‹ Cham, sa vie et son œuvreChapitre 13 sur 38 · LES DÉBUTS DE CHAM · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE CHAM

Le quart d'heure de Rabelais. — Les principaux caricaturistes en 1840.— Charles Philipon, rénovatrur de la littérature satirique. — La maison Aubert et C". — Un ami des arts au ministère des finances. — Le fils du comte de No£ est présenté à Philipon. — Le tempérament artistique de Cham. — Un questionneur à outrance. — M. Bethmont au collège de Juilly. — Le premier album de Cham. — Cham complimenté par TopfFer. — La vérité sur l'origine du pseudonyme de Cham. — La collection dtijabott. — Deux dessins de Cham dans la Mode. — Le musée Philipon. — Le goût de Chara pour les contes de fées. — La parodie des Mystères de Paris. — Les miroirs comiques. — Cham et son ami le comte de Sarcus. — Entrée de Cham au Charivari. — Une collaboration de irenle-sii ans. — L'Ile des Marmitons. — Le véritable début de Cham. — Afteurs algériennes. — Un coup d'ceil sur l'hislorique du Charivari. — L'activité artistique de Cham. — La parodie du Juif errant. — Cham et le troupier français. — Inquiétudes de la famille de Cham au sujet de sa santé.

Le moment était venu où Chamj après avoir hautement déclaré qu'il voulait être artiste, et artiste caricaturiste, devait justifier cette prétention et affronter le jugement du public.

L'entreprise ne laissait pas que d'être ardue, car à Theure où le ûls du comte de Noé allait prendre place dans le bataillon des dessinateurs satiriques, la caricature politique, sociale, ou simplement fantaisiste, comptait des interprètes d'un talent incontesté, et dont les œuvres s'imposaient à l'attention des hommes intelligents, sinon de la foule. Daumier, Gavarni, Henri Monnier, Granville, Traviès et bien d'autres, enrôlés sous la bannière de Philipon, multipliaient leurs dessins frondeurs et satiriques, leurs charges élégantes ou moqueuses, leurs lithographies mordantes ou ironiques.

Nous venons de nommer Philipon. Le fondateur du Charivari, le créateur du Musée Philipon et de tant d'autres publications satiriques a joué un rôle trop important dans la vie de Champour que nous ne nous arrêtions pas un instant sur cette physionomie originale et mouvementée.

Fils d'un marchand de papiers peints de Lyon, Charles Philipon travailla quelque

temps dans l'atelier de GroSj revint près de sa famille^ où il s'occupa du dessin de fabrique, etj à vingt-trois ans, quitta définitivement sa ville natale pour tenter la fortune à Paris.

Comprenant l'avenir réservé à l'art nouveau importé en France par MM. de Lasteyrie et Eugelman, et qu'on appelle la lithographie, Philipon prit hardiment l'initiative d'une véritable rénovationde la presse satirique illustrée, et fonda la Caricature, qui succomba bientôt sous une avalanche de procès.

Mais avant même la disparition de cette feuille satirique hebdomadaire, et alors même qu'il expiait à Sainte-Pélagie les audaces de ses collaborateurs et les siennes, il jetait les bases d'un nouveau journal illustré quotidien qui s'appela le Charivari, par allusion au charivari fameux que Viennet venait de subir à Estagel. Le premier numéro parut le i" décembre i832. C'est dans cette feuille, aujourd'hui demi-centenaire, que Cham débuta comme journaliste

caricaturiste, le 20 décembre 1843, pour n'interrompre sa collaboration que trentesix ans plus tard, lorsque la maladie, qui devait l'emporter en quinze jours, vint lui arracher la plume de la main.

Mais Charles Phiiipon ne se bornait pas à créer des journaux satiriques, il avait installé, sous la direction de son beau-frère et de sa sœur, l'intelligente madame Aubert, d'abord galerie Véro-Dodat, et plus tard place de la Bourse, une véritable usine de caricatures d'où sortaient, chaque matin, des milliers de lithographies, d'albums comiques, d'almanachs, de croquis fantaisistes ou mordants signés des caricaturistes déjà célèbres ou de ceux dans lesquels il devinait, comme chez Cham, de véritables aptitudes pour la littérature comique. C'est là que le fils du comte de Noé put voir apparaître aux vitrines, le 3 août 1839, son premier album intitulé M. Lajaunîsse, « album caricaturai sans but et sans raison, bêtises amusantes ».

Mms remontons un peu en arrière^ pour retracer de quelle façon cette œuvre de début vit le jour et comment le futur rédacteur . du Charivari entra en relation avec le grand metteur en scène des fantaisies et des malices du crayon.

