‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 36 sur 201 · d. Auouis · texte numérisé non relu

d. Auouis

SES SUCCÈS A l'académie ET AU THÉATliE 53

siste à avoir fait jaillir la source du comique des caractères mêmes de ses personnages, o Le comique ancien, dit-il, naissait d'un tissu d'événements romanesques qui semblaient produits par le hasard , comme le tragique naissait d'une fatalité aveugle. Corneille, par un effort de génie, avait pris l'intérêt dans les passions; Molière, à son exemple, renversa l'ancien système ; et, tirant le comique du fond des caractères, il mit sur la scène la morale en action et devint le plus aimable précepteur de l'humanité qu'on eût vu depuis Socrate '. » Nous ne pensons pas autrement aujourd hui et nul critique n'a mieux défini la révolution opérée par Molière. Chamfort n'indique pas moins heureusement comment Molière, tout en ayant une haute idée delà dignité de son art, sut ne pas se faire d'illusion sur sa portée et ne point passer les limites au delà desquelles il cesse de pouvoir être utile. « Il conçut qu'il aurait plus d'avantage à combattre le ridicule qu'à s'attaquer au vice. C'est que le ridicule est une forme extérieure qu'il est possible d'anéantir ; mais le vice, plus inhérent à notre âme, est un Protée qui, après avoir pris plusieurs formes, finit toujours par être le vice. Le théâtre devint donc en général une école de bienséance plutôt que de vertu ^ » Notons aussi que Chamfort témoigne pour la verve déployée dans les farces une admiration que nous trouvons pleinement justifiée, mais qui put bien surprendre les hommesdu xviii" siècle ; en ce temps, on croyait avoir assez fait pour notre

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