‹ Cham, sa vie et son œuvreChapitre 9 sur 38 · VERNET L'ACTEUR · texte numérisé non relu

VERNET L'ACTEUR

tain temps; Ferdinand Bastin, très-Iié avec le fi!s du comte de Noé, auquel on doit, outre d'excellentes lithographies , un grand nombre de tableaux militaires, notamment la Charge du 2* gouapes à Sébastopol, trèsremarquée au Salon de 1870; M. Eugène Villain, bien connu pour ses natures mortes, fort regardées à chaque Exposition; M. Eugène Ginain et M. Jules Duvaux. N'oublions pas un autre élève de Charlet qui, sans abandonner complètement la palette, devait plus tard changer son fusil d'épaule.

Nous voulons parler de M. Demarquay, qui entra, en 1848, à la Préfecture de police, et devint ensuite chef de la police municipale.

C'est au milieu de ce petit groupe que le futur caricaturiste du Charivari vint prendre ses premières leçons, un peu en amateur, il est vrai, entremêlant ses croquis de vieux soldats de caricatures et de charges qu'il enlevait déjà avec un brio extraordinaire.

C'était, à cette époque, nous disait un an-

cien élève de Charlet, « un grand jeune « homme blond, à petites moustaches nais- « santés; il était très-maigre et mince, l'air « doux, d'un caractère froid, parlant peu, « ne se mêlant jamais des plaisanteries et a des charges d'atelier, ce qui ne l'empê- « chait pas d'être un excellent camarade et « très-aimé de nous tous ». Nous avons souligné la phrase relative à l'attitude de Cham s'abstenant de prendre part aux plaisanteries et aux charges dont les élèves ne se privaient point, pas plus chez Charlet que dans les autres ateliers, parce qu'elle surprend un peu appliquée à cet esprit si fécond en inventions humoristiqueset d'une verve si originale. Il faut croire que le fils du comte de Noé se sentait un peu dépaysé dans ce milieu nouveau pour lui, et évitait de lâcher la bride à son goût pour la plaisanterie. Il devait prendre plus tard une ample revanche de cette réserve momentanée.

Le comte de Noé venait de temps à autre

voir Charlet pour s'enquérir des progrès de Gham, et surtout pour interroger le maître sur les aptitudes artistiques de son fils. Sa grande préoccupation, on le comprend^ était de savoir s'il y avait dans son fils Amédée l'étoffe d'un talent réel que le travail développerait. Nous sommes forcé d'avouer que Charlet, beaucoup moins perspicace que le fut plus tard Philipon, ne pressentait pas du tout l'avenir réservé à son jeune élève. Il se contentait de répondre ;

— J'ai connu des jeunes gens qui promettaient beaucoup et qui n'ont pas tenu.

D'autres, au contraire, qui semblaient n'avoir aucune disposition sont devenus des artistes célèbres. J'espère qu'il en sera ainsi pour votre fils.

On sait que cet espoir s'est réalisé bien au delà de ce que supposait l'auteur du Soldat laboureur.

Du reste^ absorbé par ses travaux comme peintre et comme professeur, et aussi par ses lithographies qu'il produisait avec une

fécondité incroyable, Charlet n'accordait aux esquisses de ses élèves qu'une attention médiocre. Des jours et parfois des semaines se passaient sans qu'il entrât dans l'atelier réservé aiHC jeunesartistes, et lorsqu'il y venait, il donnait un coup de crayon par-ci, un coup de pinceau par-là, et repartait bien vite, laissant l'élève se débrouiller.

Il faut dire que, depuis l'apparition de son mémorable tableau de la Retraite deRussie, tous les boyards et tous les officiers russes voulaient avoir une toile de Charlet, principalement une scène de cette épouvantable déroute. Le baron de Lazarefif vint même commander à Charlet, de la part du Czar, un portrait de Napoléon à la bataille de Waterloo. Aussitôt tous les représentants de la colonie russe demandent des portraits de Napoléon à l'artiste, qui, ne pouvant suffire à la tâche, dut sans doute se faire aider quelquefois par ses élèves. C'est à cette époque que l'empereur Nicolas fit faire à Charlet des offres séduisantes pour qu'il vînt

passer quelque temps en Russie. Charlet refusa, et ce fut Raffet, son élève préféréj qui partit avec le prince Deoiidoflfj pour lequel il exécuta les dessins du Voyage dans la Russie méridionale et la Crimée, l'une de ses œuvres capitales.

Bien que Cham fût heureux de se trouver dans un atelier où il avait tant d'occasions de satisfaire sa prédilection pour les scènes militaires et les types de vieux soldats, il pensa — et son père fut de cet avis — qu'il avait besoin de suivre les leçons d'un maître moins exclusif, et, au bout de quelques mois, il quitta l'atelier de Charlet pour entrer dans celui de Paul Delaroche, l'un des plus fréquentés à cette époque.

G)nstatons que les leçons de Charlet, si irrégulières qu'elles fussent, ne restèrent pas stériles par le talent de Cham, En copiant les dessins du maître , en s'imprégnant de cette atmosphère de choses militaires, il acquit cette merveilleuse facilité à saisir sur le vif la physionomie de nos soldats, et il

s'appropria à ce point les allures militaires qu'il en garda quelque chose dans sa propre attitude. Personne n'ignore, en effet, que Cham, avec sa barbiche et ses longues moustaches retroussées, ressemblait, à s'y méprendre, à un officier habillé en civil. C'est au point qu'un de ses camarades de l'atelier de Paul Delaroche, qui était resté un de ses meilleurs amis, Adolphe Yvon, voulant peindre dans son tableau de la Bataille de 5o//'énnoleproiild'un voltigeur de la garde, n'a trouvé rien de mieux que de faire le portrait de son ami Cham. Nous croyons bien que Cham ignorait ce détail, mais nous pouvons affirmer que la ressemblance est frappante.

On sait' que Paul Delaroche avait épousé la fille d'Horace Vernet, qui entretenait avec le comte de Noé des relations très-affec-

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