‹ Chalon-sur-Saône pittoresque et démoliChapitre 86 sur 89 · Perry, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

Perry, ouv. cité, p

3. Grégoire de Tours, Hist., liv. v. — Mille, Abrégé chron. de l'histoire de Bourgogne, t. 1". 1771

cm

POST-FACE

du grand-duc Philippe le Bon tirèrent de l'obscurité pour éclairer les docteurs par sa science et édifier les diocèses de Chalon et de Nevers par sa piété et ses vertus. Ajoutons encore que Jean Germain, né à Cluny dans une condition des plus modestes, avait commencé par y porter l'eau bénite le dimanche dans les maisons, suivant une antique et pieuse coutume de Bourgogne, et qu'il était maître es arts et docteur de l'université de Paris, conseiller et ambassadeur du duc de Bourgogne, chancelier de la Toison d'or lorsqu'il s'endormit dans le Seigneur en 1460.

Terminons cette nomenclature incomplète des évêques de Chalon dignes de mémoire, par Pontus de Tyard de Bissy, « auquel, dit Saint-Julien de Balleure, l'évêché de cette ville fut donné pour loyer de ses vertus et savoir » .

A l'illustration de la naissance il joignit celle du mérite personnel. Parvenu à l'épiscopat en des temps gros de tempêtes et de périls, pilote habile et courageux, il sut conserver son calme au milieu du déchaînement furieux des passions politiques et religieuses de ses ouailles et de ses

contemporains. „

Pour nous faire l'écho des louanges qu'il s'attira par sa conduite et ses écrits, nous n'avons que l'embarras du choix. Répétons ce qu'en a dit Guillaume Colletet, dans sa Vie des poètes français, ouvrage manuscrit qui a péri dans l'incendie de la bibliothèque du Louvre, allumé par les sauvages de la commune de Paris en 1871 :

. Le monde n'eut jamais rien de si secret ni de si caché qui ne fût pénétrable et de concert « à l'esprit clairvoyant de ce grand personnage. Si bien que je puis justement dire de lui ce « qu'Ovide avait dit autrefois de si bonne grâce dans un autre sens :

Omnia Pontus erat.

« Pontus dans la science était tout, ou du moins il y était tout ce qu'il voulait être.

,' La connaissance parfaite qu'il eut des lettres humaines, et surtout de la poésie française, « lui fit tenir un notable rang parmi cette illustre pléiade des sept grands poètes de son temps. « La haute intelligence qu'il eut de tous les points de la philosophie humaine et divine le fit « considérer parmi nous et révérer en France...

« Et dans les sacrés mystères de la théologie, il n'y eut point de docteur de son temps qui « sut démêler avec plus de clarté et de plus grande et rare suffisance 1 . *

Pour compléter cette esquisse de Chalon catholique, il y aurait encore beaucoup à faire : il faudrait y ajouter le chapitre de la cathédrale, l'abbaye de Saint-Pierre, les couvents des carmes, des cordeliers, des minimes, des capucins et le séminaire des Oratoriens. Alors on y verrait que ces couvents, qu'on représente comme les refuges de l'oisiveté et de l'ignorance,

, Nous avons étudié la vie et les travaux de cet estimable savant et pI eux évêque dans un ouvrage qui a été honoré des suffrages de l'Institut de France et de l'Académie de Mâcon ; il a pour titre : Emit sur le séisme siècle. France et Bourgogne. Pontus ie Tyard, seigneur de Bissy, depuis évêque de Chalon. Paris, A. Aubry, .8<So, in-8". Imprimerie L. Pernn de Lyon. - 2

ijêMTs

w Ê^mj

iii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iii 2 3

iii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiii^

étaient, pour la plupart, des lieux de prière et d'étude, des dépôts de livres précieux, enfin des pépinières de savants et d'hommes distingués.

