Causeries du Lundi, IV, H
prudent. « Le Français, avait-il remarqué un jour, respecte l’autorité et méprise la loi. Il faut lui enseigner à faire le contraire \ » L’action insurrectionnelle, pour laquelle il n’eut guère que de la complaisance, pouvait être une bonne école de mépris de l’autorité; mais quelle illusion de croire qu’elle n’enseignait pas en même temps à violer la loi ! Quelle erreur de penser que la violence populaire, après avoir triomphé d’un pouvoir vivant et armé, se laisserait arrêter et dompter par la puissance d’une idée abstraite ! Mais personne alors ne pouvait savoir ce qu’est la foule ni prévoir qu’il y avait sans doute de futurs septembriseurs parmi les vainqueurs de la Bastille. Que Chamfort ait eu une confiance téméraire dans la sagesse du peuple, c’est assez dire ; l’accuser de fanatisme, c’est trop.
Et d’ailleurs, à cette heure de crise unique, y avait-il place pour les moyens modérés et prudents? — Ainsi que le remarque Quinet, la Révolution civile entra, comme la nécessité même, dans nos codes ; le droit civil des Français fut changé de fond en comble en « trois quarts d’heure, suivant le mot de Cazalès 1 2 ». Mais ce n’était là qu’un côté de la Révolution ; ce n’était pas la Révolution même. Dès que se posait la question essentielle, la question de droit politique, fatalement la force seule la pouvait trancher. Entre l'ancien régime et le nouveau, s’engageait un duel