Nous avons raconté, en parlant du passage de Cham au ministère des finances, les sévères admonestations qu'il recevait de son chef le baron de Bouber, fort peu sensible aux dispositions précoces du jeune de Noé pour la charge et la caricature. Mais tous les fonctionnaires de ce département ministériel n'avaient pas un esprit aussi rigoriste, et l'undes sous-chefs de division de cette époque, M. de Montcloux, qui devint plus tard sous-payeur de la dette publique et percepteur à Neuilly, était un ami éclairé des arts et un amateur passionné de gra-

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vures et de lithographies. A ce titre, il comptait parmi les bons clients de la maison Aubert-Philipon et entretenait d'amicales relations avec le fondateur du Charivari.

M. de Montcloux entrant un jour dans le cabinet où travaillait Cham, et ayant jeté les yeux sur un portrait-charge que ce dernier venait d'esquisser, fut firappé de Tesprit satirique de cette ébauche.

« Jeune homme, lui dit-il affectueusement, il y a en vous TétofFe d'un caricaturiste; venez me prendre à mon cabinet, à la fermeture des bureaux. Je vous emmènerai dîner chez moi, et je vous présenterai à mon ami Philipon. »

On pense bien que Cham ne manqua pas de se rendre à l'heure dite au cabinet de M. de Montcloux. La présentation à Philipon eut lieu , et le directeur du Charivari, auquel il soumit quelques croquis, lui fit le meilleur accueil et l'engagea à travailler sérieusement.

Le fils du comte de Noé suivit ce conseil.

et nous l'avons vu aller successivement prendre des leçons de Charlet et de Paul Delaroche, Bien que dans ces deux ateliers il ne se soit pas fait remarquer par une application aussi soutenue que ceux de ses camarades qui se destinaient à la peinture, ce serait une grave erreur que de croire que ce contact avec des maîtres et des élèves dont plusieurs devaient le devenir plus tard ait été sans influence sur le talent du futur caricaturiste. Cham possédait un tempérament artistique exceptionnel. Il lui suffisait d'un coup d'œil pour saisir tous les aspects d'un sujet, et dans les ateliers, alors que ses camarades le croyaient distrait ou inoccupé, son regard, d'une fixité pénétrante incroyable, s'emparait d'un type qui restait à jamais gravé dans sa mémoire.

C'est ainsi que Cham travaillait toujours non- seulement dans son cabinet, mais à table, au salon, à la promenade. Ce qu'il ne savait pas, il se le faisait apprendre par ses amis, par ses interlocuteurs, en les ques-

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tionnant. Nous nous souvenons qu'un jour, Charles Lecocq, le compositeur populaire de la Fille de madame Angot, invité à dîner chez le comte de Noé, arrive quelques instants avant l'heure et est introduit dans le petit salon qui se trouvait près de la salle à manger dans l'appartement de la rue Nollet. Aussitôt Cham lui parle de ses opérettes, lui pose question sur question. Charles Lecocq lui dit en plaisantant : « Mais je suis donc devant le juge d'instruction? — Excusez-moi, cher ami, répond Cham; mais, ajoute-t-il plus bas, comme s'il laissait échapper un aveu, questionner, interroger, c'est là ma grande force! »

Tout en dessinant et en caricaturant avec une véritable passion, Cham n'avait pas osé aller revoir l'homme qui tenait dans ses mains la littérature charivarique, mais, après la fermeture de l'atelier Delaroche, le comte de Noé fut le premier à lui conseiller cette démarche, et voulut même l'accompagner chez Philipon.

Il faut dire qu'une circonstance avait mis le comte de Noé en bons rapports avec le directeur du Charivari : les deux frères aînés de Cham, Frank et William de Noé, avaient fait leurs études au célèbre collège de Juilly, fondé par les Oratoriens^ et qui jadis portait le titre d'Académie royale. A Juilly, les fils du comte de Noé avaient eu pour camarade Eugène Bethmont, le futur ministre, qui, après avoir débuté avec éclat au barreau, avait épousé mademoiselle Philipon, la sœur du directeur du Charipart.

Restait à savoir quels spécimens des aptitudes de Cham on soumettrait à M. Philipon. Certes les croquis, les ébauches, les esquisses, abondaient dans les cartons du iils du comte de Noé; mais tout cela manquait de suite, d'imité.

Un seul travail de Cham composé d'un

certain nombre de dessins formait une série assez piquante. C'était une sorte d'album intitulé : M Lajaunisse. Voici comment notre jeune caricaturiste avait été amené à crayonner cette série de charges abracadabrantes.

On sait que Topfferj le célèbre auteur des Voyages en ^ig^ag, avait composé pour distraire ses élèves en les instruisant de petits albums satiriques simplement. esquissés au trait et accompagnés d'un texte d'une fantaisie originale. Un des cousins de Cham, M. le. duc de Feltre, lui avait offert plusieurs de ces albums qui venaient d'être édités par la maison Aubertj et entre autres M. Vieux-Bois et M. Jabot. On comprend avec quel enthousiasme le fils du comte de Noé s'éprit de ces compositions, empreintes d'une verve humoristique) et qui correspondaient si bien à la tournure de son propre esprit.

