgogne ; nos pères ont l'énergie de lui résister ; ils reparent leurs murs bâtis par les Romains, et l'ennemi ne peut brûler que les faubourgs de la ville.
Chalon retrouve enfin quelques beaux jours sous Charlemagne. Tout en écrasant les Saxons et en portant les limites de son vaste empire jusqu'au fond de l'Allemagne, il protégea les lettres et les arts et encouragea l'enseignement public. Notre.
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ami M. Henry Batault, a écrit un excellent ouvrage sur les écoles de Chalon, et il a dit avec raison que l'une des gloires les plus pures de Charlemagne a été le rétablissement des écoles des cathédrales. Ce prince voulut surtout que dans le célèbre concile de 813, assemblé à Chalon, les évêques prescrivissent la création d'une école dans toutes les églises cathédrales où seront enseignées la littérature et l'Écriture sainte. « Oportet ut episcopi scholas constituant in quibus et litteras solertia disciplines et sacrœ scripturœ documenta discantur et taies ibi erndiantur quibus merito dicatur. »
Mais le règne de Charlemagne ne fut qu'un éclair dans une nuit profonde. Ses fils ne furent que des fils indignes d'un si grand homme; Chalon est victime de leurs querelles. Lothaire" assiège Chalon et le brûle en 834. Tous les habitants sont égorgés, et il faut lire dans l'historien de Louis le Débonnaire les horreurs qu'ils eurent à subir. Charles le Chauve fut bon pour nos pères. Il combla nos monastères de ses dons- nos cartulaires bourguignons les mentionnent tous ; mais ce prince était faible : il a laissé naître et grandir la puissance féodale et affaiblir la race carlovingienne. Ses capitulaires ont été joints à ceux de Charlemagne. Les troubles de l'Italie amenèrent en France, sous Louis le Bègue, le pape Jean VIII qui résida à Chalon. Pendant son séjour, il releva de terre et canonisa les évêques Loup, Agricole, Flave, Jean Grat, Tranquile et le reclus Désiré. Nous avons estampé ensemble une inscription sur marbre dans l'église de Saint-Marcel, laquelle rappelle ce grand acte. Je vous ai parlé déjà plus haut de ces saints évêques, distingués en outre par leur savoir. Mais il semble être de la destinée de notre ville de souffrir de toutes les douleurs dont souffre le reste de nos provinces. Cette fois, les Normands et les Hongres, aussi farouches que les Sarrasins, désolent la Bourgogne. Ils saccagent le monastère de Saint- Marcel et renversent aussi l'abbaye de Saint-Pierre, bâtie par l'évêque Flave en 584, sur son ancien ermitage. Chalon avait alors pour gouverneur des comtes (comités). Dès le vi e siècle, on les voit institués, ayant auprès d'eux des vicomtes; Gallus est le premier dont l'histoire fasse mention.
Il vivait du temps de Gontran. Ce furent de grands personnages choisis dans les plus illustres familles. Ils réunissaient dans leurs mains tous les pouvoirs. D'abord, serviteurs fidèles de nos rois, ils étaient amovibles; mais la puissance royale s'affaiblissant sous les derniers princes carlovingiens, nos comtes surent se rendre indépendants insensiblement. Ce furent bientôt des chefs inamovibles et des rois au petit pied. Gouvernèrent-ils avec sagesse et bonté? Oui et non. Les uns surent se faire aimer, d'autres furent le fléau de leurs sujets. Il en fut un qui s'attira la colère céleste, et longtemps nos pères se signèrent en racontant à leurs enfants le terrible châti-
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ment que Dieu lui infligea. Je vous donne ici cette effroyable histoire telle que nous la tenons du P. Bertrand.
« Le roi, pour punir Guillaume II, douzième comte de Chalon, de ses cruautés, se vit contraint de le dépouiller de ses États; mais la justice vindicative du Ciel le frappa aussi à son tour. « Ce grand seigneur estant dans un festin dont le luxe pouvoit le disputer à ceux de Vitellius et d'Héliogabale, il fut appelé par un inconnu qui l'enleva en l'air sur son cheval; merveille qui fit croire qu'un démon travesti en homme, l'avait emporté, en corps et en âme, par les ordres de la justice divine; d'autant que depuis cette heure-là, cette victime de l'enfer ne fust jamais revue, ny on n'en apprit aucune nouvelle. » Pierre le Vénérable nous a donné aussi cette lugubre histoire dans son Livre des miracles. « Toute la ville, dit-il, poussa un cri d'horreur quand elle vit le comte renversé par le Diable sur la croupe de son cheval noir, aux yeux de flammes, à la longue crinière flottante et fendant les airs. Le malheureux comte poussait des cris indicibles auxquels répondait la foule terrifiée ; mais le démon ne lâchait pas sa proie et le comte devint son éternel associé, factus est œternus socius Demoni. » Voilà, mon cher ami, un épisode de l'histoire chalonnaise digne d'un habile pinceau.
