Ed. AuGUis, I
nisation corrompt, rapetisse ou déforme ceux qui semblent en profiter autant que ceux qui en souffrent.
« On peut considérer l’édifice métaphysique de la société comme un édifice matériel qui serait composé de différentes niches ou compartiments, d’une grandeur plus ou moins considérable. Les places, avec leurs prérogatives, leurs droits, etc., forment ces divers compartiments, ces différentes niches. Elles sont durables et les hommes passent. Ceux qui les occupent sont tantôt grands, tantôt petits ; et aucun ou presque aucun n’est fait pour sa place. Là, c’est un géant courbé ou accroupi dans sa niche ; là, c’est un nain sous une arcade : rarement la niche est faite pour la statue. Autour de l’édifice, circule une foule d’hommes de différentes tailles. Ils attendent tous qu’il y ait une niche de vide, afin de s’y placer, quelle qu’elle soit. Chacun fait valoir ses droits, c’est-à-dire sa naissance ou ses protections pour y être admis On sifflerait celui qui, pour avoir la préférence, ferait valoir la proportion qui existe entre la niche et l’homme, entre l’instrument et l’étui. Les concurrents même s’abstiennent d’objecter à leurs adversaires cette disproportion b »
A la suite de Chamfort, nous allons parcourir ce bizarre édifice où ceux qui l’habitent sont si mal logés et dont l’accès est interdit aux « dix -neuf vingtièmes » de la nation.
La première place, la plus haute « niche », c’est la royauté qui l’occupe. Plus haut elle est placée dans la hiérarchie sociale, plus elle pèse sur l’ordre social véritable, plus elle le trouble et le fausse. Par sa définition même, elle rend l’ordre impossible ; car la royauté, en France, à cette époque, n’est que le despotisme pur et simple. Sous l’ancien