A cette époque, Cham, qui n'a jamais eu, du reste, le visage coloré, était d'une pâleur

si prononcée que ses frères, qu'il agaçait parfois par ses plaisanteries, l'appelaient en riant : M. La Jaunisse. Loin de se fâcher du sobriquetj Cham monte un jour dans son cabinet, et saisissant son crayon, il se met à esquisser à la manière deTopffer, c'està-dire au trait, les mirobolantes aventures de M. La Jaunisse. Pour donner plus d'originalité à cette fantaisie, dans toutes les planches, sur la figure, les mains et même sur les jambes de son héros, lorsqu'on le voit en déshabillé, il passe une légère couche de couleur jaune.

Ce sont les esquisses de cet album qu'il emporta pour les soumettre à M. Philipon, et le directeur du Charivari n'hésita pas à l'accepter pour le joindre à ceux qu'il éditait chaque jour. Avant que Cham eût quitté le cabinet du directeur du Charivari, celui-ci avait trouvé moyen de glisser dans sa main, àl'insu de son père,cinqlouis en lui disant:

« Apportez-moi d'autres albums, ils seront aussi bien reçus. »

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On pense que le fils du comte de Noé rentra joyeux à l'hôtel de la rue de l'Université; mais son père était encore peut-être plus heureux que lui, car sa tendresse paternelle venait d'avoir comme le pressentiment de l'avenir réservé à son cher fils Amédée.

Nous avons dit que le premier album de Cham, genre Topffer, parut chez Aubert, galerie Véro-Dodat^ le 3 août i83g. Deux mois plus tard, un autre album analogue, la légende de M. Lamélasse, « épicier et capitaine de la garde nationale à cheval », est édité par la maison Philipon-Aubert.

Gomme le premier, il brille bien plus par Toriginalité et la fantaisie comique de la légende que par le dessin, qui, tout en étant fort spirituel, a la sécheresse des albums Topffer.

Du reste, le célèbre écrivain genevois, auquel les deux premières des œuvres de Cham avaient été communiquées, adressa au jeune caricaturiste une lettre des plus flatteuses sur son début, lui présageant une

brillante carrière et le complimentant sur sa verve originale et d'une allure si franchement comique. Nous regrettons de ne pas posséder le texte de cette lettre d'un juge émérite en fait de choses de l'esprit. Nous savons qu'elle fut donnée par Cham à son cousin le duc de Feltre, qui la plaça dans sa collection d'autographes.

Ce que nous pouvons ajouter, c'est que lorsque, quelques années plus tardj la grave maladie de foie à laquelle il devait succomber eut paralysé les forces de Topffer au point de lui rendre tout travail impossible, il demanda à Cham de mettre la dernière main à Talbum depuis longtemps commencé et qui obtint tant de succès sous le titre de M. Cryptogame. La modestie de Cham lui a fait éviter soigneusement de parler de cette collaboration; mais elle est certaine et authentique. Notons qu'avec la facilité qu'il possédait déjà à cette époque, Cham s'était identifié à ce point avec la manière de Topffer que dans les bibliothèques publiques et

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les catalogues on attribue souvent les albums de Topffer à Cham, et pice versa.

Jusqu'ici, en parlant du fils du comte de Noé, nous l'avons constamment désigné j pour la facilité de la rédaction, sous le nom deCham. La vérité, c'est que le futur rédacteur du Charivari n'adopta ce spirituel pseudonyme qu'au commencement de l'année 1840, lorsqu'il fit paraître chez Philipon son troisième album intitulé : Histoirede M. Jobard, la première œuvre qu'il ait signéf

Philipon, d'accord avec le caricaturiste, avait édité ses deux premiers albums sar nom d'auteur. Mais le bon accueil fait par le public aux piquantes aventures de M, Lajaunisse et de M. Lamélasse donnait à Philipon la certitude qu'il venait d'acquérir une excellente recrue pour son bataillon charîvarique, et lorsque le fils du pair de France lui remit l'Histoire de M. Jobard, il lui dit : — De quel nom dois-je la signer? — Je suis le fils de Noé, répondit spontanément le jeune dessinateur; mettez Cham.

Voilà l'origine de ce fameux pseudonyme.

Il n'y en a pas d'autre, et il faut ranger dans le domaine de la fantaisie cette version trop souvent répétée que le comte de Noé, ayant eu trois fils, comme le patriarche de la Bible, avait pris l'habitude de les désigner sous les noms de Sem, Cham et Japhet. Par malheur pour cette ingénieuse découverte, le comte de Noé n'a pas eu seulement trois fils, il en a eu six et trois filles, et Amédée de Noé n'était pas lé second fils, mais le cinquième.

