‹ Cham, sa vie et son œuvreChapitre 7 sur 38 · CHAM A L'AGE DE SEIZE ANS · texte numérisé non relu

CHAM A L'AGE DE SEIZE ANS

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rendu assez maladif, et il avsàt des toux très-pénibles. Un matïnj après une nuit où il avait toussé plus que d'habitude, son père l'engagea à consulter un médecin et lui donna une lettre pour un célèbre praticien. Cham se rendit chez le docteur.

Celui-ci le fit déshabiller, l'ausculta, lui palpa la poitrine et fit entendre un sifflement qui signifiait que Cham n'avait pas la constitution d'un athlète; puis il se remit à écrire. Cham, dans le costume du père Adam, grelottait de tous ses membres.

Enfin, il se décide à dire au célèbre médecin :

— ■ Monsieur, que dois-je faire?

— Habiliez-vous, se contenta de dire le docteur; je vaisvousdonnerune lettre pour votre père.

Peu.de temps après, Cham entra chez M. de Reusse, qui tenait une pension rue de Vaugirard, n" 48, au coin de la rue Pérou.

Cette institution recevait principalement des élèves qui se préparaient à l'École po-

lytechnique, et était installée dans un ancien hôtel habité autrefois par le marquis de Lauzun. A l'hôtel était joint un jardin avec de grands arbres dont les branches servaient d'appui à quelques-uns des plus giles pensionnaires de M. de Reusse pour franchir le mur donnant sur la rue Pérou et aller se promener dans Paris. Cham^ un jour que nous causions avec lui, en compagnie de notre ami Albéric Second, dans son jardin de la rue NoUet, évoquait avec sa verve habituelle les souvenirs de son passage à la pension de la rue de Vaugirard^ et nous citait les camarades qu'il y avait connus et dont il était resté l'ami, tels que le marquis d'Héricourt de Valincourtj son cousin, qui a épousé mademoiselle Haenel de Cronenthall, petite-nièce du célèbre jurisconsulte Haenel de Cronenthall, et qui elle-même s'est fait remarquer par ses compositions de musique classique et ses arrangements de musique chinoise exécutée à l'Exposition universelle de 1 867; MM. Poiré

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frèreSj élèves fort distingués, qui devinrent tous les deux inspecteurs généraux des ponts et chaussées; M. Hussenot de Senonges, amateur de musique et grand industriel^ et plus tard juge au tribunal de commerce de la Seine.

Citons encore parmi les condisciples de Cham chez M. de Reusse : Gounod, le célèbre compositeur; Paul Lacroix (bibliophile Jacob)^ le lettré si apprécié; le baron Emile Martineau des Chesnetz , fils du conseiller d'État, sous-secrétaire d'État du ministère de la guerre sous le maréchal Soult; le baron Jard-Panvilliers, qui devint conseiller à- la Cour des comptes; le baron Alphonse Vicheryj colonel d'infanterie sous le second Empire; Retouret, quiy avec le Père Enfantin, fonda la secte des saint-simoniens; Bergeron, le rédacteur du Siècle, dont nous parlerons plus loin; Ernest Desmaret, avocat distingué; Sapey, qui devint avocat général; le baron Henn de Poilly, etc., etc.

M. Hussenot de Senonges a bien voulu nous transmettre l'impression qu'il avait gardée du futur caricaturiste pendant son séjour à l'institution de Reusse : « Cham, nous dit-il, sans être un brillant élève, était un très-brave et très-excellent garçon, aimé de tous ses camarades et passant la majeure partie de son temps et de ses classes à dessiner, faisant la charge de tous ses professeurs. C'était, dès sa plus tendre jeunesse, un goût inné chez lui, et je suis persuadé que si l'on avait conservé ses cahiers d'étude, il y aurait eu à récolter des croquis très-originaux. »

En effet, à mesure qu'il iivançait en âge, le fils du comte de Noé sentait grandir son goût pour le dessin et surtout pour la caricature. En outre, l'esprit inventif de Cham se développait, et il se signalait déjà par ses plaisanteries et le plaisir qu'il trouvait à imaginer des farces, à la grande joie de toute la pension. C'est ainsi qu'il avait réussi à persuader à un de ses camarades.

un peu naïf, qu'il était le fils de Louis-Philippe, et ce camarade, dont le père était épicieFj ne doutait pas d'arriverj avec l'apypui de son ami^ aux plus hautes fonctions de l'État.

Bien que son application à Tétude laissât fort à désirer j Chatn avait montré une grande aptitude pour les mathématiques, et nous devons signaler en passant ce point de rapprochement qu'il avait avec un de ses émules illustres, Gavami, qui se délassait de ses travaux artistiques dans Tétude de ce qu'il appelait sa chère « mathématique j>.