C'est ainsi que de ceux de Chalon sont sortis : Nicolas Bourrelier, chancelier de Bourgogne ; Guillaume Filâtre, Chalonnais, que son mérite éleva successivement des sièges épiscopaux de Toul, Verdun et Tournay aux dignités de chancelier de la Toison d'or et d'ambassadeur à Rome ; Pierre Naturel qui, par son amour de l'étude, s'était concilié l'amitié de Pontus de Tyard ; Saint-Julien de Balleure, qui rehaussa l'éclat de son blason par ses travaux sur l'histoire de Bourgogne; Claude Robert, savant précepteur d'André Frémiot, archevêque de Bourges, conseiller d'État et ambassadeur à Rome, et de Jacques de Neuchèzes, évêque de Chalon; Jean Chapot, né en cette ville, provincial des minimes, auteur d'une Vie de saint François de Paille; le père Léonard Bertaut, auteur trop érudit de l'illustre Orbandale • Bernard Lami, professeur de théologie, qui composa dans le séminaire des Oratoriens de Chalon une remarquable introduction à l'Écriture sainje ; Edme Bourrée, oratorien, également professeur de théologie à Chalon, dont les écrits forment plus de quarante volumes; le père Cloiseault; supérieur des Oratoriens pendant un demi-siècle, auteur de la Vie des illustres religieux de son ordre et d'un complément de l'histoire des évêques de Chalon; le père Legrand, Chalonnais, qui a construit pour la bibliothèque des Capucins, les deux globes, l'un céleste, l'autre terrestre, qui sont encore aujourd'hui une des curiostés de la bibliothèque publique de cette ville; enfin le père Louis-Jacob de Saint-Charles, l'un des créateurs de la bibliographie, digne de figurer parmi les illustres écrivains de Chalon dont il nous a donné la biographie.

Si de l'ordre du clergé nous passons à celui de la noblesse, nous sommes en présence d'un groupe social tout différent d'aspect et de mœurs. L'agitation y est plus grande, la vie plus accidentée; les passions moins contenues ne connaissent pas de frein. La raison du plus fort y est presque toujours la meilleure; l'argument en usage est l'épée. Autant de résultats inévitables de son rôle exclusivement militaire. Dans ce milieu tout respire la guerre, chacun y est armé même en temps de paix : voyez ce que l'ancienne noblesse nous a laissé de ses demeures, de ses armures, de ses faits et gestes. Mais cela n'eut qu'un temps; la rudesse des mœurs féodales ne tarda pas à se polir sous l'influence de la galanterie chevaleresque. Les gentilshommes bourguignons, ces foudres de guerre, subissent le joug de la beauté des nobles châtelaines qui décernent les prix aux vainqueurs des tournois, puis se transforment en courtisans. Chalon, souvent visité par nos ducs de Bourgogne, dont la cour fastueuse égalait celle des rois, possédait dans ses murs une brillante noblesse dont les hôtels décoraient la ville. Elle conserve de précieux types de l'époque féodale dans les tours de Sandon et de Marcilly et autres que notre artiste chalonnais a eu le soin de buriner.

Saint-Julien de Balleure nous apprend que cette réunion de maisons de grande noblesse dans Chalon avait valu à ses habitants le surnom de nobles de Chalon, surnom des plus flatteurs et des plus enviés, car les nobles étaient ou devaient être les meilleurs, les hommes d'élite à peine de forfaiture. C'était l'opinion générale du temps que la noblesse avait une mission,

cm

POST-FACE

un rôle et des privilèges dans LÉtat. Écoutons ce qu'en disait le père Bertaut, un de ces historiens surannés qu'on accuse de falsifier l'histoire et d'en faire une école de plat servilisme:

« Et à la vérité, il faut advouer que la noblesse, quand mesme elle serait couronnée, ne doit « pas estre le germe précieux des dignités et des honneurs, mais Lien les belles qualirez de « l'âme et de l'esprit...

«. Un beau sang dans les veines peut bien passer pour une marque de santé, mais non pour « un véritable titre de noblesse qui n'est qu'une qualité accidentelle et un ouvrage de fortune « qui préside à la naissance des hommes, quand elle se joue à tirer un portier de sa boutique « pour lui mettre un sceptre à la main. C'est elle qui, favorisant les entreprises de l'ambition, « a fait toute la différence des nobles et des roturiers, des petits et des grands... Mais à parler « selon les règles de la vérité, c'est la vertu qui fait l'homme noble... la vraye noblesse n'em- « prunte rien d'autruy » .

Inscrire ici les noms des représentants de la noblesse chalonnaise ancienne et moderne il n'y faut pas songer. Ce serait faire l'appel nominal de toute une armée de preux.