Un excellent ami de Cham, dessinateur spirituel et élégant, Bertall, avait fait cette remarque que le mot de CHAm, outre son allusion au nom de Emilie du caricaturiste, avait l'avantage de rappeler ses prénoms :

Charles -Henri -Amédée. C'est là certainement une simple coïncidence, à laquelle Cham n'a pas dû songer en choisissant son pseudonyme.

A propos de ce nom, et pour que nul ne s'y trompe, dans le titre illustré de Deux

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vieilles filles à marier, album publié en r840j Cham, à côté de sa signature, a formé avec le parafe un petit bonhomme sortant de l'arche de Noé. C'était une signature parlante.

Ajoutons que pas un seul des milliers de dessins dus au crayon ou à la plume de Cham ne porte ia signature : de Noé sans le mot Cham. Quelques lithographies seulement et quelques albums portent Cham de N... Nous citerons, par exemple, le titre imprimé du Musée Philipon, où la signature de Cham est ainsi hbellée, et un album fort amusant ayant ce titre : « Calembours en actions, bêtises et jeux de mots tirés par les cheveux, par Cham deN... » Plusieurs planches sont signées de la même façon.

On vient de voir que l'année 1 839 marque une date importante dans la vie de Cham.

C'est l'année de son début comme caricaturiste, c'est l'année où l'éditeur en vogue des célébrités du crayon admet les croquis du fils du comte de Noé à figurer dans ses vitrines et dans son catalogue.

Dans l'année 1840^ Cham poursuit son œuvre de début et cherche sa voie, s' efforçant de se créer un genre personnel et de marquer ses créations d'une empreinte originale. Néanmoins, pendant quelque temps encore , il continue la manière de Topffer et donne à Philipon des albums tels que :

Histoire de deux pieilles filles à marier, — Histoire de M. Jobard, — Histoire de M. Vertpré, qui prennent place dans la collectioninaugurée par Topffer etconnue, pour cette raison, dans la maison Aubert, sous la désignation de Collection des jabots.

M. Jabot, on le sait, est l'une des meilleures fantaisies de l'humoriste Genevois.

II faut croire que ces premiers essais du jeune dessinateur de vingt-deux ans ne passèrent point inaperçus, car, dès te mois de

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mars 1840, le journal la Mode, dirigé par le vicomte Walsh, publie une planche de- Cham sous ce titre : Un créancier trop pressé. Deux mois plus tard, une seconde planche satirique intitulée : le Microscope â ga^, figure dans le même recueil, fondé onze ans auparavant par M. Emile de Girardin, sous le patronage de la duchesse de Berry, et auquel Gavarni, lui aussi, avait collaboré à ses débuts.

Mais ce qui caractérise surtout les dessins du comte de Noé, à une certaine période de cette année 1 840, c'est l'effort qu'il fait pour s'identifier avec la manière large et puissante de Daumier. Cette tentative généralement ignorée des personnes qui n'ont pas eu sous les yeux l'œuvre entière de Cham, n'avait pas échappé aux artistes qui l'avaient connu chez Charlet et Paul Delaroche, et elle nous avait été signalée comme un essai digne d'être noté. Nous en avons reconnu l'exactitude en examinant certaines planches d'un album de Cham publié en 1840, sous

ce titre : Nos gentils petits enfants. Mais c'est surtout dans le Miroir caricatural de la même époque que l'effort d'assimilation est visible. Il y a là destypesqui, sansavoir le relief saisissant du crayon de Daumier, se distinguent cependant par l'allure large et le coloris vigoureux du créateur de J?obert Macaire , des Gens de justice , des Bas bleus.

Empressons-nous d'ajouter que ces efforts, très-admissibles de la part d'un artiste à ses débuts, ont été tout à fait passagers. Cham a eu de bonne heure l'ambition d'être luimême, de boire dans son verre^ et it n'a pas tardé à imprimer à tout ce qui sortait de son crayon ou de sa plume une marque personnelle et originale.

Cette qualité caractéristique du vrai talent apparaît et s'affirme d'une façon indé-

niable dans un recueil qui eut un grand sucxès, il y a quarante ans, et qui, dans tous tes cas, ne saurait passer inaperçu dans une étude sur Cham, car il forme avec V Assemblée nationale comique et sa longue collaboration au Charivariles trois grandes • œuvres typiques de Cham, nous voulons parler du Musée Philipon.

