‹ ChamfortChapitre 145 sur 207 · Bd. Auguis, II · texte numérisé non relu

Bd. Auguis, II

l'observateur et le moraliste 199

beaucoup delévation d’esprit ; et cette raison simple avait suffi pour leur faire mettre à leur place les vanités et les sottises humaines, pour leur donner le sentiment de leur dignité personnelle, leur faire apprécier ce même sentiment dans autrui \ » Dans les Anecdotes, entre une foule de vilenies et de noirceurs, se détachent trois ou quatre traits vraiment admirables de désintéressement : quels en sont les héros? Un vieux paysan, un pauvre portier, un modeste érudit, comme l’abbé de Molière a. Et non seulement Chamfort croit qu’il y a parmi les pauvres gens des réserves de générosité et de bonté, mais il le dit expressément : « Un homme d’une fortune médiocre se chargea de secourir un malheureux qui avait été inutilement recommandé à la bienfaisance d’un grand seigneur et d’un fermier général. Je lui appris ces deux circonstances chargées de détails qui aggravaient la faute de ces derniers. 11 me répondit tranquillement : Comment voudriez-vous que le monde subsistât, si les pauvres n’étaient pas constamment occupés à faire le bien que les riches négligent de faire, ou à réparer le mal qu’ils font1 2 3 ? » On ne peut dire après cela que Chamfort ait désespéré de l’humanité.

Bien plutôt, ce qui donne tant d’âpreté à son accent, c’est qu’il avait compris que dans le système politique inique et mal conçu, auquel la France était soumise, les meilleures volontés

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