Une seule exception nous est imposée en faveur de la famille Du Blé d'Huxelles, moins en faveur de ses illustres alliances avec les Montagu, les Drée, les Rabutin et les Beauffremont- Sennecey qu'à cause de la gloire militaire que lui doit Chalon, qui donna son propre nom à deux de ses rejetons, tous deux morts en combattant, l'un à trente-neuf ans tout couvert de lauriers, l'autre à vingt et un ans. Cette maison a fourni deux maréchaux de France aux armées de Louis XIV.

Nous avons hâte d'arriver au tiers état, peuple .et bourgeoisie; il nous reste à peine quelques pages quand il y a de quoi écrire un volume. Car le tiers état, c'est-à-dire le vrai peuple, ce peuple croyant, travaillant et s'ébaudissant à ses heures perdues, formait la base de cet édifice social. Il n'était ni écrasé ni épuisé par les classes supérieures, comme on l'a dit et répété par erreur volontaire ou par ignorance, puisque son attribution naturelle était de leur servir de fondement et d'être la source intarissable d'où elles sortaient et où elles venaient se retremper.

Il s'en fallait de beaucoup que le tiers état ne fût rien, comme osa le proclamer l'abbé Sieyès, un des habiles jongleurs de la révolution de 1789. Le tiers état constituait la mine féconde, le grand laboratoire des forces sociales. La vie y débordait, l'activité humaine s'y montrait surhumaine, on y reconnaissait le doigt de Dieu.

Guerres et dévastations incessantes, intempéries extrêmes, inondations diluviennes, hivers rigoureux, pestes et famines meurtrières, joug écrasant imposé aux faibles par les forts, en un mot toutes les calamités qui forment le bilan de notre histoire générale et de celle de Chalon en particulier, sont impuissants à empêcher le peuple de cette ville de vivre, de se développer, de grandir, de prospérer et de s'affranchir.

La commune de Chalon se constitua sans violence, lentement, progressivement, comme tout ce qui doit durer; elle fut une évolution normale, produite par la marche progressive du temps et non une révolution, crise perturbatrice qui a pour effet d'enrayer le progrès et de mettre la

iii|miiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiiii|iiiiiiii

cm 1 2 3 4 5 6

tfiJ* ■** s~A dimi :,mâ êlM

ww^ T^jrjm^JVk

III III III III III III III III III III III III INI III III III III III

iiiin iiiiiiiii un

wmn

isr irs

ïW

20 g CHALON-SUR-SAONE

licence à la place de la liberté. Les citoyens de Chalon, devenus majeurs, étaient mûrs pour l'exercice de leurs droits politiques. Aussi ne leur furent-ils contestés par aucun de leurs puissants seigneurs féodaux, les évêques, les ducs de Bourgogne, puis le roi de France. Les franchises municipales de Chalon traversèrent cinq phases avant d'arriver à leur complet épanouissement.

1234. Affranchissement des tailles et des exactions féodales, par Hugues IV, duc de Bourgogne.

1254. Réunion libre des habitants, dans laquelle ils élisent de leur propre autorité six d'entre eux pour gérer les affaires de leur commune.

1256. Charte de Hugues IV, duc de Bourgogne, par laquelle il accorde aux Chalonnais franchises à tousiours et le droit d'élire annuellement quatre prud'hommes pour l'administration des affaires de la ville. (Création de l'échevinage qui jouissait du droit de justice et d'une partie de l'autorité militaire.)

1408. Les bourgeois et habitants de Chalon sont autorisés à bâtir une maison commune ou l'hôtel de ville avec tour et beffroi, par Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

1561. Lettres patentes de Charles IX accordant aux habitants de Chalon, sur leur demande, l'établissement de la mairie.

Conservons ces dates qui rappellent de glorieuses étapes dans le développement intellectuel et matériel du vieux Chalon. Le moderne en aura-t-il de semblables à inscrire dans ses fastes?

A la place des trois mots : Liberté, Égalité, Fraternité, qui s'étalent aujourd'hui sur nos édifices publics, expression de funestes utopies et satire sanglante des déportements de leurs auteurs, les bourgeois de Chalon du xv e siècle avaient fait graver au-dessous de la porte d'entrée de leur hôtel de ville ces trois mots qui rappelaient à leurs magistrats municipaux leurs devoirs et leur conduite.

Fidei. Prudentiœ. Secreto.

Autres temps, autres hommes.