On sait de quelle activité prodigieuse était doué le fondateur du Charivari. 11 fallait, chaque matin, à sa nature ardente, à son intelligence toujours en éveil, une initiative à prendre, une création nouvelle à inaugurer, et c'est ainsi qu'en 1 841 , ayant groupé ses dessinateurs habituels et quelques autres, il lance le premier numéro d'une publication satirique hebdomadaire qui portait d'abord le titre de : Musée du Magasin comique de Philipon, mais qui ne tarda pas à s'appeler, par abréviation :

Musée Philipon,

Nous avons dit que les dessinateurs du Musée Philipon étaient la plupart de ceux

dont la maison Aubert éditait les œuvres, et en tête Gavami, qui y publia des croquis divers, des scènes de bal masqué et des revues de salon; Daumier, qui illustra Un voyage d'agrément à Paris; Granviile, •qui y fit paraître sa remarquable série des Métamorphoses du jour. Citons encore, au nombre des artistes qui collaboraient au Musée Philipon, Charles Jacque, Eustache, Ch. Vernier, l'un des plus féconds dessinateurs du Charivari; Lorentz, Forest, Trimoletj Provost-Dumarchais, Charles Fontallard, Dollet, etc.

Quant aux rédacteurs du texte, c'étaient Louis Huart, un excellent ami de Cham et son futur rédacteur en chef au Charivari; Ch. Philipon, Bourget, Borel, Marco-Saint- Hilaire.

Le Musée Philipon s'ouvre par une revue du Salon, dessinée par Gavarni, — à tout seigneur tout honneur; — mais les pages qui suivent sont remplies par I' « Histoire de feu Barbe-Bleue, mise en images pour les

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grands et les petits enfants, par MM. Chatn et Forest ». C'est une fantaisie de haut comique, et dans laquelle l'humour de Cham s'est donné Ubre carrière. Certes, on a bien souvent illustré et parodié le fameux conte de Perrault, mais on peut dire que le jeune caricaturiste avait trouvé une note extrêmement amusante. Ajoutons que Cham a toujours eu un goût marqué pour les contes de fées. Ces récits imaginaires faisaient, avec les ouvrages historiques, l'objet de ses lectures préférées.

Du reste, les contes de fées ont souvent inspiré le crayon charivarique de Cham, et sans sortir même du Musée Philipon, nous y trouvons les parodies de la Belle au bois dormant, du Petit Poucet, de Cendrillon, du Petit Chaperon rouge, du Chat botté, enlevées avec la même verve que celle de Barbe Bleue. Nous avons retrouvé ces mêmes dessins dans une collection de contes de fées publiée vers cette époque «n Angleterre; ce qui prouve que le talent

de Cham commençait à se populariser chez nos voisins d'outre-Manche. Nous aurons occasion plus d'une fois de constater combien les Anglais faisaient cas des caricatures de Cham et de son ori^alïté comique.

C'est au point que plus tard un grand financier de Londres, voulant créer une concurrence au Punch, otfrit à Cham, pour s'assurer sa collaboration, 40,000 francs par an, avec un traité de trois ans. Cham refusa de s'expatrier. Revenons au Musée Philipon.

A cette époque, M. Frédéric Labrousse fit représenter au Cirque, avec son ami Ferd. Laloue, im drame dont Murât était le héros. Cette pièce militaire et équestre fournit à Cham le sujet d'une série de charges très-piquantes, et c'est ainsi qu'il débuta dans ces parodies théâtrales qui lui ont inspiré tant de joyeuses fantaisies.

Mais la série de vignettes la plus curieuse et la plus remarquée, donnée par Cham au Musée Philipon, fut sa fantaisie

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sur les Mystères de Paris. On sait le succès colossal qu'obtint ce roman d'Eugène Sue, qui parut, à la fin de 1842, au rez-dechaussée du Journal des Débats. Dans les salons comme à la campagne, on suivait avec une émotion fébrile les péripéties du drame qui mettait en scène la Chouette, le Chourineur, le Maître d'école, la Goualeuse, Tortillard et les autres habitués du Lapin blanc,

Cham consacra deux livraisons entières à parodier ce sombre roman, dont tous les personnages étaient dessinés en noir, tandis ■ que le texte était imprimé en rouge. Cette oppesition de couleurs, jointe à l'originalité burlesque des scènes, produisait l'effet le plus comique qu'on puisse imaginer. Philipon en fut si frappé qu'il ne manqua pas de demander plus tard à Cham de donner un pendant à ses Mystères de Paris, en illustrant sous la même forme charivarique le Juif errant, dont la publication dans le Constitutionnel fit aussi un énorme tapage.

