‹ Cham, sa vie et son œuvreChapitre 12 sur 38 · CHAM ET SA NIÈCE · texte numérisé non relu

CHAM ET SA NIÈCE

SA VIK ET SON ŒUVRE. 8i

Tm sure Amédée is nerpous. Dans une autre esquisse, Cham se montre à nous sous l'aspect d'un corps d'une maigreur invraisemblable repliant ses immenses jambes. Il cause avec une petite fille, qui doit être une de ses nièces, à laquelle il portait une grande affection.

Les amis de la famille n'étaient pas plus à l'abri des caricatures de Cham que ses propres parents, et l'un des plus assidus, M. du Tremblay, en raison de sa petite taille, lui servait particulièrement de point de mire. C'est ainsi qu'il nous le représente descendant de sa chaise au péril de ses jours.

Non content de crayonner fiévreusement dans sa chambre, située à l'étage supérieur de l'hôte! où habitait sa famille, Cham, qui avait conservé des relations d'amitié avec plusieurs de ses camarades, principalement avec Adolphe Yvon, venait travailler dans son atelier et y faisait des études de dessin, d'aquarelle et même un peu de peinture.

Néanmoins, on peut dire qu'il ne s'est jamais occupé de peinture sérieusement, et qu^Il n'a jamais abordé tes difficultés de la couleur. Tout en travaillant, ii se livrait à des réflexions piquantes, sans se départir de cette allure calme et froide qui s'alliait chez lui à beaucoup de distinction.

Cham conserva toute sa vie une grande affection pour Adolphe Yvon, chez lequel il trouvait un goût égal au sien pour les sujets militaires; et, dans certains cas, U venait lui demander des conseils.

Un jour, c'était à l'époque de ia guerre de Chine, Cham vint trouver l'auteur de la Prise de la tour Malakoff, en lui disant qu'il avait l'intention de représenter l'entrée des Français à Pékin. Yvon s'empressa de lui donner quelques idées, et aussitôt Cham, prenant un crayon, dessine, avec la rapidité sténographique qui le caractérisait, un régiment pénétrant, tambours en tête, dans la capitale du Céleste Empire. Il présente l'esquisse à son camarade, qui le com-

plimente, tout en lui faisant remarquer qu'il a oublié le tambour-major.

— C'est vrai, répond Cham, et le voilà qui se met en train de réparer son oubli, Malheureusementi il ne restait plus de place sur le papier; les tambours battant la charge arrivaient (presque jusqu'à la marge de la feuille.

Que fait notre caricaturiste? Il esquisse un tambour-major d'une taille colossale, mais plié en deux, et il écrit au-dessous du dessin :

« Ce tambour-major ayant passé, pour « aller en Chine, six semaines dans l'entre- « pont d'un navire, a pris un faux pli et n'a « jamais pu se redresser. »

Voilà l'esprit de Cham pris sur le vif.

N'oublions pas d'ajouter qu'outre le portrait de Cham placé par son camarade Yvon dans sa magnifique toile de la bataille de Solférino, il a fait du célèbre caricaturiste un autre portrait d'une touche large et saisissante qu'on conserve précieusement au

château de i'Isle de Noé. C'est ce portrait, le meilleur qui existe du célèbre caricaturiste, que le burin d'un artiste de talent, M. Le Rat, a reproduit pour figurer en tête de notre volume.

Mais l'activité de Cham pour le travail, après sa sortie de l'atelier de Paul Delaroche, ne l'empêchait pas de rechercher les distractions de son âge. Il allait assez souvent, à l'exemple de Gavarni, au bal de l'Opéra, avec son camarade d'atelier Vibert, et là, il se faisait remarquer par ses reparties d'une verve étourdissante.

Souvent aussi Cham réunissait ses amis et leur offrait des rafraîchissements qu'il ne manquait jamais de leur déclarer détestables. Il y avait là le marquis d'Hervey de Saint-Denys, dont la sœur a épousé, ainsi que nous l'avons dit, le frère aîné de

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Cham; le marquis Frank de Noé, Adolphe Yvon, Vibert, Eugène Lami^ qui lui donna plus tard d'excellentes leçons d'aquarelle; Adolphe Huart, qui devînt rédacteur en chef du Charivari; le comte de Blou, le comte Grimaldi, officier sarde, aquarelliste distingué, qui avait une prédilection pour les scènes militairesi le comte de Rivadavia, attaché à l'ambassade d'Espagne (depuis marquis de Camarasa). N'oublions pas, en tète de ses meilleurs amis, le marquis de Villeneuve-Trans, joyeux et aimable compagnon, d'un esprit charmant, que Cham affectionnait particulièrement. Le marquis de Trans était attaché d'ambassade au moment où s'ouvrit la campagne de Grimée.

Le jeune diplomate donna sa démission et partit comme simple soldat. Il se distingua à plusieurs reprises sous les murs de Sébastopolj et venait d'être nommé maréchal des logis, lorsqu'il fut tué par un éclat d'obus. Gustave Nadaud, le chansonnier populaire, faisait aussi partie du groupe

des habitués du petit entre-sol habité par Chanij et où, entre autres meubles, se trouvait un mauvais piano qui, ne pouvant rendre aucun service comme instrument de musique, avait été transformé en secrétaire où l'on serrait l'argent. Un des artistes de la bande joyeuse ayant voulu un soir ouvrir le piano pour y exécuter quelques brillantes variations, toute la fortune de Cham — quelques pièces de cent sous — roula sur le parquet.

Un des grands amusements de Cham était d'offrir à ses amis une séance de lanterne magique. U dessinait lui-même les sujets coloriés, dont il donnait l'explication avec la verve qui lui était particulière. Comme on le pense bien, ces scènes abracadabrantes imaginées par Cham n'auraient jamais pu obtenir l'approbation de la censure. Aussi l'on s'abstenait de lui soumettre le icenanb.

C'est ainsi que Cham aimait à passer ses soirées avec un groupe de bons camarades artistes ou amis des arts qu'il charmait par

son esprit spirituel et aflfectueuXj sa verve intarissable et prime-sautière. Le comte de Noéj très-recherché dans les salons, voulait toujours conduire son filsAmédée aux fêtes du Luxembourg; mais Cham faisait la sourde oreille et préférait la sociéfé de ses amis. Il ne devait point, par la suite, montrer plus de goût pour les grandes réunions mondaines.

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