UNE CARICATURE DE CHAM
DçiilizedbvGoOglc
Gham, qui, à force de crayonner tout ce qui lui passait sous les yeux, avait acquis une grande facilité, redoubla d'ardeur, et, depuis le chat de la maison jusqu'au chien de sa sœur Madeleine, tout lui devint un motif de caricature. Nous avons eu sous les yeux une collection considérable, soigneusement conservée par la famille de Cham, et renfermant une multitude de dessins, esquisses, pochades, brouillons,ébauches exécutés par le fils du comte de Noé à cette époque, et l'on ne se figure pas la verve, l'originalité, l'humour endiablé qui se révélaient déjà sous la plume ou sous le crayon du futur caricaturiste.
Voici d'abord la pittoresque série des portraits du nègre Tombey, dont Cham ne se lasse pas d'esquisser la physionomie simiesque et la tournure naïvement comique.
Il nous le montre de face, de profil, de trois quarts, en habit à queue de morue, en jaquette avec la serviette à la main, ou avec un long paletot de fourrure, prêt à ouvrir la portière de la voiture. La vieille cuisinière Julie n'est pas oubliée. Cham a même rehaussé le dessin à la plume par quelques couches d'aquarelle. Les bras sont maigres comme des fuseaux, mais la taille est énorme. Au-dessous de ce portrait en pied, la main de la mère de Cham a écrit : yulie by Amédée.
Du reste, notre acharné humoriste ne s'épargne pas lui-même. Le voilà assis à table, le menton enveloppé d'un foulard et souffrant d'une rage de dents qui lui fait sortir les yeux de la tête et hérisse ses cheveux.
Les jambes immenses ne peuvent se caser sous la table. C'est encore lui, assis sur une chaise et atteint d'une crise de nerfs que révèlent la contraction de tous ses membres et une chevelure frémissante. Au-dessus, pour que nul ne s'y trompe, il a écrit :