Mais si nos comtes ont été parfois mauvais, nos évèques se distinguèrent par leur habile et sage gouvernement. Perry nous en a donné l'histoire, qui va compléter la Collectanea chronologia episcopomm cabillonensium de Pierre Naturel, exhumé à Lyon et que notre ami Henry Batault se propose de publier. Leur pouvoir fut aussi temporel ; une partie de Chalon leur appartenait, le surplus relevait du comte, mais cette juxtaposition de deux pouvoirs rivaux amena plus d'un conflit.
L'histoire du moyen âge de Chalon est aussi pleine d'intérêt; je la résume en quelques mots. Le fait le plus saillant de cette longue période est l'institution de la Commune à Chalon. Nos historiens nous ont raconté longuement qu'au mois de mai 1256 le duc de Bourgogne, Hugues IV, accorda à la ville l'institution de l'échevinage et l'autorisa à élire quatre prud'hommes pour la gestion des intérêts de la communauté des habitants. Toutefois, sans attendre l'assentiment du souverain, nos pères avaient préludé à leur affranchissement par la nomination de six bourgeois ; en 1254, ces mandataires étaient élus par une assemblée composée de deux cent huit personnes, en présence de Pofficial de l'évêque; les élections avaient lieu, à l'origine, dans les halles où se tenaient les grandes foires de Chalon. Mais nos chroniqueurs n'ont pas tout dit, et sous cette organisation, en apparence si simple et si naturelle, se cachent bien des choses qu'il est intéressant de connaître et de dévoiler.
Pour ma part, je suis las d'entendre raconter, comme le font tous les historiens en général en se copiant les uns les autres, l'histoire de l'émancipation des communes
INTRODUCTION
de France. On s'est plu à dire et à redire que les villes, se souvenant un jour du municipe romain et de leur primitive organisation administrative, voulurent d'elles-mêmes, comme au réveil d'un long sommeil, se replacer sous ce régime en le reconstituant. On ajoute que la royauté, affaiblie par la féodalité, favorisa ces aspirations, pour ressaisir un pouvoir qui lui échappait de plus en plus, et que le clergé favorisa ce mouvement partout où il ne lésait pas trop ses intérêts. Mais ce n'est là, selon moi, que le côté extérieur et apparent de la question.
Sous ces dehors se trouvent de ténébreuses et laides menées, ourdies depuis
longtemps par des associations secrètes, dans d'occultes conciliabules dont la papauté
•eut plus d'une fois à se préoccuper et qu'elle dut même frapper de ses foudres. En
voulez-vous une preuve? Ouvrez à cet égard, entre autres, le remarquable Traité
de Delamare, qu'on a trop peu lu et trop peu médité.
Il vous dira ce que furent ces associations qui, pour donner le change, avaient pris le titre de confréries religieuses, et ne tendaient cependant à rien moins qu'à bouleverser l'organisation sociale et politique de leur temps et à substituer leur pouvoir aux pouvoirs alors existants; ces associations occultes existaient surtout dans les corporations ouvrières, dans les corps de métiers et parmi les marchands. Ces derniers, en fréquentant les grandes foires de Chalon et de la plupart des villes, y rencontraient les affiliés de toutes les provinces. Tout en traitant de leur négoce, ils s'entretenaient de leurs coupables projets. Aussi n'est-il pas surprenant de voir, dans la réunion des marchands, la Commune de Chalon faire comme explosion, tout à coup, en 1254. Hugues IV, forcé et contraint, ne put que se résigner à sanctionner, en 1256, ce fait révolutionnaire.
Je n'ai donc qu'une maigre estime pour cette émancipation des communes, tant glorifiée par de si nombreux écrivains qui n'ont pas étudié le fond des choses. Descendez-y vous même, comme je l'ai fait pour la commune de Lyon, et vous verrez bientôt que derrière le berceau de la Commune, en général, se tiennent dans l'ombre de sinistres figures dont les mains de quelques-unes sont souillées de sang. Du reste, je ne suis pas seul à avoir mauvaise opinion de la Commune chalonnaise. Il y a déjà bien des années, le jeune et regretté Boisserand % un vrai savant avant l'âge et qui avait étudié avec tant de soins, aux sources des archives nationales, l'organisation de la Commune chalonnaise, partageait entièrement mon avis à cet égard. Que de fois cette grave question a fait l'objet de nos causeries à Chamirey, où il venait se