Sous l'égide tutélaire de leurs chartes de franchises jurées et maintenues par tous nos rois, les Chalonnais purent donner un libre essor à leurs aptitudes pour les affaires. Chalon, grâce à son heureuse situation, devint un centre commercial d'une grande importance. Ses deux foires franches y attiraient chaque année une afîluence considérable de marchands et de produits des principales villes de France et d'Europe. Pour maintenir l'ordre dans ces congrès internationaux d'où sortaient la paix et la prospérité, les ducs de Bourgogne créèrent une juridiction spéciale, à la tête de laquelle nous voyons figurer, du xiv e au xvn e siècle, sous les titres de baillis et maîtres des foires de la ville et cité de Chalon, des officiers supérieurs des armées, des gouverneurs de province et de villes, des membres du conseil d'État du roi, chevaliers de ses ordres, appartenant aux plus illustres familles de notre province.

De la vie que le mouvement industriel et commercial répandit dans Chalon naquit une

cm

POST-FACE

bourgeoisie laborieuse, intelligente, économe et patiente, parce qu'elle avait foi en sa force, en elle-même et en Dieu. Liée au sol natal par la propriété, fruit légitime de ses labeurs, attachée à la cité par des franchises, récompense de son patriotisme, enfin par les traditions et l'amour du foyer, elle accomplissait graduellement ses évolutions sociales ascendantes qui l'amenaient à prendre part au gouvernement du pays et à parvenir à la noblesse, c'est-à-dire à l'échelon le plus élevé de l'ancienne hiérarchie sociale. Stimulée sans cesse par le désir d'arriver à ce but, la bourgeoisie travaillait aussi à sa propte fortune tout en faisant celle de son pays et en contribuant à son illustration 1 .

Les hommes les plus recommandables par leur mérite et leur position sociale sont choisis par les suffrages de leurs concitoyens pour les magistratures municipales. La liste des anciens maires de Chalon est une page du livre d'or de la population de cette ville ; on y lit des noms comme ceux-ci : Bataille, Burignot, de Thésut, Perrault, Beuvrand, de La Loyère, Languet, Bernardon, Jullien, Gallois du Perroux, Lantin, de Mucie, Perney, Prisque, Topin, Mathieu, Durand, Pontoux, Perry, Jauthial, Virey, Quarré, d'Hoges, qui, tous, figurent avec honneur dans l'église, les années, la magistrature, le parlement et les lettres. Sous l'administration de tels magistrats, Chalon vit fleurir les études classiques. Son grand collège littéral est doté de chaires nouvelles, le nombre et la valeur des prix sont augmentés, le clergé, la noblesse et la bourgeoisie concourent à l'envi à ces fondations.

De tous ces Mécènes de leur patrie, nous ne nommerons qu'Antoine Druhot, dont nous retrouvons le nom gravé en lettres d'or sur les plats des beaux et bons livres que les maires et échevins de Chalon distribuaient jadis aux lauréats du collège. Sa générosité méritait bien cet honneur et le souvenir que nous lui accordons aujourd'hui, car, en 1579, il fit don au collège de Chalon d'un domaine tout entier, composé de 55 journaux de terre, 9 soitures de prés, 22 arpents de bois, de maison, granges, jardin, etc.

A la nouvelle de cette donation les magistrats municipaux se rendirent en corps au logis du donateur pour l'en remercier au nom de la ville, et, comme signe public de la joie générale, ils firent sonner la grosse cloche de l'horloge et carillonner les petites pendant une heure 2 . Ce bienfaiteur de Chalon était un de ces hommes qu'on qualifie injurieusement aujourd hui d'aristocrate, car il réunissait aux fonctions de sommelier du roi celles de capitaine des châteaux de Germoles et Montaigu. Il ne nous déplairait point de voir nos ardents promoteurs de l'instruction obligatoire et laïque y contribuer ainsi de leur bourse.

Tant de louables et généreux efforts portèrent leurs fruits. Le niveau intellectuel de Chalon s'éleva au point qu'à partir du xvi e siècle jusqu'en 1789 exclusivement, on vit sortir de tous les rangs de la population une légion d'hommes remarquables.

Les noms abondent; à ceux que nous avons déjà eu occasion de citer ajoutons encore :

1. Nous ne faisons qu'effleurer ici un point intéressant de notre vraie histoire. Nous l'avons fouillé dans un travail encore inédit intitulé : Couches et castes sociales de la France, essai d'analyse et de synthèse historique.

Page 1