Finot, p. y
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LA SAONE ET LA MARINE
Plus tard, les Romains, qui avaient établi à Chalon un préfet de la flotte de la Saône, regardaient cette rivière comme leur meilleur moyen de transport militaire.
Lucins Vêtus, général de l'armée romaine dans les Gaules sous le règne de Néron, apprécia si bien tous les avantages de cette navigation qu'il conçut le projet de réunir les deux mers au moyen d'un canal de communication entre la Saône et la Moselle ', projet repris en ce moment et qui paraît enfin devoir être réalisé.
Le service de la navigation appartenait à une puissante corporation de mariniers ou nautoniers connus sous la dénomination de nautœ ararici.
Ces pilotes ont eu, dans un temps, une importance considérable qui nous est révélée par des inscriptions antiques. Certains patrons de cette corporation sont arrivés à de hautes dignités dans la magistrature et dans le sacerdoce ! .
Sidoine Apollinaire rapporte que les bateliers de la Saône tiraient leurs barques avec des cordes et s'encourageaient au travail par des chants. Depuis ce temps reculé, nous avons vu la navigation se transformer et grandir considérablement.
Débarrassée des droits et des péages, elle passe du haleur à l'équipage de chevaux, puis au remorqueur à vapeur. Enfin, de nos jours, la batellerie s'affaiblit et semble condamnée à la ruine par l'inexorable concurrence des chemins de fer.
Cette marine, que les riverains de nos jours peuvent voir disparaître graduellement, avait sa couleur locale ; il n'est peut-être pas indifférent d'en recueillir les dernières traces. Ainsi le langage de nos mariniers a son vocabulaire spécial plein de saveur et d'originalité. Ce serait une belle et riche matière pour des philologues qui pourraient peut-être en faire ressortir des aperçus intéressant l'étude de nos anciens idiomes. Je citerai donc ce que j'ai pu recueillir, ce que j'ai entendu maintes fois et ce qui demain ne se dira peut-être plus \
Vira de pire ! ! ! Vira de riaume ! ! !
C'est un cri de pilote qui signifie :
Tourne du côté d'empire (rive gauche) !
Du côté du royaume (rive droite) !
Bronquer de pire, Bronquer de riaume, pour buter
i. Antoine. Navigation de Bourgogne^ 1774, t. I er , p. 6.
2. Lucius Helvius fut deux fois duumvir; un autre, Qtântus Julius Severinus, eut deux statues votées par la Cité. Lucius Tauricius Florentinus eut un monument voté par l'Assemblée des trois Gaules, etc., etc. Les flamines et les duumvirs qui sacrifiaient sur l'autel du confluent de la Saône paraissent avoir été des nautoniers (Finot, 60 et 61).
3. En s'écartant des bords de la Saône on pourrait, dans cet ordre d'idées, trouver des locutions très caractéristiques, telles que celle-ci : Sta-bos, employée dans le Morvan par le convoyeur bouvier qui commande l'arrêt (J. G. Bulliot).
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