Ed. Auguis, I
2. Quinet, La Révolution , I, 125. (Paris, Lacroix, Verbeckhœven et Cie, 1868, in-18.)
à mort, où les adversaires, comme dans l’épopée antique, devaient se jeter le défi sans rémission : « Enlève-moi ou je l’enlève 1 ! » Or, dès que la lutte fut commencée, Chamfort paraît en avoir nettement compris le caractère. A propos de l’empressement que mit le peuple à enlever les canons de divers châteaux pour les amener à Paris :
« Nous remarquerons à ce sujet, dit-il, que l’instinct du peuplel'a mieux conduit que ne l’eût fait la raison plus ou moins éclairée de la plupart de ses chefs, même les mieux intentionnés. Que fût-il devenu en effet, si, tandis qu’il était forcé à laisser entre les mains d'un pouvoir exécutif, son mortel ennemi, la disposition d'une autre force armée, il n'eût créé en quelque sorte dans son propre sein un second pouvoir exécutif vraiment à ses ordres, une autre force armée vraiment la sienne, capable de repousser laportion de force nationale encore placée sous la main de ses adversaires? Mais c’est là, disait-on, une doctrine d’anarchie. Qui en doutait? Et qui doutait aussi qu'il ne fallût opter entre l’anarchie et la servitude ? Qui ne voyait que les fautes du roi constitutionnel, en perpétuant les désordres, forceraient 1a, nation à marcher vers une liberté complète, tandis que le retour prématuré de l’ordre ramènerait infailliblement le despotisme, incorrigible par son essence, par sa nature 2 ? »
Après cela, peut-être peut-on croire que Chamfort fut plus éclairé que ne le pense Sainte-Beuve, et que, lorsqu’il disait qu’on ne nettoie pas les étables (T Augias avec un plumeau, ou que ce n’était pas le temps de faire une révolution à l’eau rose, il avait plus de clairvoyance politique que d’enthousiasme et de fanatisme irréfléchi.