La collaboration de Cham au Musée Pkiîipon, si importante qu'elle ftlt, était loin de suffire à l'activité du jeune caricaturiste, et il continua à livrer à la maison Aubert des recueils de charges non moins bien accueillis que les premiers. Nous citerons : V Album saugrenu, l'Année prochaine, les Aventures de Télémaque fils d'Ulysse {par Fénelon et Cham), fantaisie d'un comique irrésistible ; V Histoire du prince Colibri et de la fée Caperdulaboitla.

non moins drolatique. C'est aussi à cette époque que se rapporte la publication des Miroirs comiques, série de plaquettes comprenant : le Miroir du bureaucrate, le Miroir du calicot, le Miroir de l'étudiant de première année, le Miroir de l'étudiant en vacances, le Miroir du lovelace, le Miroir du dandy. La plupart de ces albums de poche sont dus à Cham^ plusieurs furent dessinés par M. Alophe, et quelques-uns portent la signature de Quillenbois. C'était le pseudonyme adopté par un dessinateur

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appartenant, comme Cham, à une famille aristocratique, le comte de Sarcus. M. de Sàrcus marcHait avec des béquilles. De là l'origine de son pseudonyme de Quilîenbois.

Le comte de Sarcus est un des caricaturistes — et ils sont nombreux — auxquels Cham donnait avec la plus cordiale obligeance desconseils et des encouragements ' .

C'était, en effet, un des côtés charmants de cette nature exquise d'être bon pour tous ses camarades, et d'admirer les œuvres de ses confrères sans aucune arrière-pensée d'enVie et de jalousie. Les débutants surtout trouvaient dans Cham un ami toujours prêt à les initier aux secrets du métier. Ce qu'il savait, il était heureux de l'apprendre aux' autres, et plus tard, lorsque le succès vint couronner ses efforts, on ne feisait jamais en vain appel à sa générosité.

' Ces relations d'amilié se prolongèrent entre Cham et le comte de Sarcus, et se continuèrent, après la mon de ce dernier, avec son fiis, M. le vicomte René de Sarcus, qui nous entretenait récemment des excellents souvenirs qu'il avait conservés de ses visites au spirituel caricaturiste.

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Nousvoici arrivés à l'événement le plus important de la carrière du fils du comte de Noé, à son entrée au Charivari, dont il devait être, pendant trente-six ans, le spirituel et toujours jeune caricaturiste. Une collaboration régulière, sans intermittence, se prolongeant pendant un pareil espace de temps, est un fait rare dans l'histoire du journalisme. Nous n'étonnerons personne, ou du moins aucun des amis de Cham, en disant que, malgré les secousses et les révolutions politiques qui ont agité notre pays de 1843 à 1879, aucun nuage, aucun conflit, n'est venu troubler les cordiales relations existant entre le célèbre caricaturiste et ses collaborateurs. Tout le monde aimait Cham pour son esprit et surtout pour sa bonté de cœur et sa nature si sympathique.

C'est le 20 novembre 1843 que la signature de Cham apparaît pour la première fois au bas d'une planche du Charivari.

Mais ce n'est pas là son véritable début, car il ne s'agissait que de la reproduction

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d'un certain nombre de bois parus^ quelque temps auparavant, dans le Musée des familles pourl'illustration d'un conte d'enfants dû à la plume de madame Ë. de Girardin^ et publié sous ce titre : l'Ile des Marmitons. Le Musée des familles, qui avait alors pour rédacteur en chef M. Henry Berthoud, et qui comptait au nombre de ses dessinateurs Gavarni et Henry Monnier, avait demandé à Cham d'illustrer le conte de sa spirituelle collaboratrice, et ces vignettes, d'une grande finesse et d'une allure originale, parurent dignes de figurer dans le Charivari à côté des remarquables planches de Gavami et de Daumier.

Le véritable début de Cham dans le journal fondé par Philipon eut lieu un mois pins tard, le 20 décembre 1843. Ce jour-là, le journal satirique publie le premier dessin d'une série de caricatures de Cham, intitulée : Mœurs algériennes — Chinoiseries turques.

Pour comprendre l'intérêt du sujet choisi

pour ses débuts par le nouveau collaborateur du Charivari, il faut se souvenir qu'à cette époque, tous les regards étaient tournés du côté de notre colonie algérienne.

Abd-el-Kader, qui avait poussé ses incursions jusqu'aux portes d'Alger, avait rencontré une énergique résistance, et, le i6 mai 1843, le duc d'Aumaie, par un coup hardi, avait enlevé la smala de l'émir, glorieux fait d'armes qui impressionna vivement les tribus rebelles, et dont Horace Vernet consacra le souvenir dans une de ses plus belles toiles. En choisissant des scènes algériennes et des fantaisies sur Abdel-Kader pour exercer son crayon satirique, Cham répondait donc aux préoccupations du moment.

, Nous avons lu, dans divers articles, que Cham était allé, vers cette époque, passer quelques mois en Algérie près d'un de ses frères, dont le régiment faisait partie de l'armée d'Afrique. On ajoutait même que le fils du comte de Noé, mangeant à la table

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des officiers pour la plupart jeunes et trèsgais, avait trouvé là une sorte d'entraînement vers ia carrière charivarique.

