‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 34 sur 201 · SES SUCCÈS A L ACADÉMIE ET AU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

SES SUCCÈS A L ACADÉMIE ET AU THÉÂTRE

peut qu'il ne pardonne pas à Cliamfort d'être patronné par Duclos, devenu la bête noire de lVI""'d'Epinay ; et même je suisassez tenté de croire que Grimm condamne ce qu'il n'a pas lu. N'en faitil pas à demi l'aveu?» Quandj'ouvre, dit-il, l'Eloge de M. Chamfort et que je vois, dès la première ligne, l'Académie appelée le sanctuaire des lettres, le ton m'est donné, et je n'ai plus envie de lire. » Et vraiment, il a bien tort. Voltaire n'avait pas de ces dédains. Il écrivait au jeune lauréat une lettre (ort obligeante, où l'on peut distinguer, à travers les formes de la politesse, l'estime réelle qu'il fait de son talent'.

C'est en effet une œuvre de talent, sinon un chefd'œuvre, que cet Eloge de Molière et qui vaut qu'on l'analyse. — Malgré les habitudes et les conventions académiques, qui réclamaient surfout de l'éloquence, c'est-à-dire de la rhétorique, Chamfort a écrit un morceau de critique exact, solide et agréable. Il commence par marquer rapidement, mais avec netteté, comment, à l'époque oîi débuta Molière, la société française présentait l'aspect le plus favorable aux tentatives d'un poète comique : au sortir des guerres civiles, il y a, dans les mœurs, une certaine âpreté, une certaine rudesse, qui contraste avec les idées nouvelles que la culture classique a répandues depuis la Renaissance. Tous les travers « se présentaient avec une franchise et une bonne foi très commodes pour le poète comique ; la société n'était point encore une arène où l'on se mesurât des yeux avec une défiance déguisée

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