Galerie des Etats-Généraux, tome I. (Lb
contribué au rayonnement du talent de Mirabeau.
Ce fut aussi une opinion courante que Talleyrand, très nonchalant quand il s’agissait de composer et d’écrire, s’en remettait àChamfort du soin de rédiger ses rapports et ses discours. 11 se peut qu’on ait exagéré la paresse de l’évêque d’Autun et qu’il n’ait pas contracté envers Chamfort une dette aussi forte qu’on l’a prétendu. Mais il est au moins une occasion où très vraisemblablement il le prit pour secrétaire. Au mois de février 1790, il donna lecture à l’Assemblée nationale, au nom du Comité de Constitution, « d’une adresse destinée à faire connaître au peuple l’esprit des décrets, à le prémunir contre les libelles dont les provinces sont inondées, et à l’engager au calme et à la confiance ». Ce morceau eut un vif’succès, et valut à Talleyrand l’honneur d’être porté, peu après, à la présidence de l’Assemblée. Mais on ne crut guère qu’il en était l’auteur. On reconnut dans ces pages la main de Chamfort, et lès pamphlétaires du temps le désignèrent comme le rédacteur de l’adresse. « Alors fut décrétée cette adresse du 11 février. L’évêque d’Autun la rédigea : lisez, et vous verrez avec quel talent Chamfort la composa1. » On lit encore dans un autre pamphlet où l’auteur prend directement Talleyrand à partie : « Des esprits mal faits vous ont reproché d’avoir fait faire cette adresse par un des Quarante et d’avoir reçu beaucoup d’argent des Juifs ; mais si vous êtes obligé de payer des collaborateurs pour
1. Les chefs des JacobHes aux Français — au petit club. Rue Basse du Rempart, Paris, 1790 ; in-8c.
écrire vos motions, n’est-il pas juste que vous en revendiez quelques-unes 1 ?» A l’Assemblée même il se trouva un député pour faire entendre qu’on savait bien quel était l’auteur véritable de l’adresse :
« Elle est bien en principes et élégante en style, dit M. de Mortemart ; son succès serait assuré dans une séance académique. » Et il est clair que ces derniers mots, prononcés par un Mortemart, ne sauraient être qu’une épigramme contre Talleyrand et en même temps une allusion à Chamfort. Il n’est au reste que de lire ce morceau : d’un bout à l’autre on y sent l’âpre satisfaction de la défaite du despotisme, la joie hautaine de la liberté et de la dignité reconquise ; le langage, toujours correct, est parfois un peu brillanté et tendu. Rien de tout cela ne convient à Talleyrand ; au contraire, il ne faut pas avoir beaucoup pratiqué Chamfort pour reconnaître sa marque dans ces pages.
Ainsi, sans avoir été jamais député, sans être jamais monté à la tribune, il se trouva mêlé aux débats de la Constituante et eut, en fait, une part d’action sur cette Assemblée. Mais c’est surtout à l’opinion publique qu’il voulait s’adresser. La presse politique, qui naissait à peine, prit en