Il est parfaitement exact que Tun des frères de Cham, le vicomte Louis de Noé, qui a fait une grande partie de sa carrière militaire dans les chasseurs d'Afrique, se trouvait en Algérie au moment où Cham débutait dans la caricature; mais ce dernier n'a pas eu l'occasion d'aller émdier sur place les mœurs algériennes/et si ses dessins se distinguent par l'exactitude des types, cela prouve tout simplement que le jeune caricaturiste étudiait avec soin les sujets qu'il voulait traiter.

Voilà donc le jeune fils du comte de Ndé, pair de France, l'ex-attaché au ministère des finances, si rétif aux admonestations du baron de Boubers, l'élève de Charlet et de Paul Delaroche, prenant pied dans le premier journal satirique de l'époque, et en train de se faire une place, bien à lui, à côté des maîtres de la caricature.

Quelques lignes sur le journal dont Cham devient le collaborateur, et qui renferme son œuvre essentielle, trouvent naturellement leur place ici.

On sait que le premier numéro du Charivari avait paru le i" décembre i832. Par une coïncidence assez curieuse, Louis DesnoyerSj son rédacteur en chef, s'était marié la veille, et il dut passer la première nuit de ses noces à corriger les épreuves et à surveiller la mise en pages du nouveau-né.

Autour de M. Philipon et de M. Louis Desnoyers, se groupèrent d'abord M. Altaroche, qui fut plus tard rédacteur en chef du Charivari, puis M. Albert Clerc, qui devint par la suite consul de France à Port- Louis. Les autres collaborateurs furent MM. Louis Huart, Léon Gozlan, Eugène Guinot, Laurencin, le fécond vaudevilliste;

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Félix Pyat, Eugène Briffaut, Cordier de la Noue, F. B. C- Claudon, Louis Reybaud, Hippolyte Fortoul, qui fut plus tard ministre de l'instruction publique ; ' Charles Ballard et Bergeron, qui signait ses articles du pseudonyme di Emile Pages, et qui avait connu Cham à la pension de Reusse.

C'est M. Bergeron qui, gravement insulté par M. Emile de Girardin, et n'ayant pu obtenir satisfaction de cet outrage^ souffleta publiquement dans une loge, à l'Opéra, le directeur de la Presse.

Les caricatures — partie essentielle du journal — avaient pour auteurs les premiers dessinateurs de l'époque : Gavarni, Honoré Daumier, alors débutant et expiant à Sainte-Pélagie, avec Philipon, une charge de la Caricature; Grandville, Numa, Jullien, J. J. Tra\dès, le créateur du type de Moyeux; Bouquet, et un peu plus tard Benjamin Roubaud.

Le succès du Charivari fut rapide. En politique, il était un peu l'auxiliaire du

National. Armand Carrel, très-lié. avec Altaroche et Louis Desnoyers,. donnait même parfois au Charivari des articles destinés au National , maïs dont Tallure un peu légère semblait mieux convenir à la feuille satirique.

Les nombreux procès que le Charivari eut à soutenir ne firent qu'accroître, son essor. Mais la machine infernale de Fieschi, en visant le Roi, tua, suivant l'expression d'un journaliste, la liberté de la presse.

Les lois de septembre imposèrent un cautionnement de cent mille francs à tous les journaux politiques, et — mesure plus rigoureuse encore — tous les articles et les dessins furent soumis à l'examen de la censure. La Caricature en mourut; quant au Charivari, bâillonné, menacé dans son existence, privé de toute liberté, réduit à ne laisser paraître que des planches anodines, des portraits et des esquisses de mœurs, il agonisait, lorsque M. Philipon, découragé, se décida à le vendre.

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C'est ainsi que le Charivari passa aux mains d'un sénateur belge, M. Lefèvre- Meuret, qui le céda, en i836, à M. Armand Dutacq, directeur et fondateur du Siècle.

Dans cette nouvelle combinaison, M. L.

Desnoyers fut remplacé dans ses fonctions de rédacteur en chef par M. Altaroche, et plusieurs collaborateurs de taieni entrèrent au journal. Nous citerons Clément Caraguel, Hippolyte Lucas et notre ami Albéric Second, homme d'esprit et écrivain distingué, qui devint l'un des meilleurs camarades de Cham.

Des efforts fijrent également tentés pour rendre aux dessins un peu de leur attrait d'autrefois, et c'est alors qu'on vit paraître la grande série des Robert Macaire, conçue par Philipon et remarquablement exécutée par Daumier. De son côté, le crayon de Gavarni dota le journal de ces compositions si remarquées : Clichy, qu'il avait étudié sur place; J/. Loyal, la Semaine, des amours, les Débardeurs, etc.

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Nouvelle réorganisation du journal en i839, à la suite d'un conflit entre les administrateurs et les propriétaires. Le Charivari est alors divisé en vingt parts, et M. Altaroche définitivement installé comme rédacteur en chef.

