Dans le tome Vil de la Décaâe philosophique , déjà cité
naire ; et, bien qu’il fût quinquagénaire et maladif, il ne restait pas dans sa chambre. Il ne craint pas de descendre dans la rue et de se mêler à la foule. Nous le trouvons aussi avec ceux qui suscitèrent les mouvements populaires et essayèrent de les diriger. Il fait partie de cette réunion des 36 patriotes qui donnèrent le signal de la Révolution ; on le compte parmi les organisateurs de ce club de 1 789, où figurèrent Bailly, La Fayette, Sieyès, Chapelier, Rœderer, Talleyrand, Mirabeau, et, quand cette réunion ne fut plus qu’un centre d’intrigues ministérielles, il est de ceux qu’on nomma les émigrés de 1789. Avec Mirabeau il fréquenta le club des Jacobins, et, lorsqu’après le 14 juillet 1791, la réaction bourgeoise menaça le fameux club, il accepta d’y remplir les fonctions de secrétaire.
« Sans suivre assidûment les travaux de l’Assemblée, il venait assez fréquemment à Versailles, où l’appelaient ses relations avec quelques députés dont il traduisait les pensées, ou par l’organe desquels il publiait les siennes. » C’est Arnault qui parle ainsi dans ses Souvenirs d’un sexagénaire '. Et il n’est pas douteux en effet que, pour être resté dans la coulisse, Chamfort n’en exerça pas moins son influence dans les délibérations de l’Assemblée constituante. Etroitement lié avec quelques-uns des députés les plus éminents, on savait, dès cette époque, qu’il fut, en plus d’une occasion, leur inspirateur, ou tout au moins, pour employer le mot
1. Vincent Arnault. Souvenirs d’un sexagénaire, tome I, p. 2GG sqq. (Paris, 1833, in-8°.)
de Baudin des Ardennes, leur coloriste Quand les adversaires de Mirabeau lui reprochaient d’avoir des faiseurs parmi eux, ils n’omettaient jamais de désigner Chamfort.
« Mirabeau, lit-on dans un pamphlet anonyme de 1791, a fait toute sa vie le métier de plagiaire et de larron des productions d'autrui. Ceux dont il a si bien déclamé les discours ou les opinions dans la tribune de l'Assemblée Nationale ne me démentiront pas sur ce point. MM. de P**(?), Cl** (avière), de C** (hamfort), M** (éjan). P** (anchaud), Ca** (banis), répondez 2! »
Brissot témoigne aussi, dans ses Mémoires , que Mirabeau emprunta souvent la plume de Chamfort, et, s’il est vrai que le grand tribun s’est peint lui -même sous le nom d 'lramba dans la Galerie des Etats-Généraux, il n’aurait pas fait difficulté d’avouer dans quelle étroite intimité intellectuelle il vécut avec le moraliste, son ami. Il désigne, sans les nommer, quatre hommes auxquels son génie a des obligations ; puis il ajoute :
« Le dernier a étudié les hommes dans le monde, dans les livres et dans les événements ; l’habitude de la méditation lui a montré les caractères sous toutes les faces, et, assez heureux dans sa manière de peindre, ses portraits ont une expression fidèle et piquante. lramba s’est identifié avec ces quatre hommes ; et s’appropriant leurs facultés qu'il a renforcées delà sienne, il a paru un colosse3. »
L’allusion à Chamfort est assez claire ; et ce n’est pas un mince honneur pour lui que d’avoir