Les parents de Cham, voyant les dispositions du jeune Amédée, conçurent le dessein de le faire admettre à l'École polytechnique. Dans ce but, notre futur caricaturiste suivit, comme externe libre, les cours de M. Guérard, qui fut l'un des professeurs les plus remarqués des princes d'Orléans. Les cours se faisaient rue Gîtle-Cœur et étaient suivis par des jeunes

gens de âimilles distinguées, dont la plupart ont percé dans le monde et se sont fait remarquer. Nous citerons M. Bochcr, dont les talents comme administrateur, orateur et financier sont connus ; il fut reçu en ce temps-là le premier à l'École militaire de Saint-Cyr; son frère Alfred Bocher, aujourd'hui général de division; Maurice Gérard, le fils du maréchal Gérard, qui, un beau jour, quitta les cours de M. Guérard, s'engagea dans le i" régiment des chasseurs d'Afrique, et à force de bravoure fut nommé officier dix-huit mois après; François de La Rochefoucauld, qui devint plus tard duc de La Rochefoucauld- Liancourt, et s'est retiré du service comme colonel; Henri de Carayon-La Tour, qui, après avoir conquis ses épaulettes sous les auspices du général Changarnier, est mort d'un refroidissement; M . Emile Martineau des Chesnetz, plus tard générai de division, qui commandait, en 1870, le i5' corps d'armée, etc., etc.

Enfin, l'époque de l'examen à l'École

polytechnique arriva. L'épreuve orale fut très-favorable au fils de M. de Noé, qui fut déclaré admissible. En attendant son tour de subir l'examen de mathématiques, Chanij dont la main ne pouvait rester inoccupée, s'amusa à crayonner en charge le portrait d'un monsieur qui se promenait dans la salle. Le papier circule et arrive même sous les yeux des examinateurs, qui le regardent en souriant. Enfin Cham est appelé pour résoudre au tableau les problèmes de mathématiques i mais, ô fata- Utéj le professeur qui l'interroge est le personnage même dont il a fait la caricature.

Au ton bourru et malveillant qu'il emploie vis-à-vis de Cham, celui-ci s'aperçoit bien que l'examinateur connaît l'auteur de la plaisanterie, et, convaincu qu'il n'a aucune chance de réussir dans de telles conditions, il jette la craie et s'éloigne tranquillement.

A la suite de ce coup de tête qui fermait à Cham les portes de l'École polytechnique, son père résolut de le feire entrer dans les finances, où son influence et sa position lui permettaient de le pousser très-loin.

Cham entra donc au ministère des finances, alors dirigé par M. Lacave-Laplagne, député du Gers et ami de son père.

Il fut placé comme expéditionnaire au secrétariat général, qui avait pour titulaire M. ie baron de Boubers.

M. le baron de Boubers était un fonctionnaire grave, à cheval sur l'exactitude, et qui n'entendait pas la plaisanterie en matière de service. Cela ne faisait pas l'affaire de Cham, qui n'avait nul goût pour la bureaucratie, et préférait crayonner des caricatures que de libeller des lettres. Dans ce

même bureau du secrétariat se trouvait, outre trois ou quatre expéditionnaireSj un jeune employé, M. Percheron de Monchy, qui se Ua d'amitié avec Cham. Plus tard, M. Percheron de Monchy quitta le secrétariat pour entrer dans l'inspection , et devint dans la suite régent de la Banque de France.

Chaque fois qu'une personne venait rendre visite à l'un des expéditionnaires, Cham, en trois ou quatre coups de crayon, esquissait sa charge, et, après le départ du visiteur, la montrait en disant : « Voici le portrait de l'ami de M. un tel. » Malgré ces plaisanteries humoristiques, le fils du comte de Noé était très-aimé de tous ses collègues. Il n'y avait que son chef, le sévère M. de Boubers, qui ne pouvait lui pardonner son inapplication et son goût pour l'école buissonnière. Un jour, le secrétaire général, auquel on répondait toujours qu'il était absent, lui fit signifier par le garçon de bureau qu'il eût à être plus ponctuel et

à travailler autrement. Cham répliqua que si M. de Boubers voulait être servi à sa fantaisie , il n'avait qu'à prendre un nègre.

Il n'était pas difficile de prévoir que des relations aussi tendues ne tarderaient pas à se rompre. Le père de Cham eut plusieurs fois à intervenir, et s'efforça, mais en vain, de faire comprendre à M. de Boubers qu'il n'y avait rien d'étonnant que son fils ne se passionnât pas pour le métier de copiste :

mais le grave secrétaire général n'entendait pas de cette oreîlle-là. Cham, après avoir esquissé force charges et caricatures sur le papier ministériel, prit le parti de renoncer à la carrière bureaucratique, et si les incendiaires de la Commune n'avaient pas a flambé » le ministère des finances, on retrouverait certainement dans les archives du secrétariat, sous l'administration de M. Lacave-Laplagne , plus d'un croquis représentant M . le baron de Boubers admonestant un jeune expéditionnaire qui n'était

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autre que notre ami Cham. C'était, en effet, sa manière de se venger des remontrances de son chef.

Cham, enfin délivré des tracasseries administratives, se cramponna de plus en plus à sa résolution de se consacrer à la caricature. Il rentra chez ses parents en déclarant qu'il voulait être artiste.

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