Ed. Auguis, I
l'observateur et le moraliste
régime, écrit Chamfort, « la vraie Turquie d’Europe c’était la France. On trouve dans vingt écrivains anglais: les pays despotiques tels que la ïrance et la Turquie 1 «.Comparaison forcée, dira-t-on. Oui, peut-être, pour ceux qui ne se préoccupent que des risques que court leur vie ; non, pour ceux qui songent à ce qui peut menacer leur fortune ou leur honneur. Si ceux-là se retournent vers le passé, ont-ils de quoi se rassurer?
« Si un historien, tel que Tacite, eût écrit l'histoire de nos meilleurs rois, en faisant un relevé exact de tous les actes tyranniques, de tous les abus d'autorité, dont la plupart sont ensevelis dans l’obscurité la plus profonde, il y a peu de règnes qui ne nous inspirassent la môme horreur que celui de Tibère 2. »
« On compte cinquante-six violations de la foi publique, depuis Henri IV jusqu’au ministère du cardinal de Loménie inclusivement. M. D.. . appliquait aux fréquentes banqueroutes de nos rois ces deux vers de Racine :
Et d'un trône si saint la moitié n’est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée 3. »
Si l’on regarde dans l’avenir, pourquoi espérer mieux? — Les mêmes causes subsistent; comment échapper aux mêmes effets ? Chamfort est convaincu en effet que, dans un pays où la forme du gouvernement est despotique, le métier de roi gâte nécessairement l’âme la plus honnête, dévie l’esprit le plus droit et abaisse le caractère le plus élevé. Ne voit-on pas en France l’éducation qu’on donne à nos rois leur inspirer un orgueil absurde qui leur