Ed. Aüguis, I
qu’avec un scepticisme moral, qui serait définitif. Car, l’homme étant supposé absolument mauvais pourquoi engager la lutte contre l’injustice, lorsqu’on n’a aucun espoir de rien gagner sur elle ? pourquoi donner l’exemple de la résistance, s’il ne, doit pas être suivi ? — Aussi est-il vrai qu’on a eu tort de croire que les aphorismes misanthropiques de Chamfort s’appliquaient à l’humanité tout entière. Souvent lui-même a pris soin de nous prévenir que, lorsqu’il exprime sa défiance ou son mépris des hommes, il entend parler de ceux qui composent ce qu’il appelle la société, c’est-à-dire les classes privilégiées. Si son livre de morale laisse une impression pénible, c’est qu’il a limité le cbamp de ses observations à cette société artificielle et gâtée. Si ses anecdotes sont attristantes, c’est qu’on n’y voit guère figurer que des patriciennes et des grands seigneurs. « Je ne serais pas étonné, disait-il un jour, qu’il y ait quelque honnête homme caché dans quelque coin et que personne ne connaisse *. » La forme a beau être ironique ; ce mot exprime sans doute le fond même de la pensée de Chamfort. Au delà de l’horizon du inonde de la cour et des salons, il distingue la foule des humbles et des inconnus, et il croit qu’on y trouve des esprits droits, des âmes saines, que les abus, les préjugés, les conventions, n’ont pu ni fausser, ni corrompre. «. J’ai vu des hommes qui n’étaient doués que d’une raison simple et droite, sans une grande étendue ni sans