‹ ChamfortChapitre 130 sur 207 · Ed. Auguis, I · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, I

l’observateur et le moraliste

faire l 2. » Aussi les lettrés et les philosophes qui s’imaginent que leurs idées gagnent du terrain dans le monde s’exposent à entendre un jour quelque profession de foi dans le genre de celle que fit en 1788 le baron de Breteuil : « Moi, je veux que la puissance royale ne dégénère point en despotisme, et je veux qu’elle se renferme dans les limites où elle était resserrée sous Louis XIV \ » Il croyait? en parlant ainsi, tenir le langage d’un hardi citoyen ; et c’était là tout le libéralisme qu’il avait pu apprendre avec Rulhierre, son familier. Bien d’autres grands seigneurs, qui écoutaient complaisamment dans leur salon des déclamations républicaines, qui, eux-mêmes, prononçaient volontiers les grands mots de justice et de liberté? n’admettaient, au fait et au prendre, d’autre politique que celle du baron de Breteuil.

Chamfort n’a pas plus de confiance dans les sentiments humanitaires qu’ils étalent. Dans les journaux du temps on trouve quelque chose comme une chronique du bien, sous la rubrique : traits de bienfaisance, et l’on y voit à chaque instant figurer de vertueux seigneurs et de charitables grandes dames. M. de Monthyon rencontre partout des émules. N’importe : Chamfort se refuse à croire que ces sentiments soient sincères et profonds et que cet élan puisse être durable : « Toutes les fois, dit-il, que je vois de l’engouement dans une femme ou même dans un homme, je commence à me défier de sa sensibilité. Cette règle ne m’a

Page 1