Telle était la situation du journal au moment où Gham prit place parmi ses dessinateurs. Le Charivari, très-libéral et parfois agressif dans ses articles, s'abstenait dans ses caricatures de s'avancer sur le terrain politique. On sentait que les ciseaux de la censure étaient suspendus, comme une épée de Damoclès, sur la tête des dessinateurs, auxquels il ne restait que des scènes de mœurs, des portraits et des parodies de romans ou de pièces de théâtre, illustrations amusantes sans doute, mais qui ne répondaient pas au véritable programme du fondateur du Chartpari.

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Malgré ces lisières imposées au crayon du caricaturistej il est impossible de n'être pas frappé, en parcourant la collection du Charivari à cette époque, de la fécondité et de l'ardeur productive du fils du comte de Noé. Heureux d'avoir pu atteindre le but de ses désirs, dessinant non plus à l'aventure et sans résultat pratique, mais avec la certitude que la planche sortie de son crayon allait être tirée à plusieurs milliers d'exemplaires, Gham travaillait avec une sorte de fièvre joyeuse, se sentant d'ailleurs soutenu et encouragé par la direction du journal et par les sympathies du public.

Aussi il n'attend pas qu'une série de caricatures soit achevée pour en commencer une autre. Il mène de front les Mœurs algériennes, les Puffs industriels, et prend ainsi au Charivari une situation très-enviable. Non-seulement le journal accueillait et publiait tes charges et les croquis fantaisistes échappés à son crayon si fécond ;

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mais chaque fois que la direction du Charivari voulait lancer un numéro à sensatioHj elle s'adressait à Cham^ dont la facilité déjà si remarquable comme dessinateur était secondée par une verve comique toujours en éveil. Aussi, c'est encore lui que Philipon et Louis Huart choisirent pour exécuter les charges de la parodie du Juif errant, dont ils écrivaient le texte. Cette parodie de longue haleine, puisqu'elle n'embrasse pas moins de dix numéros complets du Charivari et forme un volume aujourd'hui fort recherché des bibliophiles, eut un très-grand succès. Outre l'édition française publiée chez Aubert et C'*, il en parut une édition spéciale en Belgique, avec les bois dessinés par Cham.

Notons que l'on retrouve sur le titre de la parodie du Juif eirant la signature Cham (de N...}, dont le fils du pair de France ne s'est servi que très-rarement.

Une fois entré au Charivari, l'ancien élève de Charlet avait hâte de montrer son

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goût pour les types militaires et le troupier françaisj et il commence, au mois de mai 1 845, une fort piquante série de charges sous ce titre : Souvenirs de garnison, dans laquelle il est facile de retrouver la manière de l'auteur du Grenadier de Waterloo. Il y a là des types absolument pris sur le vif : ainsi un invalide, amputé des deux jambes, cause avec un conscrit qui n'a pas Tair d'apprécier beaucoup les douceurs de l'état militaire. Il le console de cette singulière façon :

«Bah! la guerre, la guerre... regardemoi, j'en suis bien revenu. »

Cette réflexion philosophique nous rappelle une légende analogue mise plus tard par Cham au bas d'une aquarelle. La scène se passe aux alentours des Invalides. Un invalide orné de deux jambes de bois s'entretient avec un jeune soldat et lui dit :

« Je serai éternellement reconnaissant à l'Empereur ; c'est lui qui m'a débarrassé de mes cors. »

Au début de l'année 1846^ Cham reste près d'un mois et demi sans donner une seule planche au journal. Pourquoi cette inaction? Hélas! le fils du comte de Noé était souffrant, fort souffi-ant.

Nous avons déjà eu l'occasion de constater que Cham avait une santé fort délicate, et nous avons raconté la visite qu'il fit à un célèbre médecin qui, après l'avoir ausculté, se montra peu rassuré sur l'état de ses poumons.

Ce diagnostic n'était que trop exact, et, au commencement de 1846, il fiit pris de vomissements de sang qui inquiétèrent beaucoup sa famille. Cette rupture de vaisseaux, qui faisait dire plus tard au sympathique caricaturiste que son cas rentrait dans les « accidents maritimes ' », se reproduisit à diverses époques. Un de ses camarades de l'atelier Paul Delaroche, avec

' n Le médecin m'assure que je n'ai aucune maladie organique, seulement un vaisseau rompu. Mon cas rentre donc dans les accidents maritimes, u — {Lettre de Cham à sort ami Philippe Gille. ~ i5 avril 187^.)

lequel il avait conservé d'amicales relations j nous a raconté qu'étant allé avec Cham à la Chambre des pairs, lors du procès de Henry qui avait tiré deux coups de pistolet sur Louis- Philippe , le fils du comte de Noé fut pris, à la sortie de la séance, d'un vomissement de sang qui, pendant plus d'un quart d'heure, le laissa presque inanimé sur un banc.

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