‹ ChamfortChapitre 160 sur 207 · Ed. Auguis, V · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, V

2. Ed. Auguis, V, 345. — Le baron Thiébault dans ses Mémoires (tomel, p. 312, Paris, Plon, 1893) conte qu’il assista chez Bitaubé à un dîner où se trouvaient Chamfort et Mlle Williams. « Je me rappelle, dit-il, qu’à propos d'un mot dit par M11* Williams sur les sentiments qui devaient animer nos bataillons de garde nationale,

Mais il faut surtout se souvenir que c’est à Chamfort que Sieyès dut le titre de sa fameuse brochure : Qu est-ce que le Tiers-Etat ? Çette brochure, combien d’hommes du peuple, combien de bourgeois purent la lire ? Et, parmi ceux qui la lurent, combien purent comprendre l’aride dialectique de l’abbé philosophe ? Mais ce titre que Chamfort avait fourni à son ami : Qu est-ce que le Tiers-Etat ? Rien et tout, tous furent capables de l’entendre et de le retenir. Dès ce moment on peut dire que la séance du 1 7 juin était prévue, attendue, réclamée. Dans les nuages de la métaphysique politique de Sieyès, Chamfort avait déposé l’étincelle.

Son action, aux premières heures de la Révolution, fut ainsi tellement marquée, que quelquesuns ne crurent pas pouvoir l’attribuer uniquement à ses paroles et à ses écrits. Marmontel, dans un passage fameux de ses Mémoires , nous l’a représenté comme un conspirateur; à l’en croire, Chamfort aurait fait partie de je ne sais quel groupe de conjurés qui soudoyaient les hommes de désordre et les poussaient à l’assaut de l’ancienne société. Le passage est curieux et il faut le citer. — Comme Marmontel objectait aux projets de réforme de Chamfort que

déjà prêts à rejoindre nos armées, il (Chamfort) fit à l'instant un couplet de cette pensée et termina ce couplet par :

Troupes’guerrières,

Sur vos drapeaux Placez ces mots :

Paix aux chaumières,

Guerre aux châteaux.

Si P anecdote contée par Thiébault est vraie, elle donne à penser que les mots de Chamfort ne gagnaient pas à être mis en couplets, même par lui.

« la meilleure partie de la nation ne laisserait porter aucune atteinte aux lois de son pays et aux principes fondamentaux de la monarchie, il (Chamfort) convint que, dans ses foyers, à ses comptoirs, à ses ateliers d’industrie, une bonne partie de ces citadins casaniers trouveraient peut-être hardis des projets qui pourraient troubler leur repos et leurs jouissances. Mais, s’ils les désapprouvent, ce ne sera, dit-il, que timidement et sans bruit, et l'on a, pour leur en imposer, cette classe déterminée qui ne voit rien pour elle à perdre au changement et croit y voir tout à gagner. Pour l’ameuter , on a les plus puissants mobiles, la disette, la faim, l’argent, des bruits d’alarme et d'épouvante, et le délire de frayeur et de rage dont on frappera ses esprits. Vous n’avez entendu parmi la bourgeoisie que d’élégants parleurs. Sachez que tous nos orateurs de tribune ne sont rien en comparaison des Démosthènes à un écu par tète qui , dans les cabarets, dans les places publiques et sur les quais, annoncent des ravages, des incendies, des villages saccagés, inondés de sang, des complots d’affamer Paris. C’est là ce que j’appelle des hommes éloquents. L’argent surtout et l’espoir du pillage sont tout-puissants parmi ce peuple. Nous venons d’en faire l’essai au faubourg Saint-Antoine ; et vous ne sauriez croire combien peu il en a coûté au duc d’Orléans pour faire saccager la manufacture de cet honnête Réveillon qui, dans ce même peuple, faisait subsister cent familles. Mirabeau soutient plaisammentqu’avec un millier de louis on peut faire une jolie sédition *. »

Faut-il prendre au sérieux ce témoignage de Marmontel ? et devons-nous croire, sur sa foi, que Çhamtort, à un moment, aurait joué le rôle d’un Catilina en sous-ordre ?

On peut remarquer que les Mémoires de Marmontel n’ont paru qu’en 1800 ; que, vraisemblablement, ils furent écrits peu de temps avant cette date, c’est-à-dire longtemps après l’époque

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