Ed. Auguis, II
CBAMFORT
sanglant, d’un des amants de sa femme, Isabeau de Bavière. De ces deux justices, celle du peuple et celle du roi, laquelle était la plus odieuse et la plus révoltante 1 ? »
Serait-ce donc qu’il faut confondre Chamfort avec les énergumènes et les hommes de sang ? Fut-il, comme le font entendre Morellet, Marmontel, d’autres encore, un factieux fanatique, qui se complut au milieu des violences de l’anarchie ? C’est l’opinion de Sainte-Beuve. Il cite une lettre que Chamfort écrivait à un ami après le 10 août :
« Vous voyez que, sans être gai, je ne suis pas précisément triste. Ce n’est pas que le calme soit rétabli et que le peuple n’ait encore, cette nuit, pourchassé les aristocrates, entre autres les journalistes de leur bord. Mais il faut savoir prendre son parti sur les contre-temps de cette espèce. C’est ce qui doit arriver chez un peuple neuf, qui, pendant trois années, a parlé sans cesse de sa sublime Constitution, mais qui va la détruire, et dans le vrai, n'a su organiser encore que l'insurrection. C'est peu de chose, il est vrai, mais cela vaut mieux que rien. »
Après avoir cité ces lignes et souligné ces deux passages que nous mettons ici en italiques, Sainte- Beuve ajoute : « De tels passages montrent à quel point Chamfort, malgré quelques parties perçantes et profondes, n’était qu’un homme d’esprit sans vraies lumières et fanatisé 2. »
Fanatisé? ce mot n’est-il pas excessif? Une fois de plus Sainte-Beuve n’a-t-il pas été un juge sans bienveillance ? 11 faut bien reconnaître que Chamfort ne fut ni timoré, ni timide, ni même