‹ ChamfortChapitre 119 sur 207 · Bd. Auguis, II · texte numérisé non relu

Bd. Auguis, II

l’observateur et le moraliste 169

trompe ; elle croit qu’on lui demande de la pluie ’. » Un abbé va visiter un évêque qui le prie à déjeuner. L’abbé refuse, le prélat insiste : « Monseigneur, dit l’abbé, j’ai déjeuné deux fois; et d’ailleurs c’est aujourd’hui jeûne 1 2. » On connaît le mot de Rivarol : « L’impiété est la plus grande .des indiscrétions ». Assurément il ne date pas du moment dont nous parlons ; car alors l’impiété, pour un membre du clergé, est devenue presque de rigueur, s’il veut passer pour un homme de bon ton : « Il semble que, d’après les idées reçues dans le monde et la décence sociale, il faut qu’un prêtre, un curé croie un peu pour n’être pas hypocrite, ne soit pas sûr de son fait pour n’être pas intolérant. Le grand vicaire peut sourire à un propos contre la religion, l’évêque rire tout à fait, le cardinal y joindre son mot 3. » Joignez que ce clergé, qui se dispense de croire, ne se croit pas obligé non plus à observer les mœurs chrétiennes, ni même les bonnes mœurs ; c’est l’époque où les Brienne, les Montazet, les Rohan, remplissent la cour et la ville du bruit de leurs scandaleuses aventures.

Sans foi et sans mœurs, partant sans autorité pour enseigner la doctrine et pour édifier les âmes, le clergé s’est lui-même dépouillé de son prestige propre ; lui-même il a accrédité cette opinion qu’il n’est rien de plus qu’une caste qui s’est mise au service du gouvernement monarchique. Encore laisse-

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